Biographie de SouboutaY, d*après Bret Schneider, p
les annales chinoises, le sultan Mehemed n'est pas nommé, et qu'on lui substitue, en nom et en lilre, Djalildoun^ <• Djelal Ed-Dine », et Mie-li-hOy « Melik ». D'abord, fuyant au Kharezm, au berceau de sa dynastie, Djelal Ed-Dine avait essayé d^organiser la résistance dans la capitale, Ourguendj ; Turkane Khatoun désorganisa tout. Nessavi, écho fidèle des propos tenus autour de Djelal Ed-Dine, sans accuser formellement la Khatoun de trahison, assure qu^elle était en rapports avec les Mongols. Si le Tchinghiz Khan ne complota pas directement avec sa parente, il sut la compromettre par des intermédiaires. Le principal agent de cette perfidie fut un grand seigneur kharezmien, Bedr Ed-Dine, <« qui sup* pléait à Otrar Safi el Âkra, vizir du sultan dans le pays des Turcs * ». Après la prise de la place par les Mongols, Bedr Ed-Dine offrit ses services à l'Empereur Inflexible. Entre ce musulman et ce païen, Tintrigue fut ourdie. « Après avoir examiné et débattu la question sous toutes ses faces, les deux interlocuteurs s'arrêtèrent à la combinaison suivante. Bedr Ed-Dine allait écrire de fausses lettres au nom des émirs proches parents de la mère du Sultan [Kothb Ed-Dine]*. » Un autre agent montra les fausses lettres au sultan Mehemed. Un grand personnage turc kharezmien rallié aux Mongols, le chambellan Danichmend, que Nessavi appelle « un des fidèles » du Tchinghiz Khan, proposait en même temps à Turkane Khatoun, au nom de l'empereur mongol, un par* tage en forme. « D'accord avec un certain nombre des émirs de votre fils, je vais, faisait dire le Tchinghiz Khan, marcher... sans rien entreprendre contre les pays qui sont placés sous votre autorité. Si vous acceptez cette combinaison, veuillez m'envoyer quelqu'un en qui vous ayez toute
i. Nessavi, p. 64.
2. Il s*agit, évidemment, de la mère du sultan Mehemed, de Turkane Khatoun. Nessavi, p. 64.
conliance et qui vous assurera de ma part rabandon que je vous fais du Kharezm, du Ktiorassan et des contrées limitrophes au delà du Djiboun. — Pour toute réponse, Turkane Khatoun évacua en toute hâte le Kbarezm, laissant sans défense tout le pays derrière elle. Le cbambellan envoyé par Tchinghiz Khan... arriva au Kbarezm au moment où Ton apprenait la fuite du Sultan... Cette nouvelle troubla profondément Turkane Khatoun, qui, dès ce moment, ne songea plus à embellir ses yeux avec du collyre;... elle^ rassembla les femmes du Sultan et ses jeunes enfants, et, après avoir réuni toutes les choses précieuses qu'elle pouvait emporter, elle quitta le Kbarezm pour toujours \ Au moment de partir, elle donna un ordre si contraire aux lois de Thumanité que les annales n*en ont jamais enregistré d'aussi barbare et qu*il restera comme un stigmate éternel au front du temps. S*imaginant que... Tautorité affaiblie serait bientôt reconstituée et que le lendemain de cette nuit sombre allait prochainement briller, elle ordonna de mettre à mort les princes prisonniers qui étaient en ce moment au Kbarezm. ' » Parmi ces détenus, otages plus ou moins suspectés de complicité avec le parti turc national et avec les Mongols, Nessavi nomme le sultan seldjoukide Toghroul, le prince de Baikh et son fils, le sire de Termiz, le seigneur de Ouakhch, les deux fils du seigneur de Sektak (bighnak près d*Olrar en Turkestan), tous personnages fieffés dans les Marches. Ce sont là, sans doute, les émirs compromis dans les fausses lettres écrites par Bedr Ëd-Dine, et montrées au Sultan.
On a vu qu'elle dut capituler dans son chftleau d'ilal. Nessavi raconte Thisloire lamentable de l'expiation. Jusqu'au dernier moment Taltière princtvsse poursuivit Djelal Ed- Dine de sa haine. Ln ami de Nessavi, Bedr Ëd-Dine Uilàl,
IHTllOiaCTIOJI A LIll^TOtRK t>k L A^IB. 20
voulait la sauver malgré elle. « Il m'a raconté lui avoir dil : Allons, fuyons ensemble et réfugions-nous auprès de Djelal Ed-Dine... Sans cesse nous recevons des nouvelles qui nous font connaître sa valeur, son immense autorité, Taccroissèment de ses domaines. » Le sang des Kiàt Bordjiguène resta indomptable : « Jamais I répondit-elle, plutôt périr! comment m'abaisserais-je à accepter les bienfaits de ce fils de Aï Djidjak\ et à vivre sous sa protection quand j ai eu deux fils!... Je préfère encore demeurer captive auprès de Tchingliiz Khan et y supporter la honte et les humiliations '. » Elle but toutes les amertumes; elle eut faim. « Bedr Ed- Dine me disait encore que Texistence de TurkaneKhatoun, si luxueuse autrefois, était devenue si misérable qu*elle venait parfois assister au repas de Tchinghiz Khan pour emporter de quoi se nourrir durant quelques jours '. » Une seule tendresse faisait encore battre ce cœur d*acier; c*était un enfant, Kamadji Khan, le plus jeune fils du Sultan, qu'on lui avait laissé. « Elle avait pris cet enfant en grande alTection; il était sa consolation aux jours de misère et d*adversité et aux heures de contrariété et d'affliction. Un jour qu elle était en train de peigner cet enfant, et qu'elle disait n'avoir jamais de sa vie éprouvé une angoisse aussi vive qu'en ce momentlà, un des bâtards du prince vint la trouver et lui dit que Tchinghiz Khan demandait qu'on lui amenât Kamadji. C'était la dernière fois qu'elle devait le voir. » Elle traîna encore quelques années sa triste vie, puis son petit-fils, qu'elle haïssait tant, mort, elle aussi disparut : « Durant le règne de Djelal Ed-Dino, on recevait de ses nouvelles, mais depuis celle époque, je ne sais quel sort la Fortune lui a réservé*. »
i. Aï totiitchck, en turc.