Id.y p. ti
Pendant que les Mongols conquéraient, place par place, Ourguendj en Kharezm (1220) \ le Badakhchan et le Ouakhan (1221), Balkh, Nichapour, Merv (1221), où ils détruisirent le tombeau du grand Khalife Haroun-Al-Rachid — peut-être pour faire plaisir aux manichéens, aux hérétiques chiites et aux nestoriens, — Djelal Ed*Dine, profilant do Téclaircie entre le passage de Djébé et l'arrivée de larmée d*occupation mongole, rassemblait ses fidèles, traversait le sud de la Perse, ralliait les Âtabek, et soulevait le pays de Gazna sur le flanc des Mongols, à portée de leur ligne de communication au sud. Pour Dieu et pour le roi légitime, les Musulmans se levèrent en masse; à Merv, à Balkh, les garnisons mongoles furent massacrées. Djelal El-Dine était mailre de Gazna, de Kaboul, de Fancien empire du grand Mahmoud. Les montagnes d*ilindou Kho, des places forles comme Talekane, comme Bamiane, le couvraient au nord ; au sud, la Perse élait à lui.
La meilleure source que nous avons sur le mouvement de Djelal Ëd-Dine est Thistoirc de sa vie, écrite par le châtelain deNessa, son ami, son secrétaire et son compagnon d*armes. « Aussitôt que le Sullan eut rendu son âme à Dieu et eut
1. La luUe Tut vive à Ourguendj; à court de pierres pour leurs mangonneaux^ les Mongols scièrent les mûriers qui entouraient la ville, cl taillèrent des boulets dans leurs troncs centenaires. La place prise, ce furieux motnp) Nedjm Ed-Dine, qui avait si rudement sermonné le sullan Mehemed, se rua dans la mort; il pouvait fuir; Djouveini et les ralliés aux Mongols assurent môme (|u*on lui olTrait quartier à son gré : • Je dois subir ici h* martyre, répondit-il, et je n'ai pas la permission de m'éloigner... Debout, au nom de Dieu! Nous allons combattre dans la voie de Dieu!... Il se revêtit de son fn>c, se ceignit les reins cl remplit de pierres les deux côtés de sa mbe qui élait ouverte sur la poitrine... Lorsqu'il se trouva en face des infidèles, il leur jeta les pierres quMl portail, jusqu'à ce qu'il ne lui en restât plus une seule. Les inlidèles firent pleuvoir sur lui une grêle de flèi-hes; une d'elles atteignit sa poitrine bénie; il Tarracha et la jeta loin de lui. 11 recula alors, et, au moment de mourir, il saisit la mèche de cheveux d*un infidèle avec tant de forée, qu'il fut im[»oBsible de faire lâcher prise à la main et que l'on fut obligé de cou|>cr la toufTe de cheveux. • (Djami, cité j>ar Sclicfer, dans lUzn Qouhf Khan^ p. I i3.)
308 INTRODUCTION A L'hISTOIRB DE L'aSIE
été enterré dans Tllc, Djelal Ed-Dine s'embarqua pour le Kharezm en compagnie de ses deux frères et formant en tout un groupe d'environ soixante-dix cavaliers. Â mesure qu'ils avancèrent dans le pays, des Kharezmiens leur aroc* nèrent des bêles de somme, des armes et des étendards... Les populations accueillirent leur arrivée avec la joie qu'éprouve un malade dangereusement atteint qui a trouvé un remède qui le guérit... Les troupes royales répandues dans les campagnes, et qui avaient été dispersées dans le Kharezm, vinrent se rallier autour du prince et de ses frères. Elles formaient un effectif d'environ sept mille hommes, la plupart de la tribu de Beyawout (Baïagod) '. » Jusque dans cette extrémité, les furieuses haines de famille dominaient tout. Ces Baïagod conspirèrent contre Djelal Ed-Dine, pour les fils de Turkane Khatoun, et il dut s'enfuir, avec trois cents lidèles de sa maison. Les Mongols le guettaient à l'affût. « Sept cents cavaliers tatars s'installèrent sur la lisière de Nessa, sans que personne sût alors dans quel dessein; mais bientôt on comprit pourquoi, quand Djelal Ed-Dine, sortant de la steppe, vint fondre sur eux '. » Dans ces rencontres entre petites bandes, la bravoure chevaleresque valait la tactique savante; le détachement mongol fut écharpé. Avec une joie sauvage, ce fin lettré, ce, parfait gentilhomme, le châtelain de Nessa exulte. « C'était la première fois que les armes des musulmans se teignaient du sang de ces barbares et se donnaient beau jeu sur leurs Cadavres mis en pièces '. » Les paysans tirèrent quelques fuyards des aqueducs souterrains où ils s'étaient blottis, et les traînèrent à Nessa pour les égorger. Vile, Djelal Ed-Dine courut à Nichapour, qui avait tenu bon au passage de
i. Nessavi, p. 95, 96.
2; Id.y p. m.
S. Id., ibid
Djébé ; la ville inviolée accueillit avec transport ce vengeur, « ce vainqueur, tout joyeux de l'assistance que le Ciel lui avait prêtée en lui permettant de tremper son glaive dans le sang des infidèles * )).
« Arrivé à Nichapour, Djolal Ed-Dine y séjourna pour y donner une vive impulsion à ses préparatifs de guerre sainte et se mit à écrire aux émirs, aux seigneurs des frontières, et aux usurpateurs qui avaient profité de Tanarchie qui régnait en ce moment pour s*empal:^r de diverses provinces; ces derniers, qui étaient en grand nombre, avaient été surnommés par les beaux esprits de l'époque <( émirs de Van sept* ».
La vieille cité iranienne allait payer cher son ivresse d'un instant. A partir du soulèvement iranien, la guerre prend un caractère atroce. Quand les Mongols vengèrent sur les deux frères de Djelal Ed-Dine, Aziagh Chah et Ak Chah, le coup de main de Xessa, ils ne firent pas de quartier. Acharnés à la tuerie, ils ne daignèrent môme pas dépouiller les morls. « Tous ceux qui furent tués dans cette occasion avaient de magnifiques joyaux pareils à des étoiles brillantes. Les Tatars n'ayant point pris la peine de les chercher, la populace du village alla fouiller les cadavres et recueillit ces joyaux '. » Le châtelain de Nessa racheta un chaton en diamant pour soixante-dix dinars, u Ce diamant fut présente à Djelal Ed- Dine qui le reconnut, en disant qu'il avait appartenu à son frère Aziagh Chah et qu'on Tavait acheté au Kharezm au prix de c|uatre mille dinars *. » La première armée que le Tcliinghiz Khan lança contre ce Turc extraordinaire qui ressuscitait le vieil Iran, se fit battre (bataille de Pervane, 1221) *.
!. Nessavi, p. 103.