Abou'lgha/.i, 141, trad.. 432. texte
3. VeliaminolT XernolT, Histoire des Tsnrs de Kassimof^ t. II, p. 307.
316 INTRODUCTION A L'BISTOIRB DE L*ASIK
tagnes, ni d'empereur, ni d*armée, sachant Moukhouli mort, voyant les affaires balancées entre les Mongols, les Kin et les Song, crurent que Theure était arrivée pour eux. Leur roi, Srong, « le Franc », dont les Mongols ont traduit le nom tibétain dans leur langue par ChidourghOj se posa en arbitre dans le Nan-Lou, dans le Kan-Sou, l&cha ses bandouliers qui coururent jusqu'au coude du Fleuve-Jaune, en Ala-Chan. Avec son bon sens ordinaire, le Tcliinghiz Khan s*occupa d'abord de mettre Tordre dans sa maison; à Djoudji qui avait pris les armes, il envoya le plus persuasif des ambassadeurs, Souboutaï, accompagné de quelques Milliers; le « Tigre », éperdu, ne fit pas mine de résister, demanda pardon à son bon frère, pleura, jura qu'il ne le ferait plus. Cette affaire réglée, Souboutaï partit pour la Chine; lui seul était capable de remplacer Moukhouli. Ces braves Kin se défendirent jusqu'à la mort. En 1234, leur dernière ville, Tzaï-Tchéou tenait encore contre les Mongols et les Chinois (Song) confédérés : « Quand il vit les ennemis dans la place, le roi Aitzong (de son nom mandchou, Ninkiasou) rassembla ses objets les plus précieux, et y mit le feu. Quand la flamme les eut consumés, il se pendit dans son palais... Son général, Hosié, dit aux autres généraux et soldats : « Le roi est mort,... je ne veux pas mourir de la main de soldats ivres. Je suivrai mon maitre. » 11 se jeta dans le Thou-ho et se noya. Les capitaines s'écrièrent : « Tous nos chefs sont morts, leur survivrons-nous?»— Tous, plus de cinq cents, se précipitèrent dans l'eau. Le cousin de Ninkiasou, Tcheng-lin, fut tué les armes à la main. Jiang-San, seul, resta près du cadavre pour le garder, et fut pris par l'ennemi... : « Mon roi est mort ici, dit ce brave; j'attends que ce feu n'ait plus que des cendres; je veux rassembler les os et leur donner la sépulture... u Au soldat qui lui apporta ces paroles, le général mongol dit : (( C'est un homme de cœur; laissez-le faire. » Jiang San alors
enveloppa le corps du roi dans les vêtements qui lui restaient, et Tenlerra sur la rive. S*étant prosterné une dernière fois, il pleura, et se jeta dans la rivière ^ » — Les Mongols tenaient la Chine du Nord. Les Song triomphaient. Leur tour n*allait pas tarder à venir.
Le Tchinghiz Khan ne devait pas voir ce grand triomphe. Pendant que Souboutaï bataillait en Chine, lui-même était parti pour en finir avec les gens de Uia, leurs pilleries et leurs étemelles rébellions. Au point de vue militaire, la campagne n*était pas difficile, et la preuve en est que Tempereur, si réservé, commanda de sa personne, quand il avait sous la main Souboutaï, qui en aurait lestement fini, avant d'aller en Chine, et qui, d'ailleurs, pouvait y aller par le Kan-Sou et le Sze-tchuen, balayant les bandes tibétaines au passage. Mais il y avait là un problème très délicat, difficile à résoudre par le sabre, sur lequel nous sommes à peine documentés, mais dont Texistence est évidente. Le Tibet, dès ce moment, était la citadelle du bouddhisme; la grande réforme lamaïque, accomplie vingt ans plus tard, s'y préparait, peut-être était déjà faite. Un homme d'un tact aussi sûr que le Tchinghiz Khan voyait bien qu'on ne pouvait pas brutaliser le bouddhisme, triomphant dans la Chine du Nord, poissant en Nan- Lou, dominant en Liao, lui qui avait mis tant de précautions à faire la fusion politique et nationale, dans l'Ouest, entre chrétiens et musulmans. Jusque chez les chroniqueurs de rislam, on trouve l'empreinte d'une espèce d'anxiété religieuse. Tchinghiz Khan marchant contre la Chine « vit un songe qui TeiTraya merveilleusement * ». Dans la légende mongole bouddhiste, il va sans dire que le récit de cette
1. Aïsin, 283 el284.La même année, au siège de Pian-Ring, les Mandchous avaient fait pour la première fois usage de tubes à feu et ûe poudre explosive, (Aïsin, p. 210.)
2. A))ou*tghazi, 133, texte. La traduction Detmaisons (142) ne donne pas le sens exact.
expédition du Tibet est purement hagiographique et miraculeux. Gomme on ne peut pas faire de Srong-Chidourgho un saint, puisqu'il est inadmissible que le Saint Empereur Mongol ait guerroyé contre un bouddhiste, on en fait un sorcier ; il se change en serpent; son chien jaune à museau noir prédit Tavenir; une magicienne arrête les Mongols par ses conjurations, jusqu'à ce que Djoudji le Tigre défasse Tenchantement d*un coup de flèche; dans une chasse, le Tchinghiz Khan retrouve les deux ancêtres mythiques, un Loup gris et une Biche blanche, et les reconnaît; te Tchinghiz et le Srong se combattent, en se métamorphosant en oiseau, en tigre, en lion, et finalement, le Srong, qui s'est changé en enfant, est vaincu et se rend au Tchinghiz, qui apparaît comme Dieu en personne, «le Tengri Khormouzda». Vaincu, il donne au Tchinghiz la lame d'acier aimanté qui seule peut lo tuer : « S'il coule de mon corps du lait, c'est malheur pour toi; s'il coule de mon corps du sang, c'est malheur pour ta lignée. » Le Tchinghiz frappe, c'est du lait qui coule; le sacrifice mystique est accepté; il ne lui reste plus qu'à le consommer, en épousant la femme du Srong, Kurbeldjine Goa, « la Biche », incarnation de ses ancêtres, et en mourant « d'un mal mystérieux qu'elle lui fait ». De son côté Kur» beldjine Goa se jette à l'eau, dans la rivière Noire, qu'on appela, depuis, « rivière de la Dame », après avoir chargé un oiseau d'annoncer qu'on trouverait son corps, non pas en aval, mais en amont de l'endroit où elle s'était précipitée; et on la retrouve, belle à miracle, « plus belle qu'elle ne fut oncques de son vivant * ». La rédemption des Mongols est achevée; le Tchinghiz a racheté son peuple par le sacrifice bouddhique.
La vérité, c'est que l'exécution militaire des Mongols sur