Joinville, p
réfugié à Bagdad, après la catastrophe, a beau glisser sur TafTaire, arranger les choses, les mettre sur le compte d'un malentendu, Djelal Ed-Dine fit parfaitement la guerre au pape de Tlslam. Les soldais du Khalife avaient eu Taccident de rencontrer une poignée de sabreurs commandés par un des capitaines de Djelal Ed-Dine, un Turc assurément d*aprës son nom Il(chik{IMji\ dans l'arabe de Nessavi), qui se donnait le titre de Djihane Ihihlnouane (Pehlevane), « champion de Tunivers ». Iltchik escortait l'ambassadeur de Djelal Ed-Dine, chargé de faire au Khalife « des remontrances ou des reproches »; sitôt qu'il vit les troupes khatifales, sans attendre d'explication et sans crier gare, il sabra cette canaille. « Ayant rencontré Tarméc du Divan [c'est le titre du gouvernement khalifal] renforcée d'Arabes, il avait culbuté ces gens qu'il trouvait sur sa route, sans songer qu'en agissant ainsi il faisait un aiïront au Khalife, et qu'il violait les lois de l'honneur. L'armée défaite était rentrée à Bagdad, et ses soldats faisaient triste mine'. »
Plus tard, Djelal Ed-Dine tenta de se réconcilier avec l'Eglise; encore l'ambassade qu'il envoya à Bagdad fut une véritable comédie, montée pour extorquer de l'argent au khalife trembleur '. Guyas Ed-Dine ', frère de Djelal, avait pu, au foudroyant passage de Souboutai et de Djébé, se dérober, si cliétif que les Mongols ne daignèrent pas l'apercevoir. En plein pays iranien, à Ispahan,roTurc fut accueilli, et tenta de ressusciter l'ancien Iran du Chah-Nameh, de Topposer au Touran mongol; il tint l'Iran occidental et l'Azerbaïdjane, que les Mongols dédaignaient provisoirement; mais ce frère de Djelal Ed-Dine était un pauvre sire; il ne pouvait venir à
\, N»'^**avi, p. XO.
2. NVssavi (p. 314 à 310) ilonne Ia longue li^lc «lc< radeaux que l'ambas- ^adtMir (le hjclal K<M)inc e\lor<{UA au Khalife.
3. J'adopte rettc transcription phiM conforme h la prononrialion. Le nom reproduit orlliographiquemont donne <fliiath Rd-Din, (îheyath Ed-I)in.
328 INTRODUCTION A L'RISTOIRE DB L*ASIB
bout de ses « émirs de Tan sept ». Au milieu de ces hommes de proie, il perdait la tête : « En voyant ce désarroi dans la politique du souverain, les Turcs commencèrent à manifester leur turbulence... »; Guyas Ed-Dine ne pouvait rien : « Les ressources de son trésor étaient épuisées, et dans ces conditions il devait renoncer à imposer silence aux Turcs. Quand Tun d'eux lui adressait une demande ou insistait pour obtenir quelque chose, il le gratifiait d'un nouveau titre nobiliaire; s*il était émir il le qualifiait de malik et s'il était malik^ il lui donnait le titre de khan... La discorde, les disputes, les liaines, les meurtres se succédaient... jusqu'au jour où Dieu fit apparaître Djelal Ed*Dine revenant de l'Inde. Alors le calme se rétablit; pillards et perturbateurs furent mis à la raison, et les larrons et querelleurs furent saisis de crainle*. » Quand les Persans, quand les hobereaux turcs iranisés, les atabek d'Irak, de Fars, de Louristan, virent arriver Djelal El-Dine, avec quatre mille reltres fidèles ramenés du fond de ITnde, avec sa femme, fille du sultan de Delhi, avec son train exotique de chevalier errant ', leurs imaginations méridionales s'échauffèrent : c'était Rustem en personne qui revenait du pays des éléphants. On s'apitoyait sur ses malheurs; on s'enflammait pour sa noble cause; on palpitait au récit de ses aventures romanesques; ce fut une