‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 131 sur 212 · Ncssavt» p. 166 et · texte numérisé non relu

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2. Djelal revint de l'Inde entre 1224 et 1225.11 revenait fort débifTé; Guyas Ed-Dinc tenta même de lui tenir tôte. et de garder son royaume d'occasion. • Djelal Ed-Dine et ceux qui l'accompagnaient, l'esprit déjà abattu et & peine échappés à une forôt de lances, curent, dans les déserts qui séparent le Kerman de l'Irak, à endurer de telles misères qu'elles leur firent oublier toutes leurs autres épreuves... Enfin, quatre mille hommes montés les uns sur des bœufs, les autres sur des ânes, atteignirent le Kerman que Borak le chambellan administrait au nom de Guyas Ed-Dine, le frère de Djelal Ed-Dine. Ce Borak avait été chambellan de Gourkhan, le prince de Chithaï [Kara-Khttat]. » Mais les Atabek et l'enthousiasme des vrais Iraniens de la vieille Perside, à CUiraz, à Yczd, à Ispahan, firent voir Djelal Ed-Dine au peuple comme un triomphateur. Guyas Ed-Dine fut abandonné, réduit au rôle d'un subalterne, demanda pardon à son frère, entouré de ses khans et de ses émirs, la tète coiiverle dec ilices. (Nessavi, p. 157 et 162.)

explosion d'enthousiasme chevaleresque et littéraire. En Kerman, Djelal épouse la fille du chambellan improvisé sultan, Borak, en Fars, celle de Tatabek Saad. Jamais on ne vit épouseur pareil; partout où il passe, il se marie à une princesse. En quelques semaines, les mariages féodaux, Tenivrement populaire, lui font un empire, et lui donnent une armée. Il tient toute la Perse et un morceau du Khorassan. Les princes et les sultans chevauchent au milieu de ses compagnons d aventure, et c^est un grand seigneur, le chAlelain de Nessa, qui lui sert de secrétaire.

On était en 1227; TEmpereur Inflexible était mort, son successeur n*était pas élu, les meilleures troupes et les meilleurs généraux de Tempire étaient engagés en Chine, dans une guerre à outrance; le peuple iranien acclamait un prince turc; les chiiles s*enflammaient pour sa cause, le voyant ennemi du khalife orthodoxe ; la noblesse militaire turque du Sud et de TOuest, pourvue depuis le temps des Seldjoukides, furieuse contre les parvenus du Nord et de TEst, accourait sous ses drapeaux. La preuve que Tinvasion mongole, entre 1220 et 1225, n*a pas élé une irruption, mais une conquête organisée, c*est que dans le Khorassan proprement dit, dans la Transoxiane, dans le Kharezm où avaient régné, non sans gloire, le père de Djelal Ed-Diiie et ses ancêtres, en une telle crise, personne ne bougea. On peut objecter qu*en Khorassan, d'efl*royables exécutions militaires comme les massacres de Merv et d*Hérat avaient dépeuplé le pays; mais en Transoxiane, où la population était assez dense pour se laisser entraîner dans un soulèvement populaire contre les Mongols dans Tannée 1232 (émeute de Tarabi le Tisserand), — mais dans dos villes comme Bokhara, où Taffluence des étudiants, élément toujours turbulent dans la société musulmane, était si considérable dès 1230 que la bonne impératrice douairière, veuve de Tou-

louï, la chrétienne Serkouteni ^ Bigui, faisait bâtir pour eux un collège, il n*y eut pas une tentative de mouvement. Les Mongols avaient su s*imposer par le nationalisme turc, par rhabileté d'administrateurs tels qu'un Mahmoud Yelvadj, un Masoud, par la forte discipline d'un roi comme Djagataï, et par la prudente bonté de leurs impératrices et reines, de cette mattresse femme qui menait Tinsignifiant Ogodaî, la ferme et adroite Tourakiné, laide à plaisir : « Tourakiné n'avait rien de beau, mais pour Ogodaï Kaan elle était belle '. » Même aux musulmans, la douairière chrétienne, l'excellente Serkouteni, laissa souvenirs et regrets : « Gouyouk Khan étant mort, toute la lignée de Tchinghiz Khan, chacun et quel qu'il fût, accepta la succession dans la lignée de Toulouï Khan pour l'amour que le peuple portait à sa veuve, Serkouteni Bigui. » Pourtant, le même Âbou'lghazi, après avoir dit de Gouyouk : « A pauvres et humbles, à grands et petits, il fit telles grâces que personne jamais n*en fit tant », ajoute, lui qui parle avec tant de respect de Serkouteni : « Toutefois, à la religion chrétienne il donna cours '. » Que l'intrépide et aventureux Djelal Ed-Dine ait songé à recommencer le roman seldjoùkide, c'est possible ; mnis qu'il ait vu, dès le commencement, pourquoi il était tiop tard, c'est probable; la matière à roman, le reitre turc, lui manquait; ces atabeks qui Tacclamaient, c'étaient des iranisés, des chevaliers du Chah Naîneh; le vrai Turc, le soudard, était rallié à la grande famille; corps et àme, il s'était

1. Le nom exact est évidemment déH^uré dans les chroniques musulmanes; il doit être une forme féminine de Serdjiêy « Serge •, qui se ttx>uve comme nom turc chrétien dans les inscriptions de Sémiretchinsk (Chwolson, p. 133).

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