‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 135 sur 212 · Nessavi, p · texte numérisé non relu

Nessavi, p

rent à ces gens-là ce qu'ils avaient appris aux guerres mongoles. C'étaient des revenants, des fantômes; il y avait là des vieux qui avaient vu Guchlug et regardé en face Djébé, le sabre à la main. Le succès de Taffaire n'était pas douteux. Soudards musulmans au service des croisés, et chevaliers francs y mirent pourtant de Tamour-propre, les musulmans surtout, qui ne voulaient pas reculer; les chrétiens lâchèrent pied les premiers : « Toute nostre gent s'enfuirent si laidement, que il y en ot plusours qui de désespérance se noièrent en la mer. Geste désespérance lour vint pour ce que une des batailles l'empereur de Perse assembla au Soudanc la Chamelle, liquex se deffendi tant a aus, que de dous mille Turcs que il y mena, il ne l'en demoura que quatorze- vins quant il se parti dou champ » * (bataille de Gaza, 1244).

Ici Joinville donne mal Timpression; il ne peut pas la donner; elle manquerait de crànerie, car c'est la peur; on la devine entre les lignes. Quoi, celle poignée de fugitifs qui n'osent plus affronter Tétendard mongol, voilà ce qu'ils viennent de faire? Que serait-ce donc, si le grand Khan des Mongols, le vainqueur de Prêtre Jean, l'empereur de Cathay, arrivait lui-môme, avec ses innombrables escadrons?

Le grand Khan faisait sa besogne au nord. La jacquerie avortée de Tarabi avait prouvé combien l'édifice mongol était solide, en pays musulman, même contre la moinerie de rislam. L'incident est caractéristique, et montre ce qu'était le gouvernement mongol dans les pays récemment conquis. Un vilain de Tarab, bourg voisin de Bokhara, se donnait pour péridar^ « inspiré », comme nous dirions. Il avait dos visions; il entendait des voix : « En Transoxiane et en Turkestan, dit Djouveïni, beaucoup de gens, surtout des femmes, ont cette prétention. » Ce vilain, fabricant de cri-

Page 1