‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 136 sur 212 · Joinville, p. 1R · texte numérisé non relu

Joinville, p. 1R

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bles, disent les uns, tisserand, disent les autres, s'élait affilié a Tordre religieux des Soufi^ « des habillés de laine », et portait le froc; son nom était Mahmoud, maison rappelait du nom de son village « Tarabi ». On racontait ses miracles; il montrait aux pieuses gens les milices célestes qui allaient venir les délivrer du Yassak, fonder le règne de Dieu, et ces enthousiastes les voyaient voler, en habits verts et en habits blancs'. « Si quelqu'un s'avisait de dire : Je ne les vois pas, on les lui faisait voir à coups de bâton », ajoute le musulman Djouveïni, que la laïcisation mongole a rendu passablement sceptique. Il guérissait les aveugles : « Ceux qui voyaient ces choses, dit encore Djouveïni, étaient eux-mêmes des aveugles... Si je voyais de mes propres yeux un tel événement, je m'occuperais sans délai do leur guérison. » Le populaire s*assemblait, et les gens de religion. « Il y avait à Bokhara un savant connu par son mérite et sa noblesse; son nom était Chems Ed-Dine Mahboubi... il embrassa la cause de ce fou... le rassemblement augmentait de jour en jour; toute la population de la ville et des campagnes vint trouver Tarabi, ot des indices de trouble et de désordre se manifestèrent. » Les autorités mongoles s'inquiétèrent : « Ils envoyèrent à Khodjend , auprès de messire Mahmoud Yclvadj, pour lui donner avis de cette affaire. » En vrai Mongol, stylé à la chinoise, le mandarin civil, c( le Daroga », ne voulait rien faire sans avoir couvert sa responsabilité. On voit la preuve constante de cette tinii* dite, chez les fonclionnaires mongols, dans ThonnAte Guiragos; à toutes les réclamations que leur adressent les

1. Ce sont difs anges. • Elle (Rhadidja) lui dil (à Mahomet) : • Quand Tango vient le viMiier, quel est le vôlemenl que lu aimes à lui voir porter? » Il répondit: • I.'hahil blanc ourhaliitvcrt. • • C'est donr réellement un ange! • ft'écri.i-l-elle. Par ces molî». elle rappelait ridée que le vert et le blanc sont les couleurs stpcciales à tout ce qui est bon et aux anKcs. (Ibn Khaldoun,

prêtres et les moines arméniens, ils répondent invariablement : « G*est possible; je ne dis pas non; je n'ai pas d'ordres; j'en référerai à l'autorité supérieure. » — En attendant, le Daroga, pris de court, essaya de faire enlever Tarabi; son coup policier manqua; le peuple cria au miracle, et le moine visionnaire se crut si sûr de sa révolution qu'il alla s'installer en pleine ville, dans l'ancien hôtel du dernier sultan seldjoukide, du grand Sandjar : « Il y eut telle foule dans le quartier et au marché qu'un chat n'y aurait pu passer. » Pendant quelques jours, les piétistes et le populaire furent maîtres de la ville. Les scènes de leur courte domination sont caractéristiques; on les retrouve partout, dans les mêmes circonstances, à Florence avec Savonarole, comme à Naples, avec Masaniello : « 0 partisans de vérité,

qu'attendez- vous? II faut purger le monde des impies »

puis vient le gouvernement révolutionnaire de Tarabi. « II livra à la risée le chef des Sadr [Primats].... il nomma Sadr Chems Ed-Dine Mahboubi. Il maltraita la plupart des personnes de distinction, les diffama, en tua plusieurs. II s'attachait à gagner la populace et les vagabonds... les vagabonds et les vauriens s'introduisirent dans les maisons des riches et se mirent à piller. » Un détachement mongol accourut; les révoltés l'assaillirent; à la première volée de flèches, Tarabi et Mahboubi furent tués. « Sur ces entrefaites, il s'éleva un vent violent et la poussière devint si épaisse que les hommes ne pouvaient s'apercevoir. Les Mongols s'imaginèrent que c'était l'effet des miracles de Tarabi et battirent en retraite... les paysans sortirent de leurs villages avec des bêches et des haches, décapitèrent tous ceux qu'ils prirent, et notamment les percepteurs et les hommes en place. » La jacquerie dura huit jours, au bout desquels les troupes mongoles arrivèrent en force et rétablirent l'ordre. L^exécution était imminente, le massacre, le pillage ; Mahmoud

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Ycivadj obtint des soudards qu'on la retarderait, qu'on en référerait d^abord au Kaan; c'était cause gagnée. La bonne sainte femme Serkoulcni appuya la demande du ministre. « Le Kaan pardonna celte faute, dont le pardon était cependant impossible *. » La clémence d'Ogodaï acheva de rallier les populations que la première furie mongole avait terrori* séfîs et que la ferme administration de Djagataï avait soumises. A partir de 1232, la lutte du Chériat contre le Yassak est souterraine, sournoise, d'autant plus dangereuse qu'elle prend des formes plus légales, et que le parti religieux, sous son masque de loyalisme, esquive toute répression.

Djelal Ed-Dine mort, le pouvoir mongol assis en Transoxiane, la Chine du Nord conquise, qu'allait-on faire des vieilles bandes qui n'avaient plus d'autre métier que la guerre? Comment allait-on pourvoir les princes du sang, après le compromis qui avait donné l'empire à Ogodaï? En vieux droit turc et mongol, les descendants de l'alné, de Djoudji, ne pouvaient, en aucun cas, être des prétendants au domaine héréditaire réservé à l'Ot-djiguine, au plus jeune; d'ailleurs, ils étaient issus de bâtardise; si aucun chroniqueur ne le dit officiellement, tout prouve qu*on les considérait comme tels; on verra les cousins de Batou le Débonnaire le traiter en inférieur, en véritable bâtard. D'autre part, le domaine héréditaire, où donc était-il maintenant? Pour les Mongols, il était entre Onon et Kéroulène, à Deligoun Bouldak, où les vieux compagnons du Tchinghiz Khan, les Mongols de la veille, les purs, les vrais, avaient obtenu de faire transporter le corps du grand Bordjiguène; pour les Turcs, ouvriers de la deuxième heure, pour les Naïmane, pour les Kéraït, pour les Oïgour, il était à la «< respectable enceinte »>, au » Karakoroum », à côté du Kout-tagy de

i. Djouveîni, dans ï^frémery, p. 128 cl imlv.

mmohrcTioK a l'hi*ioih» hr rA«ir. Z^

« la Montagne du pouvoir », aux Lieux Saints où la Biche de Lumière avait conçu miraculeusement. Les Oïgour qui tenaient les bureaux, les Naïmane et les Kéraîl qui s^étaient pourvus des charges militaires, voulaient, nalurellement, fixer Thérédite de Tempire dans leur pays; le clergé chrétien était avec eux, d'abord parce qu*il était de leurs clans et de leur sang, ensuite à cause de l'évèché d*Almalik. Quel triomphe pour ces nestoriens , s*ils avaient pu installer un pape de leur secte en Pé-Lou, à côté du Kaan de Karakoroum ! En attendant, ils se contentaient de leur évèque, et du Kaan qui leur accordait des faveurs; à la liste des croisades occidentales, il faut ajouter l'épilogue, la croisade mongole. Ce fut une chrétienne turque, l'impératrice mongole de Perse, Dokouz Khatoun, femme de Houlagou Khan, qui lança les Mongols en Terre sainte; ce fut un chrétien, le vieux capitaine Kit Bouka, un ancien du temps de Souboutaï, qui commanda l'armée, et qui se fit bravement tuer, à la tète de ses Turcs nestoriens (bataille d'Aïn-Djalouth, « les Sources de Goliath », près de Jérusalem — 3 septembre 1260; la première perdue par les Mongols en Occident) *.

L'impératrice régnante, Tourakina, tenait pour le pays turc; c'est elle, sans doute, qui fit bâtir le nouveau Karakoroum, celui qu*ont vu Rubruquis et Plan Garpin, par son bon homme de mari, qui faisait toutes ses volontés. Celle laide et forte impératrice, femme de tète et de gouvernement, tint la balance égale entre les nationalistes à outrance, turcs et mongols, et le parti chinois et kara-khitaïen; c'était le parti des légistes, du premier ministre Yelou Tchoutsaï, qui préparait, sous main, rétablissement de Fempirc en Chine, le transport du domaine héréditaire en pays khilaï, à Pékin, la fixation^ légale d'ailleurs, de la succession impériale dans

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