Villehardouin, éd. Wailly, p. 2i2et
2. Alàerici Chronicon, Hanovre, 1698, II, p. 573 et 578, el Joinville, éd. Wailly (Société de l'Histoire de France), p. 476-171.
bile » qui s*élevail de Hongrie, le conlraignit. En juillet 1241,
il écrivit à Bêla : <c Vocem inexcelso lamenlationiselflelus
personam et familiam tuam sub protectione sedis apostolica^ recipientes» et nostram libi et omnibus, qui assumpto crucis signaculo contra Tarlaros eosdem ad defensionem regni prœdicti processerint, illam immunitatem concedimus, eamquc indulgentiam clargimur, quae Terra" Sanclae succurrentibus in Goncilio général! concedentur '. » A cette date tout était Fini; du Danube à TEIbe et à la Vistule, pas un chien n^aurait osé aboyer sans la permission du Saïn Khan et de ses capitaines. Mais les Mongols étaient obligés de calculer au maximum d'ofTorl; si le pape et Tempereur trahissaient TEurope, tant mieux pour le Kaan. Souboutaî manœuvra comme si le pape et l'empereur avaient fait leur devoir.
L'ultimatum remis à Bêla par Youri de Souzdal au nom du Khan Gouyouk, et sans doute rédigé en Russie par la chancellerie de Batou, était en réalité une déclaration de guerre. Bêla ne sut pas y répondre; la seule mesure qu*il prit, d*envoyor le faclum mongol à son cousin, le patriarche Berthold dWquilée, et par son intermédiaire, à Tévëque Ëgno de Brixen, et au comte Albert de Tirol, pour le faire lire dans les églises', marque son manque de tact; c*était au pape, et non à lui, à faire prêcher la croisade en basse Autriche et en Tirol. Les préparatifs militaires sérieux ne commencèrent qu'en mars 12ii; c'était deux mois trop tard.
En janvier i2i< , la grande armée mongole prit ses positions de combat préparatoires, entre la haute Vistule et le Dniestr. Boleslas IV, le Chaste, régnait sur Cracovie et Sandomir, Conrad, sur la Mazovie et la Kiovie, Henri II sur la basse
i. BaroDÎiis Annaleê ecclefiasdcjr^ au ann. 1S4I, p. 503. i. Dans Horma>r. Goldene Chronirlt, p. (îU. d'après Slrakosch-Urassmann, au bas de la pa^c iZ.
Silésie, sur Gnesen, la Posnanie, la Galicie, ayant sa capitale à Breslau; Miecislas tenait Oppeln et Ratibor. Au sud, la Hongrie de Bêla s*étendait ddpuis les Carpathes jusqu*à TAdriatique. Les Mongols avaient pour objectif, comme le dit clairement la chronique chinoise citée plus haut, le Danube, et la capitale hongroise, qui était Gran*. Pour aller jusque là, il fallait forcer les passages des Carpathes, c'estànlire, venant de Test, prêter le flanc et tourner le dos à un ennemi aussi redoutable que le Polonais. Une première reconnaissance (novembre 12(0) avait hardiment poussé jusqu'à Lublin; au sud, par le Szereth et le Pruth, entre Loutzk ' et Kremenetz, le terrain avait été couru et le dégât fait jusqu*au pied des montagnes. Souboutaï ne pouvait plus douter d'un gros rassemblement formé de Polonais et d'Allemands, derrière la Vistule; la grande masse qu'il voulait atteindre, Magyars et gens de TEmpire, se concentrait sur le Danube. Il s'orienta de* suite, prit avec lui son souverain, le Sain Khan, et les deux tiers de Tarmée, lança le reste, sous les ordres des princes Baïdar et Kaïdou, auxquels il se fiait, droit sur les Polonais, avec consigne de les chercher, do les détruire, et de le rejoindre quand ces gens-là seraient hors de cause, quand Tarmée du Sud n'aurait plus d'ennemi à craindre au nord des Carpathes. Les deux princes justifièrent la confiance du grand capitaine. Il est assez curieux que les Polonais mentionnent toujours Baïdar sous son nom chinois de Pe-ta, quand le nom turc, Baïdar, n'est pas plus difficile à prononcer pour des occidentaux. Kaïdou mourut en 1301, après avoir longtemps disputé l'empire à son cousin Khoubilaï; les annales chinoises disent qu'il avait gagné quarante et une batailles rangées, tant contre le Kaan que contre ses
1. Slrigonium dans les Annales en latin. Voir plus haul, p. 352.
2. Encore acluellement, les Juifs de Loutzk parlent le turc, même diatecle que le télépute.
LES MONGOLS 36i
ennemis. Le très chaste duc de Sandomir, Boleslas le Pudique, « Boleslaus Pudicus », n^élait pas de taille à se mesurer avec les élèves do Souboutaï; le grand capitaine avait mis son armée de Pologne eu bonnes mains; Baïdar et Kaïdou la menèrent rondement, enlevèrent, coup sur coup, Sandomir, Lencisc; le 18 mars, ils battirent les confédérés polonais et allemands à Szydiow, rejetèrent Boleslas vers le sud, Miccislas vers Touest; Boleslas hors de combat, ils suivirent la masse principale sous Miccislas, emportèrent Cracovie à la course; à Bativor, ils franchirent TOdcr sur des ponts volants qu*ils jetèrent lestement, puis enlevèrent Breslau. Le prince Henri avait concentré son armée, trente mille hommes, disent les Allemands, près de Liegnilz, au lieu dit Wahistatt, sur la Katzbach; la plupart des chroniqueurs disent que Poppo d'Osternau, grand maître des Tcuioniques, périt dans la bataille; le fait est douteux; en tout cas, les Templiers français y étaient; leur grand maître bien informé s^emprcsse d^écrire le détail du désastre à saint Louis. La débâcle commença par les Allemands, puis les Slaves de langue russe se débandèrent. Nos Fran(;ais furent admirables; les Templiers laissèrent surplace six frères, trois chevaliers, deux sergents et cinq cents hommes d'armes ' . Les Hospitaliers mirent leur honneur à faire aussi bien que les chevaliers du Temple; ils y restèrent tous. Allemands et
I. • Nous faisons savoir à voslre hantehce que Tartartn ont la terre qui fu Henri le dur de Poulainne deslruite el <*scillie, et celui meismes oris avec mont des barons, ei six dp nos frères ol trois chevaliers et deux sor^tans et 500 de nos lionimi's ont mort; et Iroi de nos frèrc5«, <iue nous bien connaisHon/, esclifi|MT«'nl. • (Lellre de Ponce (fAubtin. maître de la chevalerie du Temide en Franre à saint Loui-»; dan h Pert/, XXVI, (>. 00 L)
Quand il écrivait cette lettre. Ponce d'Aubon n'avait pas encore re«;u les nouvelles de la victoire de^ MouftoU en Hongrie, mais il ta prévoit jusqu\i croire la France menacée. • Ht sac hier, que lou/ les baronz d'AIcmaiKne et le roi meismes et tout le clergée et desques en Hongrie sont croises a alcr contre les Tarlarinx. Kl si comme no/ frères noz avons dit, s'il avienl chose par la volente de Dieu que cist soient vaincus, il ne trouveront qui lor pul^t cootrester jusqu'à vostrc terre. • Jd., ibiti,-
Polonais furent totalement anéantis, le prince Henri tué, sa tète portée au bout d'une lance; Liegnitz fut brûlé. Les Polonais racontent qu*au moment décisif, quand on vit arriver le grand étendard mongol, sur lequel on remarquait une croix de Saint-André, un traître se mit à courir par les rangs, criant en russe : Byegaice! Byegaice! « Sauve qui peut! Sauve qui peut! » Il est bien possible que des Mongols sachant le russe, ou que des Russes au service mongol aient démoralisé les Allemands et les Polonais par de faux commandements; « plus par feinte que par force ils combattent*. » La bataille fut donnée le 9 avril 1241. En moins de trente I jours Kaïdou et Baïdar avaient conquis la Pologne et la I Silésie, depuis la Yislule jusqu'à TOder et aux Marches de ' Saxe.
Les Mongols avaient brusqué Taffaire, et forcé la main au duc Henri pour le contraindre à la bataille avant l'arrivée du roi de Bohème, Yenceslas, qui accourait, avec une grosse armée, doublant les étapes; ils le gagnèrent de vitesse, écrasèrent le duc quand le roi était encore à une journée de dislance; à la nouvelle du désastre, Yenceslas s'arrêta court, prit son parti, fit demi-tour pour couvrir la Saxe et la Bohème. Il n'était que temps; au nord des montagnes, les Mongols l'eussent sûrement enlevé; au sud, dans les défilés de Glatz, il était relativement à l'abri, pouvait se dérober à une de ces grandes batailles où les Mongols supprimaient l'adversaire d'un coup. Son armée était nombreuse, et se grossissait tous les jours. Sans que le pape eût encore officiellement fait croiser, les ordres religieux, Dominicains et Mineurs, prêchaient par toute l'Allemagne; dès avant Pâques, le landgrave Henri de Thuringe annonce que les religieux appellent les chrétiens aux armes '; en
1. • Plus fraudulentia. qram fortitudinc pugnani. • (Plan Carpln. p. 726.)