‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 147 sur 212 · Mon. iiftm,, I. XXVI. p. r · texte numérisé non relu

Mon. iiftm,, I. XXVI. p. r

3. Le. roi Vrii(!i»«ila* oiTi^it à rcmporcur (lu'il avait fait reoulrr los Monl^oU, comme il poî.«.«irt iVunc lettre de Freilerir. — Mon. (ierm.^ t. XXVlll, p. 211; Huillard-Ureholles, t. U, p. iVA.

4. 1 mai, date de Tarrivée de Vem^eslas h Kûni^^tcin; il n'y avait que des détachements sur TBIbc, pour amuser le roi de Bohème; le ftros des forces mon»(oles commençait h. (lier sur la Moravie des le 21 avril : - Kt ante ascensionem Domini (<J mai I2il), Moraviani intraveriint. » Mon, Oerm.^ t. XXVni, p. 208, et Mathieu Paris» t. VI, AdditamenU. pièce 51.

que les Mongols viendraient Ty chercher; leurs éclaireurs reconnurent au premier coup d'œil 1' a empoigne-barbe v, — c'est le terme turc, sakal toutanCy pour « coupe-gorge ». Ils déployèrent un rideau devant lui, s'installèrent à OlUnachau, pour fourrager et se reposer, en attendant les ordres du quartier général; quand Venceslas les eut dépistés, ils firent contremarche, feignirent d'envahir la Bohême, donnèrent une souleur terrible à ce candidat en stratégie; il accourut en toute hâte, pour défendre Tentrée de son pays, le défilé do Pirna, la « pierre au roi », lapis regia^ Kônigstein.

Quand les Mongols le virent dans les gorges de TËlbe, les attendant de pied ferme, et prêt à les pourfendre, ils Ty laissèrent, et s'en allèrent où ils avaient envie d'aller, c'est-àdire en Moravie, à égale portée de Vienne et de Pest, prêts à faire leur jonction avec Souboutaï, pour fondre sur l'empereur, ou à tomber sur le flanc de l'empereur, s'il osait avancer contre Souboutaï; leur lâche était terminée; les forces de l'Allemagne du Nord n'élaient plus à craindre; Baïdar et Kaïdou ramenèrent leurs troupes victorieuses vers les Garpathes, pour se remettre à leur [tlace dans l'ordre de bataille, à la droite de la grande armée. Ils prirent la route de Moravie, par Glalz, Troppau, Olmiitz et Prerau, faisant le dégât, de manière à empêcher toute armée qui pourrait se former ultérieurement dans l'Allemagne du Nord de subsislcr, ou même de fourrager dans le pays, et surveillant les avenues de l'ouest, par une suile de reconnaissances. Pendant que la droite mongole menait celle brillante et rapide campagne, le centre et la gauche, sous le commandement nominal du Saïn Khan, portaient le coup décisif.

De tant de princes que Souboutaï avait en garde, dans son élat-major, Buri et Kadane étaient les seuls en main ; Meungko avait déjà déserlé; Gouyouk était sur le point d'en faire autant; le Sain Khan regimbait sans cesse; il fallait le pousser;

avec une véritable anxiélé, le « soldat » Souboulaï attendait i les nouvelles de Baïdar et de Kaïdou, de vrais capitaines, ' ceux-là, sur lesquels on pouvait compter. D'ailleurs, s^il y avait vraiment croisade, si TOccident se jetait sur lui en , masse, il n'aurait pas trop de toutes ses forces réunies pour assommer Tennemi d'un coup. Il fallait, à la fois, aller vite et temporiser. Voici comment Tétonnant capitaine résolut le problème. Orienté dans la direction qu'il croyait principale, il avait réglé sa marche de façon à ne pas s'engager à fond avant que Baidar et Kaïdou l'eussent débarrassé des Polonais et des Allemands, et à leur porter secours, s'il était lui-même dans la fausse direction. L'armée de Hongrie marchait sur trois colonnes, celle de droite commandée par Cheïbane, frère cadet de Batou, jeune prince qui avait de réels talents militaires; cette colonne était à portée de l'armée de Baïdar et de Kaïdou, par la vallée de la Morava et Olmiitz, ou par Brftnn et Duhravnik; elle avançait sur la Porta HunfjnriiPj séparée de la colonne du centre par la ilaute-Vistule, dont les Mongols tenaient les passages à Sandomir et à Cracovie. Au centre, l'armée principale que commandait Batou, et où Souboutaï avait son quartier général, marchait sur la Porta Pusriœ (déPilé de Ruszka}, venant de Ilalicz; à gauche, la troisième colonne, sous Kadane et Buri, formait deux échelons derrière la colonne du centre, et arrivait par la Transylvanie, entre le Sereth el le Maros, avançant vers le Koros. Les trois colonnes convergeaient ainsi vers la haute Theiss, celles de droite el du centre parla rive droite, celle de gauche par la rive gauche.

Les Hongrois avaient fortifié les défilés des Carpathes du coté de la (ialicie, la Porla Rusci«i', entre Unphvar et Munkacz; le palatin Mederwary, comte de Zolnuk, les défendait; Tavant-gardede Souboutaï les enleva le 12 mars; l'armée du palatin y périt tout entière; le comte revint à Pest, avec

une poignée d'hommes apportant lui-même la terrible nouvelle. Pourtant les ouvrages étaient si forts que les Mongols réquisitionnèrent plusieurs milliers de pionniers pour les détruire et dégager la route '. La poursuite fut foudroyante; le vendredi 15 mars, les coureurs mongols étaient à une demijournée de Pcst; ils avaient fait deux cent quatre-vingt-dix i kilomètres' en moins de trois jours; le lendemain, ils étaient' devant Pest, et le surlendemain, ils battaient Tennemi; c'était le dimanche, 17; Ugolin, évèque de Calocza, n*y pouvant plus tenir devant leurs bravades, malgré les ordres du roi, se jeta sur eux, à la tête de ses troupes; ils le laissèrent s'engager sur un terrain marécageux, Tacculèrent aux marais et

4. Thomas de Spalato, p. 586. Le chiffre de 40 000, que donnent les Hongrois, esl exagéré ; Thomas confond, évidemment, le nombre des pionniers avec l'enrectif total de Tannée mongole qui déboucha par Unghvar, les trente mille hommes réglementaires d'une armée royale à trois « toumans • et les dix mille du « touman u personnel de Souboulaï; les prisonniers de corvée sont en plus.

2. Dans son remarquable travail : Der EinfiiU der Mongolen in Mitlel Eu' ropa, M. Strakosch-Grassmann compare à cette extraordinaire chevauchée des Mongols la fameuse ^course de Baumkircher qui chevaucha de Wiener- Neustadt à Prague, du 27 au 29 octobre 1462 (soit 107 kilomètres par jour), et le double raid des officiers prussieus et autrichiens de Vienne à Berlin et de Berlin à Vienne, au commencement d'octobre 18U2 (Strakosch-Orassmann, p. 70). La comparaison est mauvaise; Baumkircher courait à tous risques, et sur quarante de ses compagnons, il en laissa trente-sept en route, qui ne purent pas suivre. D'ailleurs, il ne marcha pas plus vile que les Mongols, qui n'ont pu se mettre en route que le 12 au soir, au plus tôt, puisquMls s'étaient battus dans la journée, ou le 13 au matin, courant ainsi le 13, le 14, et dans la matinée du 15; l'après-midi, ils tiraillaient déjà contre les éclaireurs de l'ennemi. D'autre part, il n'y a rien de comparable entre la course faite par les officiers autrichiens et prussiens, montés sur des chevaux de prix, suivant d'excellentes routes dans la meilleure saison de Tannée, n'ayant à s'inquiéter, ni de leur nourriture, ni de celle de leurs montures, couchant à de bons giles, et mangeant k de bonnes tables, et la marche de guerre fournie par les cavaliers de Souboulaï, en pays ennemi, sur les routes de 1241, au moment de la fonte des neiges, obligés de pourvoir à tout, de b'cclairer, de trouver du fourrage, courant militairement, l'arme prête, d'une bataille& une autre. Baumkircher arrivant à Prague avec trois hommes, lui quatrième, haletants, épuisés, à demi morts, les sportmen militaires autrichiens et prussiens descendant de leurs chevaux fourbus, pour prendre une douche et changer de linge, n'ont rien de commun avec les incomparables cavaliers emportant d'assaut le defllé de Ru7.ska,et repartant au galop pour aller sabrer, à quatre-vingts lieues de lr\, les h'^mmes d'armes d*Ugolin.

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l'y jclërcnl; il ne s'en tira qu'avec trois hommes, lui quatrième. Ce même jour, la division de Gheïbanc emportait d'assaut Waitzen, au sommet du coude du Danube, tète de route dans la direction de Cracovie et de Breslau, assurant ainsi les communications avec Tarmée du Nord, sous Baïdar et Kaïdou. Cependant, Koloman, frère de Bêla, lui amenait les contingents de Slavonie et de Croatie ; la grande armée hongroise se massait sur la rive droite du Danube, à Fabri du fleuve. A la fui de mars, Tarcliiduc d'Autriche arriva lui-même, avec une petite troupe, prit part à une escarmouche insignifiante, contre une patrouille mongole à laquelle on fit un prisonnier. Le parti hostile à Bola porta les Allemands aux nues; c'est alors que Koutan fut massacré, et que les Kiptchak prirent les armes, désorganisant toute la Hongrie orientale, où ils empêchaient les contingents de rejoindre. Après ce bel exploit, Tarchiduc s'en fut à Vienne et ne reparut plus, de toute la guerre.

Les Mongols, eux, ne perdaient pas de temps; leur deuxième et leur troisième échelon avançaient rapidement'; Tun dégagea la roule de Galicie, un instant menacée parl'évèque Benedicl de Grosswardein et le comte Bor, emporta Erir.u d*as8aut, battit Tévéque et le comte à plates coutures (fin mars — commencement avril); Tautre, le plus important, débouchait, à l'extrême gauche, par la Transylvanie; c'était Kadane qui le commandait. Il força les défilés et les bois le long du haut cours du Maros, emporta Roudan, dans le district minier déjà peuplé par des Saxons; le comte Ariscalde avec six cents AMemands capitulèrent, et obtinrent bon quartier. Entre le Maros et le Korôs, Kadane dt»ploya, enleva droit

1. Leur ▼liesse de marche csi évalu<^e par un rontemp<)rain, homme de guerre professtonel : • et il chevauchent taut en une j<>urn<V, cômmc il a de Paris a Chartres la rite. » (Lettre de Ponce d'Auhon, maitre du Temple, h saint Louis, dans Pertz, Mon. (irrm., XXVI, p. SOn.)

devant lui Varadin (actuel lement Arad) et sa citadelle, puis Perg qui tint huit jours, et Czanad, pril à sa droite Saint- Thomas-du-Pont sur le Kôros, se rabattit de ce côté, passa le Kôrôs, francliit la Tizsa (Theiss), et vint prendre position sur la gauche de Souboulaï, en aval de Pest, vers le 2 ou 3 avril. En un mois, les Mongols avaient forcé les Carpathes, marché du Dniestr et de la Bistrilz jusqu'au Danube, passé le Maros, le Kôrôs, la Theiss, conquis les deux tiers de la Hongrie, ouvert leurs communications entre le Danube et TOder, détruit trois armées. Du 2 au 5 avril, ils étaient concentrés, et bordaient la rive gauche du Danube, entre Pest et Waitzen; ce fut le 9 que Tarmée de Silésic gagna la bataille de Liegnilz. Le mouvement en avant des Hongrois, par la rive gauche du Danube, se prononce le 7; il avait commencé, dès le 6 au plus tard, sur la rive droite, car ils étaient au moins cent mille hommes, et ils n'avaient point de pont fixe à leur disposition. Souboutaï a donc dû dégarnir ses postes de la rive droite, entre Waitzen et Pest, le 7 au plus tard, et commencer son mouvement le 6 avant d'avoir reçu les nouvelles de Liegnitz. Assuré, dès le 4 ou le 5, que la grande armée magyare et allemande était réunie à Pest, incertain de ce qui se passait en Silésie, ne pouvant forcer le passage du Danube contre une armée de cent mille hommes, pour donner bataille avec un grand fleuve à dos, il recule, attire l'ennemi à sa suite. Il mit quatre jours (du 6 au 10 avril), rompant à petits pas, pour reculer du Danube au Sayo, suivi par la grande armée magyare qui n'essaya pas, une seule fois, de Fontamer; il la conduisit, comme par la main, au point stratégique reconnu à l'avance, près de Miskolcz, à portée de sa base d'opérations, Ungvhàr — Munkacz; c'est là qu'on s'est encore battu, entre Hongrois et Russes, en 1848- 1849; c'est là qu'on est obligé de se battre, entre armées venant du nord-est et armées venant du sud-ouest. << La posi-

lion centrale, au point de convergence des roules et des che^ mins de fer de la région, est Miskolcz, près du confluent de la Sajo et de la Tisza '. » Le 10, Souboutaï était sur la rive gauche du Sayo, Bela sur la rive droite en face de lui, dans la plaine de Mohi; tous les deux avaient suivi la même chaussée; les Mongols avaient passé la rivière sur un pont de pierre dont les Magyars occupèrent Tentrée, comptant passer le lendemain; ils avaient même reconnu le débouché du pont, sans rien voir, si bien qu'ils y placèrent un poste d*un millier d hommes; les Mongols étaient masqués derrière les bois, à cinq milles de là. Dans la nuit, Souboutaï en personne fit saisir un gué en amont du pont de pierre, jeter des ponts de bois à côté du gué, pour accélérer le passage; un peu avant Taube, le mouvement commença; a gauche, Batou enleva le poste à rentrée du pont de pierre, couvrit le défilé par six catapultes qu'on y mitcn batterie, balaya les Magyars qui vou* laient reprendre le pont, et déboucha sur la rive droite; à droite, Souboutaï passa les ponts de bois et le gué, déploya sur le flanc gauche et sur les derrières dos Magyars, les rabattant sur Batou qui les attaquait de face. A midi, tout est fini, le camp pris, trente ou quarante mille Magyars, Allemands, Croates, Italiens, volontaires occidentaux, parmi lesquels tous Iv.s Français et les Espagnols, tués ', le roi Bela en fuite presque seul, son frère Koloman en fuite, blessé (il mourut

i. r.olonel Niox, (iéof/raphie mililnire^ t. IV, p. 138.

2. Ils lomboionl cdronie de» feuilles mortes, • codehani a dcxtris et a s(ini»(ris ybcrnaltiim foliorum iiit^lar •, dit TliomaB de Spalato, p. 587.

Les armées du moyen h^e se tuaient très peu de monde pendant le combat; ta tuerie ne comntenraii qu'après» le choc, quand la troupe rompue et en désordre était ma^^^acree. Le tir précis et rapide des archers mongols rendait les enfiARements meurtriers dès le début de Paelion, et démoralisait leurs adversaires. Les contemporains occidentaux leur reprochent, naïvement, de tuer du monde avant de venir au choc : • homines et equos ^agiltis viilnerniit et orcidunt. et cum jam homines et equi sunt debilitali sagittis, tune congrediuntur cum eis. • (IMan Carpin, p. 094.) -^ Au Sa>o, les Magyars auraient perdu 65 000 hommes (Olugozs; ou 100 000, chronique de Klosterneubur^). Tous ces chiffres sont sArement exagères.

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quelques jours après). Les Templiers se firent hacher sur place, comme les TeuloiiiquesàLiegnilz, et périrent jusqu'au dernier homme*. La Chronique chinoise résume très bien l'affaire : « Plus lard, dans une assemblée, Balou se mêla de faire des reproches à Souboulaï, disant : Quand nous combattions ensemble sur la rivière Tun-Ninj, j'ai perdu mon ami Ba-ha-tu, par votre faute, car vous tardiez. Souboutaï répondit : Sire, vous savez bien que la rivière était peu profonde à Tendroit où vous passiez, cl que vous aviez un pont tout fait devant vous; vous avez oublié qu'à Fendroit où je devais passer Teau était profonde et qu'il fallait construire le pont... Batou rendit justice à Souboutaï, et reconnut que l'honneur de la victoire contre le Kie-lin * devait lui être attribué '. »

Ce n'était pas le cœur qui avait manqué aux Magyars; ils s'étaient battus avec la bravoure habiluellc à leur vaillante nation, et ils étaient les plus nombreux; mais que pouvaient le nombre et le courage contre le génie do Souboutaï, et la tactique de ses vieux manœuvriers? « Combien grande que fut leur multitude, plus grande encore dans cette bataille fut, dit-on, la puissance des Hongrois. Mais il n'est pas gent au monde qui sache autant [que les Mongols], surtout à la rencontre en rase campagne, vaincre l'ennemi, soit par le courage, soit par la science au combat ^. »

En trois mois, les Mongols avaient conquis l'Europe centrale, de la Vistulc à l'Elbe, du Danube et des monts de

1. • Colomanus el Archiepiscopus acriter vulnerali vix evaserunl ad suos, magister vero Templarius cum Iota acie Lalinorum occiibuil. >* (Thomai^, p. 587.)

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