I. Ro^er, p. .'Win
empereur, et rehaussa de sa présence la pompe de cette extraordinaire cérémonie. Il y avait là, présents au Kouriltaï, ou Conclave laïque où Ton allait faire un Fils du Ciel, dans ce 0 Camp du drap d'or » ', les uns venus en solliciteurs, les autres en négociateurs, tous pleins d'angoisse, il y avait rOt-Djiguine, le vénérable frère du Tchinghiz Khan, avec ses quarante-huit fils, la grande veuve, Serkouteni la douairière chrétienne, avec ses fils, MeungUe^Khoubilai, Houlagou, le futur potentat de Perse, celui qui allait détruire le khalifat et le royaume des Assassins; il y avait les princes de la maison d*Ogodaï, de Djagataï, de Djoudji, sauf le plus grand de tous, Batou; quand il se vit devancé par Gouyouk, le (( Débonnaire » eut peur d'un piège, flaira une conspiration, et ne voulut plus quitter son royaume de Kiptchak et de Russie; prudemment, il se fit représenter par son vassal, le grand-duc de Russie Yaroslaf ; il y avait Argoun et Hasgoud, vice-rois de Perse, de Turkestan et de Transoxianc, les deux frères David Lâcha, candidats au trône de Géorgie, les ambassadeurs des princes de Hossoul, de Fars et de Kerman, Rokn Ed-Dine le Seldjoukidc, sultan de Roum, Tambassadeur du Vieux de la Montagne, seigneur d'^l/amotit, « l'aire d'aigle », et souverain des Moulahidai ul Mai^ « hérétiques de la mort )> ; il y avait les lieutenants-gouverneurs mongols, les autorités militaires et civiles tenant des Mongols en Chine, au Tibet, en Corée, capitaines, mandarins, lettrés et lamas; il y avait le connétable Sempad, frère de Héthoum, roi d'Arménie et de Cilicie; il y avait, à côté l'un de l'autre, le légat du khalife de Bagdad, du pape de rislam, accompagné de sa suite, et le légat de « TApostoille » de Rome, du pape de la chrétienté, frère Jean de Plan de Carpin, moine de Saint-François, pénitencier
i. Sira Ordou signifie en mongol • le camp d*or -.
(lliiDoceul IV, accompagné de son interprète, frère Benoit de Pologne. — On n'y vil pas longtemps le glorieux vieillard, dont Tépée, avec le conseil de Yelvadj et de Yelouï Tchoutsaï, mettait aux pieds de Tempereur mongol cette assemblée de rois; les fêtes n'étaient pas encore terminées que Souboutaï montait à cheval pour prendre le commandement de l'armée dans le sud de la Chine; il remporta ses dernières victoires sur le Fleuve-Bleu (1217-48), préparant les voies au u petit Khoubilaï », puis, se sentant fatigué, il demanda son congé, et retourna mourir paisiblement sous sa yourte, sur son coin de pré, là bas, au nord, au bord de la Toula *; de la Corée au Frioul, il avait vaincu trente-deux nalions et gagné soixante-cinq batailles rangées.
Parmi les hautes autorités présentes à rassemblée, il faut encore nommer la veuve douairière d*Ogodaï, Timpéralrice Tourakina, et la princesse Ogoul Gaimich, femme de Gouyouk; à elles deux, elles conduisirent Télection. Tourakina mourut deux mois après, triomphante. Quand le parti chinois remporta (1252) après la mort de Gouyouk, et fit élire Meungke, en attendant Khoubilaï, son premier acte fut.de mettre en accusation Ogoul Gaïmich ; elle fut condamnée à mort, et les princes de la maison d*Ogodaï évincés, déclarés contumaces, et proscrits, (^e fut le moment décisif pour l'empire mongol. Le petit-fils d^Ogodai, Kaïdou, compagnon de bataille de son oncle Kadane, élève du grand Souboutaï, n'accepta pas la proscription, protesta; on parvint & Tapaisor, en lui dounant Almalik et la Pentapole; la vieille coutume turque cl mongole était manifestement violée; l'Empire commençait à se chinoiser.
Quand les Mongols achevèrent de conquérir la Chine entière, celle des Song après colle des Kin, ils étaient déjà
I. Une biographie le fait muiirir en t2iG; mais en 1247 il commandait encore en Cliine.
38â INTRODUCTION A L'IUSTOIRE DE L'aSIE
conquis par elle. Dès 1230, on voit Tesprit chinois, el celui des Oïgour, chinoises depuis longtemps, dans le formidable appareil fiscal, dans la bureaucralie et dans la paperasserie mongols : taxe mobilière par maison, pour les sédentaires, centième par lète de bélail pour les nomades, droit du trentième sur l'argent , sur la soie, sur les grains, droits du dixième sur le vin, droits de douane \ Les charges n'allèrent qu'en augmentant; une charte de Timour III nous les donne, en Crimée, au xiv* siècle, pour un propriétaire terrien qu'on faitTarkhan, et qu'on exempte de droits de timbre, de joyaux et vieil argent, de magasinage et de tonlieu, tailles de domestiques et cuisinières, timbre et frais d'achat et de vente, corvée de poste, réquisition de logement, fourrage et boisson, etc. '. Dans Guiragos, on trouve à chaque page les preuves de la tracasserie fiscale et administrative qui rendit les Mongols insupportables. Les tirades ampoulées des Persans où l'Asie, et TËurope après elle, ont trouvé le type mélodramatique des Mongols que l'imagination littéraire nous a conservé, donnent une idée absolument fausse de leurs conquêtes el de leur gouvernement; c'est l'ordinaire et banale déclamation où le vaincu se venge de sa défaite et se console de son abaissement. Sans doute, les armées mongoles ont brûlé, pillé, massacré, ni plus, ni moins que d'autres armées con([uéranles; l'énorme espace de terrain occupé par les peuples qu'elles réduisaient, les soulèvements partiels et les représailles, <|ui les obligeaient à faire des détachements spécialement chargés de répressions et d'exécutions militaires, leur ont fait adopter un système de terreur, que d'autres, dans des conditions analogues, ont suivi jusqu'aux temps modernes; la rhétorique iranienne en a tiré des effets dramatiques, chargés en couleur. En réalité, ce