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coup de pauvreté : « narravit pauperlates quas suslinuerat antequam venisset ad curiam. »

Une autre tyrannie mongole qui ne plaisait guère à ces hommes du moyen âge, était le Yam^ « le service postal ». Quand le fonctionnaire, employé ou haut personnage, présentait son iarliky « lettre de service », ou exhibait la terrible « tablette de commandement », comme Tappelle Marc Pol, la Païza d'or ou d'argent, il fallait obéir, livrer chevaux, mulets, fourrages. Ces fonctionnaires mongols, toujours en route à travers l'immense empire, n'avaient pas le temps d'attendre, moins encore le yamlchi *, « postier », le ichapar^ « courrier », porteurs de la correspondance officielle, des dépêches gouvernementales.

Les Chinois ont sur Khoubilaï une anecdote mélancolique. Lorsque son splendide palais de Khan Balik fut achevé, il fit semer, dans une cour, les graines des steppes, et montrant à ses enfants cette minuscule prairie, captive entre des murailles, il leur dit : « Souvenez-vous de vos ancêtres; gardez ce pré, c'est l'herbe de modestie *. » L'anecdote est bien chinoise; les Turcs et les Mongols du xni^ siècle savaient bien que « l'herbe de modestie » était au pays oïgour, au pied des montagnes saintes, et qu'un empire chinois, avec un empire transoxianais , un russe et un persan, ne faisaient pas ensemble, à eux quatre, un empire mongol.

En préparant la souveraineté do Khoubilaï appuyé par les Chinois et l'église bouddhiste, on ne frustrait pas seulement Ârik Bouka, mais aussi Houlagou, frère cadet de Khoubilaï; on s'en débarrassa en lui donnant une magnifique compen-

1. Le mol est resté en russe sous la forme iamtchiky • postillon, cour riem; les Turcs Osmanlis ont adopté le mol tchapar, de tchapmak^iiui est d'ailleurs turc, « courir ».

2. Bretsclineider, Bec/terches wchéologiques sur Pèkin^ p. 5G-57.

satioD, rOccidenl musulman à conquérir. Le fils de la bonne dame Serkouleni, le mari de la pieuse Dokouz Khatoun, petite-fîlle du prêtre Jean, prit le commandement d^une expédition qui était une croisade. Avec beaucoup de sens politique, le parti musulman national qui avait encore la tradition des Yelvadj accepta ce projet chinois et chrétien, le servit de toutes ses forces. Ces Turcs comprenaient très bien que leur avenir, même au point de vue religieux, était en pays « djagatai », en Turkeslan, en Transoxiane, en Kharezm, et que toute expédition à Télranger, fùt-cc contre des musulmans, fut-ce contre le Khalife, ne pouvait que les fortifier. Meungke et Khoubilaï, seigneurs en Chine bouddhiste et en Mongolie, Iloulagou, souverain dans la Perse schismalique, dans le pays des Ismaéliens hérétiques, à Roum, chez les Seldjoukides déserteurs, eux, les Turcs, les vrais, les purs, demeuraient maîtres au pays orthodoxe, à Samarkande, à Turkestan, à Bokhara, à Ourguendj, de la Fergana jusqu'au Volga; et alors, eux maîtres, pourquoi n'arrangeraient-ils pas leurs alTaires? Pourquoi n*accommoderaieni-ils pas ensemble le Chériat et le Yassak? Et si le Chériat valait mieux, no triompherait-il pas un jour, avec Taîde de Dieu? On voit poindre le programme de Timour, le pur Turc orthodoxe, restaurateur de la religion au xiv" siècle.

Hacliid Ed-Dine explique très bien ce programme, avec les convenances que sa position officielle et son origine lui commandent '; du reste, soit qu*il copie Djouveïni, ministre de Iloulagou, soit qu'il donne la tradition orale telle qu'il Ta reçue du Mongol Poulad Tchingsang *, et d'autres grands personnages, il est parfaitement informé, mais ne dit que

i. Il t'Uil d'origine judai(|ue, cl ses contemporains l'uni amis»» de jndatscr; voir (Mliiion QunlrcmiT»», p. v (!*• partit* t.

2. hfs tiislorlena musulman^ réuni<i<cnl I»' nom du pcrsonna^t», Poulad^ qui si^niPic « acier-, avec son lilrc mon^oL TchtfrfMfim/, <|ui sii;nilie • Ministre •.

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ce que le bien de TÉtat lui permet de publier. Le pré* texte officiel de Texpédition de Houlagou, fait pour plaire aux musulmans orlhodoxes, fut le scandale des Ismaéliens ou Assassins : « Feu le kadi des kadis Chems Ed-Dine, de la ville de Kazvin, se trouvant à la cour de Meungke, parut un jour devant ce prince, couvert d'une cuirasse *, et prolesta que, dans la crainte d'être exposé aux coups des Ismaéliens, il portait constamment cette armure sous ses habits. Il raconta ensuite quantité de faits qui attestaient la puissance et Taudace de ces sectaires *. » Pour les chrétiens, on se servit d'un rapport de Baïtchou Noïane, le général mongol qui guerroyait à Roum contre les Seldjoukides, et qui venait d'accueillir les ambassadeurs du pape, frère Âscelin, Simon de Saint-Quentin, Guichard de Crémone et André de Lonjumeau. c< Baïtchou... ne tarda pas à porter des plaintes contre le khalife de Bagdad. » Un plan de conquête fut proposé par Meungke en personne, dit Rachid. a Ce prince se dit à lui-même que parmi les royaumes du monde, les uns, sous le règne de Tchinghiz Khan, avaient été domptés par la force des armes ou s'étaient soumis volontairement, tandis que d'autres n'étaient pas encore conquis; que l'univers ayant une immense étendue, il devait envoyer vers chaque royaume un de ses frères... tandis que lui-même, placé au centre de son empire, dans les anciennes demeures des Mongols, tranquille et triomphant, partagerait son temps entre les plaisirs et le soin de rendre la justice à ses sujets '. » On voit poindre l'idée chinoise d'un « Empire du Milieu »; en portant le Khan Balik, '< la Ville Impériale », à Pékin, Khoubilaï, après

1. 11 était absolument contraire à Tétiiiuette, surtout pour un dignitaire ecclésiastique, de se présenter arme devant le souverain.

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