Jnin>ille, p
392 INTBODUCTION A L'HISTOIRE DE L'aSIE
les moines pour ces « trufatores » dont parle Rubruquis, el qui assiégeaient les antichambres mongoles. Saint Louis s'attira pour réponse une lettre des plus cavalières, où le Kaan le traite en vassal '; les Mongols ne lui épargnent pas rinévitable kyrielle des peuples vaincus par eux; ils la servaient à tout le monde; on la trouve partout, chez les contemporains, dans Guiragos et dans Rubruquis, dans Ibn el Âthir et dans Plan Carpin ; c'est une leçon récitée, lugubre et décourageante. Je les imagine débitant celle litanie de leur gloire sur un ton uniforme, machinalement, comme un caporal débite la théorie ; devant ce monotone inventaire de peuples abattus, les nations encore debout se sentaient trembler. Le roi Louis comprit son erreur : » Et sachiez qu'il se repentit fort quand il y envoya. » La fausse démarche du saint roi, rinintelligence du moine Rubruquis envoyé par lui à Meungkc Kaan, son étroitesse de jugement et d'informations qui éclate à chaque ligne dans une relation pleine de mots spirituels, mais vide de sérieux, sauvèrent Tlslam étranglé entre la croisade française cl la mongole. La relation de Rubruquis, apologie personnelle destinée au Roi évidemment mécontent d'un insuccès dont son envoyé n'était pas tout à fait responsable, est d'un artiste charmant; mais elle montre que ce moine, improvisé ambassadeur, avait trop d'esprit pour être un bon diplomate.
ProRtant de cette énorme faute des croisés, tout ce qui haïssait les Mongols, Kiptchak déportés par Souboutaî, derniers combattants de Djelal Ed-Dine, traqués par Tcharmagane, reflua en Egypte, accourut sous l'étendard musulman, contre les Français dont ces vieux routiers ne pouvaient pas croire qu'ils ne fussent les alliés du Kaan; ce furent eux qui vainquirent à la Massoure. Joinville se les rappelle bien, leurs
i. Joinville, p. 175.
drapeaux dentelés à la chinoise, cl les queues de Kotilass au boul de leur long : « Lour baniërcs cstoient vermeilles et estoient endantées juesques vers les lances; et sur leur lances avoient (estes faites de clieveus qui sembloient lestes de dyables '. »
Pendant que la croisade de saint Louis avortait en Egypte,
celle de Dokouz Khatoun emportait tout en Perse, à Roum,
en Mésopotamie, en Syrie centrale. Les Ismaéliens sont écrasés, la Perse conquise, Bagdad mis aux abois : « Le dimanche, quatrième jour du mois de safar de Tannée 056, le Khalife sortit de Bagdad; il avait avec lui ses trois fils... et trois mille personnes, Seïds, Imans, Kadis... il se présenta devant Iloulagou, qui ne témoigna aucune colère et lui adressa des questions avec douceur et bienveillance; après quoi il lui dit : Ordonnez aux habitants de Bagdad de déposer leurs armes, afin que nous fassions le recensement. Le Khalife dépêcha un députe qui proclama, dans les rues de la ville, que la population jetât ses armes et sortit des murs. Les habitants désarmés venaient, par troupes, se livrer aux Mongols, qui les massacraient immédiatement. » Grêlaient les mêmes Mongols qui avaient fait quartier aux soudards allemands du comte Âriscalde.
La dernière dérision fui de loger le pape musulman au quartier du chrétien Kit Bouka, parmi les prêtres nestoriens, à côté des lamas bouddhistes. « Le soir du mercredi, ii safar, le Khalife fut mis à mort... avec son fils aine et cinq eunuques qui ne Tavaient pas quitté... On égorgea sans pitié tout ce que Ton put trouver de membres de la famille d*Abbas.... Seul, Mobarek Chah, le plus jeune des (ils du Khalife, dut sa gn\ce aux prières d*01djaï Khatoun, et fut envoyé par celte princesse à Maraga.... Il épousa une femme