Les Pcscadores
l'asib socs les mongols 405
villes, mais la fièvre et les insolations, plus dangereuses que les flèches des Annamites et les éléphants des Birmans, décimaient leurs soldats sibériens, transoxianais , alains et russes. Après chaque conquête, ils demandaient à être rappelés. S*ils restaient, ces hommes du Nord fondaient au soleil! On finit par ne plus s^occupcr de llndo-Chine, mais la mainmise des Mongols sur la grande péninsule ne fut pas oubliée par la dynastie chinoise qui leur succéda; la route était tracée; les Chinois, redevenus maîtres chez eux, la reprirent pour leur compte *.
Malgré leur désastre au Japon et leurs mécomptes dans rindo-Chine et à Java, les Mongols étaient arrivés à la mer. Dès la fin du xm' siècle, ils avaient donc trois roules pour communiquer avec TOccident; les deux routes de terre, celle de Pé-Lou (Pentapole), sans cesse interceptée par les révoltes des Marches, celle de Nan-Lou (llexapole), désormais à la discrétion des suUans de Transoxiane visant de plus en plus à Tautonomie; en troisième lieu, la vieille route maritime, celle des Chinois et des Arabes, entre Canton et Tembouchure de TEuphrate, par la presqulle de Malacca, Ceylan, les échelles de l'Inde, conduisant du pays du Kaan à celui de son cousin et vassal, le sultan de Perse et dlrak, Thérilier païen des Khalifes. Il devenait plus simple d aller de la
1. Voir les • ItiiuTaires de Chine en Annam d'après une carte chinoisf dr(•^s^e sous le n'^iic des Kmi)ereurs mon^oh, revue, au^nicntéc et publiée en i5'U par T9cliou*s»r-peiin -, dans Devèria, Hisfviit dei tetalionê df Ut Chine avec r Annam (Publiralions de TÉcole des langues orientales, t. Xlll*. A la ^randr époque de^ conqutHes, >ous les Han orientaux, pendant qur Pan-'IVhao domptait TOucst, un autre général rhinois, Fou-I*o, soumettait le Sud : - C'est au bas de cette monta^'ne <.Fen-Mao-LinK> que le Kèuêral Ma- Yuan, surnommé Fou-Po, érigea en Tan 43 de J.-C. une colonne de cuivr.' |K>ur marquer la frontière entre TAnnam et la Chine. • (La frontière tinoannamUfy d'après los doruments otliricls chinois traduits par Devéria, p. 2.) Après la dynastie mon^fole, en llo", la ronqui^te du Tonkin et de TAnnani fut reprise r»ar les Ming; en J12H, Lè-Loî rhasïia les Chinois et se fil pr«»rtflmer roi dans la • Capitale orientale •, le Hanoi actuel. Les tentalives chinoises ne recommencèrent qu'en 154i.
406 INTRODUCTION A L'fllSTOIRB DE L'aSIB
haute Asie à TAsîe Mineure et à la Méditerranée, en traversant la Chine policée et en prenant la mer à Canton, que de risquer la détrousse dans les Marches batailleuses, ou de subir les douanes et les avanies entre Transoxiane et Perse. La réunion de TAsie sous une seule domination continentale eut donc ce résultat singulier de rouvrir les routes maritimes au détriment des routes continentales, pour la possession desquelles Chinois, puis Turcs et Mongols, luttaient depuis des siècles. L'empire mongol gauchissait vers la Chine et vers la mer, perdant contact avec son véritable point d'appui, . le pays entre F Altaï Bleu, les Montagnes Célestes et la Montagne Noire (Kara Dagh), la vieille terre des Oigour, des Karluk et des Kankli.
Tant que les sultans de Perse et de Transoxiane resteraient païens, c'est-à-dire neutres en matière religieuse, on pouvait compter qu'entre l'empereur mongol de Chine, désormais bouddhiste, et ses vassaux d'Occident, les rapports seraient loyaux, et qu'entre leurs États, les communications resteraient ouvertes et régulières, autant que le permettaient, au sud, les périls de la mer, au nord, par le Nan-Lou et le Pé-Lou, les hasards de la politique; car entre gens du Nord dans les Marches, gens du Sud en Transoxiane et en Perso, entre ruraux que le transfert de la capitale à Pékin rendait à la vie nomade, et citadins que Tallrait des grandes villes telles que Bokhara et Samarkande réduisait à la défensive, le vieil antagonisme d'Iran et de Touran renaissait. Seulement celte fois, du côté d'Iran et du côté de Touran, ils étaient également Turcs, gens d'armes, prompts à la main.
Les seigneurs nomades du PéLou vivotaient misérablement de leurs « casaux » en Pentapole; ils n'avaient rien à donner à leur famélique clientèle, épuisaient les ressources des bonnes villes comme Almalik dans leurs tentatives sur la Transoxiane toujours convoitée, à chaque coup leur échappant.
De leur côté, les sultans de Transoxiane ne voyaient pas sans jalousie la grandeur de leurs cousins, souverains en Perse, héritiers du Khalifat, tout-puissants au pays de « Rome », maîtres des plus belles voies qui conduisent vers rOccident, pendant qu'eux-mêmes n'étaient que les gardiens d'un passage disputé, sous la main et sous Tœil du Kaan. La place de leurs Ëtats les rendait arbitres entre les Marches, le Kiptchak et la Perse, en guerre ouverte à chaque instant. S'ils devenaient musulmans, si le ferment religieux s'ajoutait au ferment politique, sûrement l'empire mongol était coupé en deux. Or, à l'islam toutes les vieilles familles iraniennes, et avec elles les familles turques en possession depuis deux siècles et plus dans le pays travaillaient avec ardeur. Le christianisme déclinait en même temps qu'Aimalik et la Pentapole, où il avait ses capitales spirituelles et ses places; il devenait une religion urbaine, perdait pied dans les campagnes dévastées, aux armées mongoles, on ne voyait plus de gens de guerre chrétiens '.
1. La (lernffere êpiUpbe de grand cher neslorien retrouvée dans les cimetières de Semiretcliinsk, est de 1272. • En l'an 1583 (ère des Scleucidei»\ année du Singe (date turque). Ceci est le tombeau du prêtre et capitaine Zouma — un pieux vieillard, un émir de renom — fils du capitaine Georges. Notre Seigneur veuille réunir son génie aux génies de ses pères et des Saints dans l'Eternité. - (Chwolson et RadlolT. Syrisch Settonanische (htibinschrifteit^ p. 24.) A partir de cette année on n*a plus rerueilli d'autres épitaphes nue de civils, de prêtres et de femmes : • Moscs d'AImalik, zélé pour IVuvre de rKglise (1300); Georges d*Almalik, prêtre (i'^OO); la douce demoiselle Julia. Hancée du Chorévéïpie Jean (1.101): la cro\antc Koutlou {nom qui équivaut à Feliv'ui] Tcnm, fille du Visiteur tPHpIise Cyriaque (1310); Pcsklia (Pâques , l'exégéte de haut renom et le prédicateur, qui illumine toutes les Kglises de ses lumières — loué en sagesse — Puisse le Seigneur réunir son génie aux Saints (1328). - En 1333, la per«éeution musulmane commence; c*esl Tannée de la peste noire en Asie : ■ tomtienu du srholaslique San-l)a-Vok» de l'enfant Pa/^k Tekine, de la jiMine lllle Marie. Ces trois hont morts du fait du maliomélisme • (j'adople l'interprétation de M. Ifalévx). La dernier.* inseriplion recueillie, celle de la « Fidèle Martlia -.eî»! de llOtJ: le grand Timour, resiAunleur de l'Nlani. était mort depuis un an. quand on ••nlerrait encore chreiiennement les plus humt>les parmi sen sujets, dan;* ce TjtMix pays d'XIm.ilik, jadis si glorieux, maintenant out>lie, dans t'ombre, loin tic la rayonnante Samarkande.
Au xiv' «iiecle, on ne considérait déjà plus Almalik comme la vieille
L'Église latine contribua, par son zèle, à la ruine du christianisme chez les Turcs. Le nostorianisme, implanté depuis des siècles, avait eu le temps de prendre racine; il tenait au sol comme une plante nationale, indigène; le catholicisme romain n'était qu'une religion d'étrangers. Le Turc chrétien converti par un missionnaire latin entrait dans le giron de l'Église Universelle, mais il sortait de l'union nationale; c'était un déserteur. Jusqu'à la fin du xiii^ siècle, la chrétienté mongole a été régulièrement représentée en France. En 1274, le clergé mongol figure officiellement au Concile de Lyon K En 1287, le moine oigour Rabban Çauma vient de Pékin à Paris, où il visile Saint- Denis, la Sorbonne et la Sainte-Chapelle. A partir du xiv" siècle, les prétentions des Latins et leur étroitesse d'esprit relèvent les barrières entre l'Orient et l'Occident. C'est en 1292 que le franciscain Jean de Montcorvin, envoyé par le pape Nicolas IV, arriva en Chine, du vivant de l'empereur Khoubilaï'; « le succès de sa mission avait été si grand qu'en 1307, le pape Clément V lui envoya sept frères mineurs, ayant rang d'évôques, qui devaient sacrer Monte-Corvino comme archevêque de Khan-Baliq (Pékin), et primat de tout l'extrême Orient. Ils seraient ses suflTragants; en 1312,
capitale, la ville noble par excellence, mais simplement comme la porte de Chine. Ibn Batoulah écrit, vers 1350 : • la ville d'Almalik, située à rexlrémilé de la principauté de Mavera-an-Nahar (Transoxiane) et à l'endroit ou commence la Chine -(Ibn Batoulah, t. IIl, p. 27). A la Hn du xv* siècle, la glorieuse cité n'existait plus, la fureur musulmane des gens du Sud, et la rage des Mongols contre tout ce qui touchait, désormais, à la Transoxiane, avaient détruit l'antique « Pommeraie >* turque et chrétienne; Bàber ne s'y trompe pas : • Almalik, Almaty,... parle fait des Mongols et des Euzbeg de nos jours, sont gâtés - (Bâber, p. 1).
1. tt 1274. Apud Lugdunum Gallio urbem concilium sollcmpne celebratum est a pappa Gregorio decimo... In hoc autem concilio Grecorum ac Tartarorum sollempncs nuncii interfuerunt. » Ex Guillelmi de Nangis chronica; — Pertz, t. XXVi, p. 686.
2. C. Cordier, dans son excellent ouvrage : les Voyages du bienheureux Odoric de Pordenone, considère la date comme erronée (p. xviii). En tout cas, elle l'est de très peu.
Clément V envoya trois autres suiïragants à rarchevèque de Pékin, les frères Thomas, Jérôme, et Pierre de Florence. Ce Jérôme fut nommé, en 1320, évëque en Crimée \ » On voit, par ce déplacement de Tévèque Jérôme, suiïragant à Pékin, que le gouvernement de rÉglise latine dans l'empire mongol était adapté, en partie, aux relations de TÉtat suzerain du Kaan avec ses vassaux, tels que ceux de Kiptchak-Crimée. « En 1333, Monte-Corvino mourait à Ili-Baliq. Ce fut un Français, ancien professeur de théologie à la faculté de Paris, Nicolas, qui le remplaça*. »Une lettre datée d'Almalik^ jour de la Saint-Laurent 1338, nous apprend qu'à cette époque, une mission franciscaine, ayant pour chef Richard de Bourgogne, se fondait en Pé-Lou, dans le territoire d*Ili, en plein domaine du nestorianisme, compromettant ainsi les chrétiens indigènes, entrant peut-être en conflit avec eux. Le résultat était inévitable. « Celte chrétienté fut détruite en 1342'. » La réaction chinoise contre les Mongols, et tout ce qui rappelait leur domination, acheva la ruine du christianisme en Chine. François de Podio, envoyé comme légat en Chine avec douze compagnons (1371), disparait sans laisser de traces. Jacques de Florence, cinquième évèque de Zaïlon (Hang Ichéou), est massacré en 1362. Le nestorianisme, abandonné à lui-même, aurait peut-être survécu; l'immixtion d'étrangers lui fut également funeste auprès des Turcs et auprès des Chinois.
Pendant que le christianisme déclinait, Tislamisme prenait pied. 11 choisissait, avec un merveilleux coup d*œil, son terrain de combat et de conquête, se faisant apostolique en Kiptchak, mystique en Transoxiane, politique et littéraire en Perse et dans les Marches. En Chine, il céda la place au
1. (>)rtlier, Ifs VotjH'/^s du ftirttheuieur Od'n'ic de Pnnhnouf, p. xviii-xx.