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Id.f ihid

410 INTRODUCTION A L'HISTOIRB DB L'aSIE

bouddhisme, courba Téchinc, se résigna, ne se mêlant plus que de finance et d'affaires; c'était le seul moyen de vivre. L'islamisme, qu'on prétend si rigide, montra, dans l'Asie mongole, la plus extraordinaire souplesse; il sut se prêter à toule besogne, profiter de toute occasion, sans céder un scrupule du dogme. Le formidable nivellement de l'Asie avait d'abord aplati les musulmans dans une tristesse découragée; leur premier refuge, après la crise, fut le mysticisme; c'est à la fin du xiii* et au commencement du xiv* siècle, sans doute, que les poèmes de Khodja Ahmed Yesevi devinrent si populaires, car la langue dans laquelle ils nous sont parvenus n'est pas assez archaïque pour ne pas indiquer un remaniement plus moderne, fait d'abord à cette époque :

Du doux passé une voix est venue à mon oreille, A cause de quoi auprès du Dieu Vrai je me suis réfugie. En la vingt septième année de mon âge, un Pir j'ai trouvé; Tout ce que j'avais vu avant, d'un voile je l'ai caché *.

Ce doux passé à jamais perdu, c'était la pieuse époque dos Samanides, ou le temps glorieux de Mahmoud; toute celle fantasmagorie de jeunesse sur laquelle il faut jeter le voile, c'est la vie mondaine, la vie active sous le régime du Yassak; ce refuge suprême enfin trouvé, c'est le Pir, le chef d'une congrégation religieuse, le guide spirituel; entre les mains du Pir et de ses moines, le musulman d'Asie va être désormais un agent, passif d'abord et inconscient, puis l'homme d'un parti, celui de la religion nationale opposée au régime étranger, barbare et laïque des Mongols. Le xiv*' siècle, en Asie, est le siècle des moines; c*est à bon droit que les Transoxianais considèrent leur grand saint national, Khodja Beha £d-Dine, comme le fondateur des

i. Dans Vambéry, Tschagataïsche sprachsiudien^ p. 120.

tout-puissants Nakichbend, bien que Tordre ail été fondé longtemps avant lui ^it incarne le triomphe de Téglise militante sur Téglise mystique, préparé par les rudes moines qui ont commencé à batailler contre la société laïque au lendemain même de sa fondation, quand le mysticisme leur a livré les âmes dolentes des musulmans et des idéalistes Iransoxianais.

D'une manière générale, les Mongols n'aimaient pas confier Tadministration des provinces h des indigènes; ils dépaysaient leurs fonctionnaires; Rubruquis la (rès bion remarqué ', mais il n*a vu que le côté religieux d'un système politique. En Transoxiane, Texclusion politique des indigènes n*était pas possible; les vieilles familles turques successivement converties à Tlslam à mesure qu'elles s'étaient fixées dans le pays, avaient donné trop de gages de leur loyalisme, de leur esprit national, mémo aux premiers jours de la conquête, pour qu'on ne put récompenser leurs services autrement qu'en les expatriant; des ouvriers de la onzième heure, comme les Yclvadj et leur clientèle, on ne pouvait songer à les déporter en Chine ou en Russie, comme de simples quémandeurs; chez eux, ils avaient été à la lâche; chez eux, ils devaient être à l'honneur. Ces hommes, si attachés qu*ils fussent à la nation et à la constitution laïque du Yassak, étaient musulmans ; peu à peu, pour Tamour de Dieu et de ses serviteurs les bons moines, si détachés des choses terrestres, si abstraits aux ravissements de leur mysticisme, ils admirent des cas réservés; par scrupule de conscience, ils cédèrent quelques prérogatives, sans cesser d'être excellents

1. Soinl B«»ha Kd-Dine mounil en 1388; Tordre tW^ Naklrhhend a ^iv fond<^ (*n ri^oliU^ par «ninl Hckim (mort en MK:»), le ^ainl national de Kharerni, Mjcrrtsftir **piriUiel de saint Ahmed Yesexi, le patron de Turke«*lan et «le FerjrJina.

2. • ProfKmiinl cntm Ruthenis, quia siint chrintiani, Sarareno<(. • Rubruquis, p. 247.)

patriotes mongols. Dès le commencement du xiv® siècle, Tennemi était dans la place. A la (in du xin'' siècle, les Mongols en Transoxiane avaient pris une mesure apparemment vexa* toire et parfaitement justifiée, contre l'exclusivisme musulman; ils avaient interdit Tabatage canonique du bétail '. L'extraordinaire intolérance de leurs sujets chrétiens d'Arménie, du Caucase, de Russie, qui ne trouvaient pourtant, dans leur culte, aucune prescription concernant le boire et le manger, et qui tenaient pour apostasie de boire du kymyz ou de manger la viande de bêtes abattues par les Mongols, appelant telle chair impure et charogne ', justifiait la mesure

1. La même mesure a été votée, il y a deux aos, par voie de Référendum^ en Suisse, contre Tabalage rituel pratiqué par les citoyens de la Confédération Helvétique professant le culte judaïque. L'interdiction mongole ne portait que sur les boucheries publiques, comme le disent expressément Djouveïni et Rachid, témoins sûrs en matière administrative, puisqu'ils ont été tous deux ministres mongols. Une anecdote montre que le domicile particulier était iuviolablc et interdit à la police; un Mongol dénonce un musulman, qui a égorgé rituellement un mouton dans la cour de sa maison : « Comment le sais-lu? demande Ogodaï. — Je suis monté sur le toit de la maiàon, et je Tai vu », répond le délateur; alors Ogodaï le fait pendre, disant : - Ce musulman a observé le Yassak, puisqu'il avait bouclé sa porte; tu l'as violé, car il défend d'entrer, sans permission, dans une maison dont la porte est bouclée. » (Abou'lghazi, p. 141.) Deux siècles après, quand l'inquisition, établie par le grand Timour, fut maîtresse en Transoxiane, le voyageur anglais Jenkinson (135S) raconte qu'à Bokhara, on fouettait en place publique les gens chez lesquels les moucKards du Saint*Oflice avaient découvert un flacon fleurant le vin.

2. Les Âlains qui, la veille de PentecOte 1253, viennent requérir des prières à Rubruquis, lui demandent s'ils se damnent en mangeant des • cha* rognes • : « Quesiverunt... ipsi, et alii multi christiani, Ruleoî et Hungari, utrum possenl salvari, quia oportebat eos bibere cosmos et comedere... interticia a Saracenis et aliis infldelibus, que etiam ipsi Greci et Ruteni sacerdotcs reputant quasi morticina. ^ (Rubruquis, p. 243.) Ces mêmes chrétiens alains si dévots se faisaient tuer héroïquement au service mongol; le Yuan chao pi shi donne, entre autres biographies de leurs braves, celle du prince A-sze-lan, qui, après que son lils A-san-dJen fut tombé au champ d'honneur, conduisit devant l'empereur son cadet Sie-gou-la (Nicolas), disant : « Mon atnè a été moissonné en sa fleur, n'ayant pu rendre assez de services; voici mon plus jeune que j'olTrc à Votre Majesté, espérant qu'il servira bien - (d'après Bretschneider, p. 188). Rubruquis raconte (p. 242) que boire du kymyz est considéré comme une apostasie : - Sacerdotes eorum reconciliant eostanquam negassent fidcmChristi •, et que c'est la crainte de ne pas en boire qui empêche beaucoup de Mongols et de Turcs de se convertir, à quoi le bon Rubruquis, qui trouve le kymyz excellent, et les

prise en pays musulman, où les prescriptions rituelles jouent un si grand rôle. Moins d'un demi-siècle après, en 1323, à Kharezm, le grand marché est fermé les jours de fêtes musulmanes, et on fouette, dans Tintimité, les fidèles qui manquent à la prière ^ Les musulmans sont organisés en Ëlat dans TÉtat, sous le gouvernement policier de leurs clercs et de leurs moines. Déjà, ils ont pu constituer, au sein du tribunal laïque, jugeant d'après le Yassak, un tribunal ecclésiastique, une espèce d'Official, jugeant les cas réservés diaprés le Chériat : « Parmi les coutumes de cet émir [Koutlouk Timour, lieutenant-gouverneur de Kharezm, pour Euzbeg Khan, sultan de Kiptchak] est la suivante : lo kadhi vient chaque jour à sa salle d'audience, et s'assied, dans un endroit destiné à cet usage, avec les docteurs de la loi et ses secrétaires. Un des principaux émirs s'assied en face de lui, avec huit des grands émirs ou clieiks turcs, qui sont appelés Alarghodji [mrgoudji^ les juges].. . Les causes qui sont du ressort de la loi religieuse sont jugées par le kadhi; les autres le sont par ces émirs*»; sans doute, à Tépoque où ce partage se faisait entre le Yassak et le Chériat, les souverains de Kiptchak et la classe dirigeante turque et mongole étaient convertis à Tlslam; il est également remarquable qu'en tant que princes mongols, les sultans de

andouillcs de cheval déliciciisos, - andulges mcliores quam de porcis » (p. 226), ajoute qu'il n'n pu faire revenir de son erreur un musulman prél à se bap- User, mais disant (|uc s*il était chrétien, il ne pourrait boire de kymyz et que sans en boire il ne pourrait vivre, - sine polu illo non posset vivorc... a qua opinionc nuHo modo polui diverlere eum. • (Hubruquis, p. 213.) Les nesloriens n*y regardaient pas de si pri'S, mangeant et surtout buvant de tout.

I. • Quelqu'un me dit que ce man'hè ^tail |>eu rn'*qucntê le vendredi, parce qu*on ferme, ce jourU, le marché de ta kairarieh et d'autre*» marchés... Chaque moueddhin des musquées de Kharezm fait le tour des maisons occupées par des voisins de sa mosquée, alin d'averlir eeux-ci d'assister à la prière. L'imam frappe, en présence de la communauté, quiconque a manqué h la prière faite en commun; il y a un nerf de bœuf, suspendu dans chaque ino«$quee, pour servir à cet usage. • Jbn Uatoutah, t. III, p. 4 et 5.)

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