Ibn Batoutah, t. III, p. il
414 INTRODUCTION k L'fllSTOIRE DE L'A^IE
Kipichak, dans leur province de Kharezm, aient admis un empiétement de la loi religieuse sur la loi civile, et que musulmans, ils aient maintenu la«loi civile et Taient même mise au-dessus de la loi religieuse. L'admiration dlbn Batoutah pour la législation de Kharezm, lui qui maudit le Yassak, prouve évidemment queTintroduction du kadbi et de ses clercs au ya-men, au tribunal laïque, est une conquête sur le vieil esprit politique mongol, une concession arrachée au Sultan; jamais un Yclvadj ou un Djouveïni, si musulmans qu'ils fussent, ne l'eussent consentie.
On le vit bien en Transoxiane, où les choses tournèrent mal. Soit lassitude, soit entraînement, le sixième successeur de Djagataï, sultan Borak Khan, s^élait converti, sous le nom de Guyass Ed-Dine, « le premier des descendants de Djagataï Khan qui eut le bonheur de voir la lumière de la Foi * ». L'opposition fut si vive que son successeur, sultan Nikbaï Bigui Khan, dut renoncer publiquement à l'Islam, revenir officiellement au vieux toléranlisme, à la neutralité laïque des Mongols. Chose inouïe, unique dans les annales de rislam, chose monstrueuse, de 1270 à 1320, date de la conversion de sultan Tharmachirine Khan, la pieuse Transoxiane, Bokharala Noble, Bokhara la Sainte, restèrent soumises à des souverains apostats ; dans le pays de Madj Ed-Dine, et du furieux martyr Nedjm Ed-Dine, entre tant de milliers de moines, il ne s'en trouva pas un pour appeler le peuple aux armes contre les tyrans djagataïdes, relaps et doublement infidèles. L'Ëglise de nouveau s'effaça, transigea, accordant des concessions incroyables, comme l'oraison en turc, ce qui reviendrait, pour des catholiques, à concéder la Bible en fran* çais; en 1325, après sa conversion, le bigot Tharmachirine faisait encore ses dévolions en langue vulgaire ', mais il n*est