lim Baloutah, l. III. p. 2i
416 INTRODUCTION A L'UISTOIRE DE L'ASIB
nombre des grands saints. L'ermitage qui porte son nom et oii nous descendîmes est considérable. Il jouit de legs importants, à Taide desquels on donne à manger à tout venant. Le supérieur de cet ermitage est un descendant de Bakharzy; •c'est le pèlerin, le voyageur Yahia (Jean) Al Bakharzy. Ce cheikh me traita dans sa maison, et y réunit les principaux habitants de la ville. Los lecteurs du Coran y firent une lecture avec de belles voix ; le prédicateur fit un sermon, et on chanta des chansons turques et persanes d'après une méthode •excellente. Nous passâmes en cet endroit une nuit admirable, et qui peut compter parmi les plus merveilleuses. J'y ren- <:ontrai le jurisconsulte, le savant et vertueux Sadr-ech-Chertat — Président de la Loi religieuse — qui revenait de Hérat*. » On voit clairement le pouvoir du Sadr; c'est celui de nos ^vèques à Tépoque mérovingienne et carolingienne ; les diocèses s'étendent au loin ; celui de Bokhara va jusqu'à Hérat. Sous la protection du Yassak et la bonne garde du gendarme mongol, le Président du Chériat peut conspirer, sans crainte, avec les âmes. L'évèque musulman gouverne dans Tombre ses communautés, gère et administre en sûreté les revenus, sans cesse grossis par la piété des fidèles, la caisse noire de Tlslam, le bien d'Eglise et de mainmorte; à <:ôté de lui, dans les abbayes, sur la place publique, au fond des ruelles tortueuses, dans les campagnes, sur les routes, partout, de près et de loin, le Pir commande à ses légions •de moines, soldats de la foi, rompus par la discipline ascétique au dévouement furieux, à l'obéissance aveugle et passive. Soit en 1320, avant son élévation sur le feutre blanc, soit en 1322, un an après son couronnement, le dixième successeur de Borak, Tharmachirine, sultan de Transoxiane, fit publiquement profession d'islamisme et prit le nom
i. Ibn Baloulah, t. III, p. 27, 28.
d*Âla Ed-Dine, « Exaltalion de la Foi ». Ce n'était pas un liëde comme son aïeul Borak, toujours hésitant entre la religion et la politique, mais une Ame tendre et fervente; Tharmachirine se jeta dans llslam à corps perdu; à cette passion, il perdit le trône et la vie, tant la religion était encore vacillante en cette terre de Transoxiane où les Arabes Favaient plantée depuis cinq siècles et plus. Tharmachirine s'était donné tout entier; son aumônier, llranien Hossam Ed-Dine — les Turcs Tavaient surnommé dans leur langue ïagui^ « l'étranger », et aussi « Tennemi ' », — était maître de son ftme; publiquement, au milieu de ces Turcs et de ces Mongols si Tiers de leur nation, si attachés à leur Yassak, cet Iranien, cet « étranger » admonestait le descendant de Djagalaï et de TEmpereur Inflexible, lui imposait le Chériat : « Il ordonnait au sultan d'agir conformément à la loi, et lui défendait de commettre des actes illégaux ou tyranniques *. Il lui parlait avec dureté; le Sultan se taisait et pleurait '. » Ibn Batoutah, tout glorieux d'avoir vu, raconte une de ces scènes qui crevaient le cœur aux Turcs : « J'assistai un jour & la prière de l'après-midi, et le Sultan ne s'y trouva pas. Un de SOS pages vint avec un tapis, qu*il étendit en face du mihrab *, où le prince avait coutume de prier. Il dit à Tlmam Hossam Ed-Dine Al lagui : Notre maître veut que lu Taltendes un instant pour la prière, jusqu'à ce qu'il ait achevé de faire ses ablutions. L'imam se leva et dit en persan : La prière ost-elle pour Dieu ou pour Tharmachirine? — Puis il ordonna au mouezzin do réciter le second oppel. Le Sultan arriva lorsque Ton avait déjà terminé deux génuflexions. Il flt les doux dernières derrière tout le monde, il les fit dans Tendroil
1. • Llmam Hoçam Ed I)in Alyaghi. - (Ibn Bnloiilnh. (. III, p. 3C.)
2. (:\'st*&-<lire non con formes au Chériat. a. Uin Batoutah, t. III, p. 31.