‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 173 sur 212 · Ibo BalouUh, l. lU, p. 50 et · texte numérisé non relu

Ibo BalouUh, l. lU, p. 50 et

s*empiiTrer de chairs impures à leurs feslins, converser publiquement avec leurs femmes dévoilées; il toléra les assemblées, les peintures et la représentation des visages humains, les lectures profanes et les sciences séculières; mais peu à peu, il s'insinua dans les âmes. Cependant le domaine de l'Eglise s'enflait; les fondations pieuses, les legs dévots grossissaient, d'année en année, le bien de mainmorte et la caisse noire. De jour en jour la puissance de TEglise musulmane devint plus évidente, l'alliance avec elle apparut plus décisive aux ambitieux et aux avisés; elle n'avait qu'à patienter pour régner; humblement elle attendit le prétendant que Dieu susciterait pour se donner à lui.

C'est dans le pays des controverses et des religions, dans l'Iran mystique et métaphysicien, que l'Islam allait trouver son meilleur terrain de lutte contre le tolérantisme des barbares touraniens; dans cette fournaise d'Iran la froideur religieuse des Turcs et des Mongols finit par s'échauiïer. La conversion rapide des Mongols de Russie, due en partie à leur isolement, et en partie aux intrigues politiques de Bibars, se fit sans bruit, sans lutte; d'ailleurs, la plupart des habitants directement soumis aux Mongols dans les steppes, gens de même origine que la plupart d'entre eux, parlant la même langue, et qu'on ne tarda pas à confondre avec les conquérants, étaient déjà musulmans au moment de la conquête; il suffit de jeter un coup d'œil sur le vocabulaire kiptehak recueilli en 1303, pour reconnaître, aux mots arabes et persans qu'il contient, une langue parlée par des musulmans '.

En Perse, limitrophe de l'Asie Mineure et de la Mésopotamie, déjà vieilles terres islamiques au xiu'' siècle, et tou-

\. Codex Cumanicus.

l'asib sous les mongols 428

chant de Taulre côté à la Chine par l*cntëtée Transoxianc et ]a mécréante Âlmalik, la lutte religieuse entre Tlslam et rinfidélité s*aviva de toutes les haines allumées par la traditionnelle lutte nationale entre Iran et Touran.

Pour le sectaire iranien» le mécréant mongol n'était pas seulement un infidèle, mais un Touranien, Tennemi héréditaire. On le vit bien, plus tard, lorsque Tlslam orthodoxe eut triomphé en Touran; Tlran, du coup, se fit hérétique.

Après sa croisade contre le khalifat, Bagdad prise, le khalife mort, Iloulagou croyait si bien avoir maté Tlslam qu'il demanda des consultations à ses docteurs. Au milieu des décombres ensanglantais, dans Bagdad même, dans le collège de Moslansir qui avait été épargné, un juriste canonique, Razi Ëd-Dine Ali, rendit la Fentcuce, et déclara dans les foi mes, far ft ira \ que « Tinfidèle, quand il est juste, est préférable au croyant, quand il est injuste ». Que le fetva de Razi Ed-Dine soit un texte inventé par les Mongols pour justifier leur politique, ou qu'il ait été authentiquement rendu, peu importe; il a été accepté dans le monde musulman loyaliste, puisqu'il est cité par deux musulmans, Ala Ed-Dine AtaMelik Djouveïni et Radiid Ed-Uine, tous deux serviteurs dévoués de Tempire et de la dynastie mongole. Le système mongol de gouverner hors de toute Eglise et au-dessus de toutes les Églises est rigoureusement suivi par Iloulagou; on en voit un exemple frappant dans Taffaire de Tekrit, où, sur la réclamation des musulmans, Iloulagou leur restitue la cathédrale chrétienne et châtie durement les chrétiens, mais nomme en nn^me temps un chrétien gouverneur de la ville ".

i. Felva : dé<*i**ion juruliquc. r«*pon^t' à une ronsullalion de droil; (IcM-i^^ioii (Jonn^p par le Mufti «Jorletir ranoniste, eu lernies ifenéiaux, et applirahU: h Ions les caî» annln^Mics. Le/V/ra erre un prèeetlenl.

2. Ahnu'l Faradje, p. !>*îl-r#*:i, el Chabot, Hittloire de Mnr Jaba/aha ///, Patrifirche fien \e*t*»Hen.f, p. 33 (pour une deuxième afîairr A Tekril;.

424 INTRODUCTION A l/fllSTOIRB DE L'ASIE

A la prise d'Âlep par les Mongols (25 janvier 1260), c*est le couvent des moines musulmans soufi — des « habillés de laine » — et la synagogue des juifs qui reçoivent sauvegarde officielle du commandant mongol, et servent d*asile à la population pendant le sac de la place. Nos Francs de Syrie ne comprirent rien à cette campagne mongole dirigée contre leurs pires ennemis, les Mamlouks d'outre-mer en Egypte; la pieuse impératrice, la chrétienne Dokouz Khatoun, et le bon roi d* Arménie Héthoum qui plus tard se fît moine, et le dévot maréchal Kitbouka, commandant les troupes impériales, et tant d'autres chrétiens dans le conseil et dans les armées mongoles, n'arrivaient pas à les convaincre; il leur aurait fallu des gages confessionnels plus déclarés, plus formels; Houlagou ne pouvait les leur donner; les deux tiers de ses sujets étaient musulmans. D'autre part, les Francs avaient peur pour leurs derniers châteaux, et peut-être avaientils raison; ils firent la sottise de razzier un convoi de Kitbouka, qui passait à leur portée. Si chrétien que fùlKitbouka, il était élève de Souboutaï, et ne plaisantait pas en matière militaire; les croisés de Sidon furent corrigés à la mongole; le reste prit peur, envoya des messages effarés en Europe, et cette armée mongole où combattaient tant de chrétiens, commandée par un chrétien, resta seule en face do la levée en masse de Tlslam. Le sultan des Mamlouks d'outre-mer, Koutouz, était un Kiptchak; son lieutenant, Bibars, était un Kiptchak; ses meilleures bandes étaient les épigones de Djelal Ed-Dine et de ses Kharezmiens; TAsie musulmane tenait sa revanche contre les Mongols; elle la prit (bataille des sources de Goliat « Aïn Djalout », 3 septembre 4260).

Rachid Ed-Dine raconte avec émotion la mort du général mongol, du chrétien Kitbouka; son récit, composé pour plaire à un souverain musulman, prouve que, de son temps, le nationalisme passait encore avant la religion :

u Kit Bouka Noïane, entraîné par son zèle et son courage, courait à droite et à gauche, portant des coups terribles. On voulut en vain rengager à la retraite, il repoussa ce conseil en disant : Il faut absolument mourir ici; car il vaut mieux périr avec honneur et avec gloire, que de fuir lâchement et honteusement '. Quelqu^un des chefs ou des soldats qui composent celte armée se présentera devant le monarque, lui rapportera mes paroles, et lui dira : Kit Bouka s^cst refusé à une retraite honteuse, et a sacrifié sa vie à son devoir. — Il ne faut pas que la perle d*une armée mongole cause trop d'affliction au Roi. Qu'il se figure que, durant une année, les femmes de ses soldats n'ont point été enceintes, que les chevaux de ses haras n*ont pas produit. » A Koutouz, qui l'insulte, le vieux compagnon de Souboutaï répond par des bravades. « Koutouz lui dit : Perfide, après avoir répandu tant de sang innocent, après avoir, par des promesses mensongères, ôlé la vie à tant de guerriers, à tant d'hommes d'un rang distingué, après avoir, par des paroles fausses, renversé tant de maisons antiques, te voilà, enfin, tombé dans le piège. — Lorsque cet homme, dont les mains étaient garrottées, entendit ce discours... il répondit : Orgueilleux, ne sois pas si fier de ta victoire d'un jour... tout le pays sera foulé aux pieds des chevaux mongols; nos soldats emporteront dans les sacs do leurs chevaux le sable de l'Egypte. Iloulagou Khan a parmi ses serviteurs trois cent mille cavaliers comparables à Kit Bouka; représente-toi qu'il y en a un de moins... je ne suis pas, comme vous autres, fourbe, perfide, meurtrier de mon maître *. » L'allusion de Rachid Ed-

1. Le Grjind-Mogol Bâber, haran^tuant son ptîiis d'armes : • Yamane ait hUt iirUktiHihnf, yakhchiatt biU eulkènr, yakhchirak, IMuKM qu'avec mauvais renum «rélre en vie, avec hon renom d'élro morl, mieux vaut. • (BAher, p. 408, texte: t. Il, p. 284, trad.)

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