‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 183 sur 212 · RadloIT, Dv:tionnaif*e général, p. 27, au mot • Aîri · texte numérisé non relu

RadloIT, Dv:tionnaif*e général, p. 27, au mot • Aîri

2. « Selon quelques historiens, Torigine des rois kurt remonterait jusqu'au sulthan scldjouqide Sindjar, (lis de Melik Schah. Cette généalogie très doulonse, mais propagée sans doute par la vanité des Kurt, est indiquée par les vers suivants, adressés par l'auteur du Kurt Sameh (le livre des Rurt) au roi Fakiir-Ed-Din (1285-1307) : Tu es la base de la famille de Sindjar, la perle de la couronne d'Alexandre. La famille de Sindjar revivra en loi; la couronne d'Alexandre place en toi son espérance. » (Barbier de Meynard, Extraits de la chronique persane (tHérat. Journal asiatique, 5* série, t. XVII, p. 440.) — Les Kert, d'abord simples gouvorntMirs d'Hérat, furent fieffés, par les l\* Klians, de tout le Khorassan oriental. J'écris kert, conformément à la prononciation locale; kurt, qui 8*accorde d'ailleurs avec l'orthographe, est plus usité.

3. Barbier de Meynard, Extraits de la chronique }>ersane d'Hérat, p. 439. Par alleu, il faut entendre le tarkhanlik turc; je l'ai déjà expliqué.

TIMOUR ET LE TRIOMPHE DE L'iSLAM 443

conlrc Torlhodoxe successeur d'Abou Saïd, le bigot Arpa- Khan, Hussein s^était posé en prolecleur de la foi en danger. Louvoyant entre les ordres religieux et la plèbe hérétique, défenseur naturel de ses parents par le sang et le langage, les bourgeois et les manants sart, il avait vite gagné une popularité dans le Khorassan foulé par les exactions turques, dans le Seïstan et dans l'Afghanistan occidental, au pays des grands aventuriers, où le cœur iranien battait encore si vivace. 11 se crut assez fort pour jouer son rôle de sultan populaire jusqu'en Transoxiano, redresser les torts du manant contre les malandrins, les hobereaux turcs d*Arlad et d'Aïberdi. Il délogea ceux-ci de leurs repaires d'Andkhoï et de Chibourgane; il avançait sur Bokhara.

De suite, toute la noblesse turque fit cause commune contre le tadjik. Le sultan de la maison de Djagataî, Kazan* Khan, était trop loin pour se mêler de ces querelles entre gens du Sud; il chassait du côté d'Almalik, laissant les affaires de Transoxiane aux mains de son connétable et vizir, Témir Kazgane, homme de petite maison, de la famille des Toutel, qui avait réussi à s*imposer par son audace et ses alliances. Ces Djagataïdes, si affaiblis qu'ils fussent, restaient trop fiers pour résider en Transoxiane. Ils traitaient les grandes villes comme des casaux, des domaines à exploiter, vivaient à la campagne, promenaient leur cour errante du cù(é de Yangui-Kend (Ville Neuve), du bon vieil Almalik, d'Almati, qn1ls finirent par ruiner. Djélaîr, Barlass, Arlad, tout le parti des hobereaux affolés, se jetèrent dans les bras de Kazgane; il se mit à leur tMe, étouffa la révolution démocratique naissante, battit Hussein Kert, et le rejeta en Khorassan (i3')3).

Cette m^me année où la noblesse turque réprimait une velléité d'indépendance des Iraniens, dans le faubourg aristocratique de Kcrh qu'on appelait Cheher-i-Sebz (la Ville de

Verdure), le mardi soir, 13 du mois de Ghabane, Timour venait au monde.

Le père de Timour portait le titre d*émir; il appartenait à la grande maison des Barlass, dont il était le représentant attitré et le gouverneur; comme tel, il avait reçu à fief du vizir Kazgane la province de Kecli et de Nakhcheb en Transoxiane, au sud de Samarkande, sur la rive droite de TOxus, dans les marches du Khorassan. Le nom de son clan ou famille était Keurékène\ lui-même portait le vieux nom turc de Taragaï, que M. Vambéry lit : Tourgaî^ c*est-à-dire (c L* Alouette ».

Keurékène, comme on prononçait, sans doute dès celte époque et comme on prononce maintenant, signifie « le Bel » ; on peut supposer que Tinterprétation du nom n était pas pour déplaire à la famille, mais les Tourgaï Keurékëne, ou comme auraient traduit nos Français leurs contemporains, les « L'Alouele Bel » ne tiraient pas leur nom d*un sobriquet. La forme archaïque de Keurékëne est Kourikane; on trouve la maison mentionnée sous ce nom, comme de grande noblesse, dès le commencement du vni* siècle; elle est inscrite sur la stèle de Keul Tékine (733), parmi les plus illustres, « Les Kirghiz, les trois Kourikan, les trente Tatar, les Kitaï, les Tatabi * », tantôt soumise au khagan des Turcs, tantôt en rébellion contre lui. La généalogie qu'elle se donnait n'était donc pas fabriquée, comme on Ta dit; c'est à bon droit que Timour rattachait sa famille à celle de Touméné Khan, ancêtre direct du Tchinghiz Khan; Tabari nomme un Kourikane parmi les chefs turcs qui disputèrent la Transoxiane aux Arabes, et dit qu'il était neveu de l'empereur de Chine *; c'est à bon escient que dans ses mémoires Timour parle de ses titres : « Kou* tlouk Timour... m'ôta le gouvernement de la Transoxiane,

{. Alttûrkischen inschriften, p. 4, 15, el 5, !2. 2. Voir plus haut, p. 13").

pour le remellre entre les mains de son fils Iliaz Khodja,... en me montrant les traités (chartes) passés entre Kaïouli et Kaboul Khan, ses aïeux et les miens *. » Le Kaboul Khan de Timour est sans doute le même que le Keul Khan de la stèle, et Kaïouli est un des trois Kourikane.

Quoi qu'il en soit, si les maisons d'Arlad, de Djelaïr, de Soldouz, sont sûrement d*origine mongole, si Tusage s'est introduit de donner Tépithète de mongols aux empires fondés par Timour, puis (dans Fllindoustan) par Bâber, la maison de Barlass est d'origine turque. D'ailleurs, au xiv* siècle, tes clans issus de ces quatre maisons, établis en Transoxiane et en Turkestan, étaient entièrement turcs par la langue, par IVsprit et par la confession de foi musulmane orthodoxe, autant qu'à la môme époque, les Normands établis en Angleterre étaient devenus Anglais. Ce serait la même erreur de prendre Timour pour un Mongol que le Prince Noir pour un Français.

Au commencement du xw"" siècle, les Kourikane ou Keurékène étaient entièrement ruinés; on les tenait en considération pour leur naissance et leurs titres, mais ils étaient gens fort pauvres, « de mince élat », comme dit Don Buy Gonzalez de Clavijo, ambassadeur de Ilenri de Castille, en H05, auprès de Timour devenu alors l'arbitre de l'Orient. « Le père de Timour fieg était un hidalgo, du lignage des Djagataï, de mince élat, (lui permettant d'entretenir) d'entre trois et quatre chevaliers. Il vivait dans un bourg, lés la ville de Kech, car les gentilshommes entre eux se tiennent à vivre aux bourgs et aux champs plutôt qu'aux villes '. »

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