I. Kn »e roetlant 80U!i la proleclion d'un saint
S. Couronnement de Timour à Baikh, le 10 Ramaran 771 (8 arril 1369).
nales, contre les apanages et les grands vassaux pour lui donner Tunité politique. Rien ne ressemble moins aux I grands chocs anonymes à la mongole que celle suite de petites guerres, toutes personnelles. De part et d^autre» tout le monde se connaît ; ce sont des guerres à la façon de celles entre Français et Anglo-Bourguignons au xv' siècle, des guerres de religion, de celles de la Ligue, de la Fronde; beaucoup de bravoure, des habiletés tactiques, et point du tout de stratégie. Personne n'a la conception ou la puissance de ces coups d'assommoir qui mettent Tennemi hors de cause, comme au temps de Djébé et de Souboutaî ; de tels coups, on ne les reverra plus en Asie. L'objectif des entreprises varie sans cesse, et les procédés s*y accommodent; tantôt il s'agit simplement de prendre un château, tantôt de défaire une troupe, tantôt de cantonner dans une province. Nulle vue d'ensemble, avec un plan de destruction. A la première piqûre d'amour-propre, les chefs combattent de leur personne.
« Passant TOxus, je rencontrai une caravane qui allait de Khorassan au château de Karchi; j'avais mis un espion parmi ces gens-là; j'attendis mon homme au bord de l'eau. Il avait parlé de moi à l'émir Moussa» châtelain de Karchi; il avait dit : Nous avons croisé Timour; il s'en va en Khorassan. Les voilà tous en joie, la nappe mise et à banqueter... Je retourne à marches forcées, avec 243 braves; à un mille du château, je fais préparer les échelles... avec 40 hommes, je vais reconnaître le château; le fossé était plein d'eau; une gouttière le traversait; je donnai mon cheval à tenir; je grimpai par la gouttière, je cherchai la porte à tâtons, j'y frappai du poing; personne ne répondit; ils dormaient. » Là-dessus, Timour retourne, fait passer la gouttière à la file par sa petite troupe; on grimpe par une échelle; un trompette qui est avec la bande sonne au ralliement ; les gens d'armes restés en bas se jettent
sur la porte; Bouka Derviche^ « le Moine Âssommeur » S renfonce à coups de haclie, et ville gagnée à messire Timour! Cest une échelade, comme l'eussent exécutée Bertrand» Knolles ou Rodrigue de Villandrando. L'Empereur Inflexible eût été scandalisé de voir un roi grimper de nuit aux gouttières pour enlever une bicoque; décidémenl, c'est fini, bien fini; les Turcs sont aOTranchis du vieux génie chinois qui les avait faits si grands; ils ont oublié les Rites; ils sont devenus des Si-Fan, des Barbares du Ponant. Dans le fait, contre toute la haute stratégie Timour avait raison. Il voulait être roi d'une Transoxiane chevaleresque et orthodoxe, et sa manière de mener la guerre était accommodée à son projet; mais ce n'était pas la grande guerre. Sous ce conquérant, la vieille Asie invincible des Turcs et des Mongols désapprit l'art de vaincre.
Trois ans de guerres incessantes avaient chassé les gens des Marches au delà du Syr-Darya; les Djagataïdes ne tenaient plus que le Turkestan et le pays d^Almalik. Pour arriver à ce résultat, Timour avait dû faire bien des concessions. A son beau-frère Hussein, le petit-fils de l'émir Kazgane, il avait dû donner la Transoxiane en apanage, se réservant, à lui, ses fiefs héréditaires de Kech et d'Andkhoi, avec les provinces qu'il avait conquises en Khorassan oriental et en Afgha** nistan, qui représentaient une propriété personnelle, prise par l'épée. Fort habilement, il ne touchait pas lui-même à Bokhara, à Samarkande, au domaine héréditaire des Djaga^* taïdes; il maintenait ceux-ci, princes légitimes, plaçant simplement à cAté d'eux le petit-fils du Faiseur de Rois comme leur lieutenant général,* fondé de pouvoir.
En convoitant la Transoxiane, en l'acceptant de Timour, dans sa brutale ambilion Hussein faisait un marché de dupe; il se perdait aux yeux des loyalistes, s'il (enlait de faire dispa-