‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 189 sur 212 · I. Chérir Bd-Dîne, I, p · texte numérisé non relu

I. Chérir Bd-Dîne, I, p

raitrc le fantôme de roi qui restait son souverain et son suzerain; il était pris entre lenclume et le marteau, entre Almalik et le domaine de Timour, s'il gardait le sultan djagataïde. Timour le savait si bien qu'il se défiait de son beaufrère avant même qu*il eût essayé d'échapper au collier que lui-même s'était mis au cou, et le compromettait publiquement, par un engagement religieux. « Je n'avais aucune confiance en lui; je le conduisis au tombeau de saint Chems- Ëd-Dine; là nous nous jurâmes amitié mutuelle; il déclara qu'il ne romprait jamais ses engagements, il jura trois fois sur le saint livre. Plus lard il s'est parjuré; c'est son parjure qui me Ta livré. » Toutes les apparences du droit étaient du côté de Timour; il le fit bien connaître, la force en main, justifiant sa devise ambiguë : Rousli Rasti, a Ma force dans mon droit ». Elle peut signifier également : « Mon droit dans ma force. »

Les grands vassaux avaient eu toutes les exigences, et les chefs militaires, toutes les avidités : sept bannières ' à Cheikh- Mehemed, et les gouvernements qui en dépendaient, une province à l'insatiable Ghir-Behram. c< Je les comblais de présents et de largesses; je donnais les gouvernements de provinces à ceux qui voulaient des charges. Mais, pour les tenir entre la crainte et l'espérance, j'adjoignis à chacun d'eux un remplaçant lieutenant. »

Caressés, choyés, gorgés, les grands vassaux se croyaient les maîtres. Timour laissa venir; par ses espions, il les surveillait tous; il n'y avait pas un moine, pas un clerc, depuis TÂmou jusqu'au Syr, qui n'espionnât pour lui. Par ses soudards, il avait des intelligences parmi tous les gens d'armes : « Ma conduite faisait tant d'impression sur les capitaines ennemis qu'ils passaient volontiers de mon côté. »

1. La traduction persane conserve le mot ttirco-mon^ol khochoun (khochi* goufiy en mongol littéraire;, qui signifie • bannière — llef militaire •.

TIMOUR ET LB TRIOMPUB DB L'iSLAM 467

La féodalité avide et indisciplinée qui se groupait autour de Hussein força-t-elle la main à cet imbécile, ou Timour Tamena-t-il lui-même doucement à se donner tous les torts? Il Tavoue presque, mettant au premier plan sa redoutable compagne, sa femme Oldjaï : « Il n'y a pas de vexation qu'il n'ait exercée contre madame sa sœur, ma femme... il ne pensa jamais qu'à ma ruine et me força de travailler à la sienne. » Au fond, pour Timour, Hussein n'était que le portenom des vassaux « qui connaissaient parfaitement leur puis* sanco, et dont chacun voulait se mettre au-dessus de ses pairs... J'avais conquis le Touran, délivré la Transoxiane du brigandage des Euzbeg; cependant, la plupart des chefs de grandes maisons ne reconnaissaient pas mon autorité; chacun se pavanait au milieu de ses vassaux. Même les miens disaient qu'ils avaient tous les mêmes droits au gouvernement, qu'il était juste qu'ils en partageassent l'autorité et les prérogatives. »

Poussé à bout par sa sœur et par les intrigues de son terrible beau-frère, ou tout simplement mené par ses grands vassaux, Hussein rompit le premier. « Il était mon parent; il ne put jamais être mon ami... Il osa envahir sur mes domaines la province de Baikh et Hissar Chahduman... A la lin, je résolus de le réduire avec l'épée. » Cette fois, Timour prenait la féodalité en flagrant délit; il l'écrasa jusqu'à la prosterner à genoux devant lui.

Ouvertement l'Église se déclara. Elle avait excommunié les Euzb«*g comme pouvoir anonyme, sans poser de candidature, ni désigner de successeur aux Djagataldes, ménageant le loyalisme turc: en Tare de Hussein et des vassaux, elle montra du doigt le sauveur et l'élu, présenta Timour au peuple. Ce fut un moine nakirhbend qui se mit à l'avantgarde avant la levée générale des frocs, en attendant la consultation des léy:Î8les, et 1rs décrets des prélats. « Le père

Âli-Chah me dit : 0 Timour! le Très-Haut a révélé que s*il y avait deux souverains dans le ciel ou sur la terre, Tordre de l'univers serait renversé. Les paroles de ce pieux religieux m^afTermirent dans ma résolution. Je pris augure dans le saint livre; je tombai sur ce verset : Notis f avons établi Notre Vicaire sur la terre. D'après ce texte, je fis mes dispositions pour réduire les grands qui prétendaient partager avec moi Tautorité et le pouvoir. »

Cependant, Tardent Timour, le ferrailleur qui, dans sa dernière bataille contre le sultan Iliaz, avait tout renversé devant lui pour rejoindre le souverain en fuite, et le forcer au périlleux honneur de croiser le sabre avec lui, savait se contenir en face de Hussein et des vassaux. H les battait, mais avec ménagement, sans daigner les appeler à un de ces duels qu*ii aimait tant. Quatre fois Hussein s*était soumis, à grand renfort de serments. Timour prétend qu'à sa dernière trahison, avant de tendre le guet-apens, Hussein lui avait envoyé un Koran sur lequel il avait écrit : « Mon cœur ne s'ouvre plus qu'à Tamitié et à la tendresse fraternelle. » Il joue même l'innocent : « Je le savais musulman; je me fiai à sa parole... son projet était de me prendre par trahison; je n'ignorais pas que je devais me méfier de lui, mais par respect pour le saint livre, j'allai au rendez*

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« Inanmaguine doslounga — samane tikar postounga. — Ne te fie pas à ton ami — de paille il bourrera ta peau », dit le sceptique descendant de Timour, le Grand Mogol Bàber. En se rendant si crânement au rendez-vous, Timour avait pris ses précautions; le guet-apens manqua; Chir-Behram» passé au service de Hussein qu'il espionnait pour le compte de son maître, dénonça le coup. Hussein, enragé» fit bêtement couper la tête à cet homme de qualité, achevant ainsi d'exaspérer sa noblesse et de la jeter dans les bras de Timour.

L*afTaire finit à la gloire des Timouriens, par quelques beaux coups d*épée.

L*empereur, vieilli, se ragaillardit au souvenir de cette galante équipée : 'c J*écnvis à Hussein ce distique en vers turcs :

Zéphire, dU à celle belle qui a lendu le filel de la tromperie, DIMui : ne vit-on jamais la tromperie tomber sur son au leur 7 •

Le 10 Ramazan 771 (8 avril 1369), à Bàlkli ', Timour fut élevé sur le feutre blanc, proclamé roi do Transoxiane dans les anciennes formes turques, avec Tancien cérémonial. Hussein s^était rendu à merci, « ne demandant que la vie, pour doresnavant se rendre pèlerin en la Kaaba de la Mecque, et de ses larmes et prières, laver le livre de ses péchés ». Le dévot Timour ne pouvait manquer de déférer a un vœu si pieusement exprimé par son rival repentant; il lui accorda son congé; malheureusement, des seigneurs que Hussein avait jadis offensés le guettèrent, le tirèrent d*un donjon où il s'était réfugié et félonnement lui coupèrent la gorge. « Il subit sa destinée », écrit Timour. Comme, après cette exécution, aucun de ceux qui avaient Irahi Hussein ne fut inquiété, comme ses gens d'armes, ses capitaines et ses gentilshommes passèrent au service du nouveau maître et qu'il leur fit grande chère, on peut supposer que si Timour ne commanda point le meurtre, il ne désapprouva pas les meurtriers.

Avec sa souplesse de casuiste, Timour en se faisant proclamer à Uaikh, qui n'appartenait pas aux sultans de Djagataï, évilait de choquer le formalisme turc. Héritier du Faiseur de Hois, maintenant que Hussein avait disparu, mari de sa petite-fille, il se gardait bien de toucher à lallégeaiice envers son souverain légitime de par le Yassak.

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