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hasard de la vaine pâture; pour dédommager les Turcs qui n'étaient ni fonctionnaires, ni militaires soldés, de la perte de leurs tarkhanliks, on les rendit aux facilités et à Toisiveié de la vie nomade, gardiens et usufruitiers du bétail de la Couronne; on en fit des espèces de Gauchos royaux'.
Dépossédé de la grande propriété territoriale par TEglise, et par le souverain qui la morcelle et la vend ou la loue aux manants roturiers « sartes », le petit gentilhomme turc qui n'a pas d*empIoi aux armées ou à la cour, réduit à quelque méchant casai, prend le cheptel de la Couronne et redevient nomade avec sa clientèle. Au temps de Timour, l'unité de la tribu, si durement brisée par l'Empereur Inflexible, se reconstitue; on va trouver, jusqu'à nos jours, parmi les Kirghiz, parmi les Kiptchak, dans des confédérations diiïércntes, des clans qui portent les mêmes vieux noms de Kankli, de Dje* laïr, de Kiptchak, d'Arlad, de Mangout, de Kéraït, de Naïmane, etc. '. En langage administratif et constitutionnel,
1. Clavijo les appelle tous des Ojagniai. *^ E el Camino que fasta troxietvn fué de unas montanas en que avia muchas aguas e hiervas^e mucha desta génie de ChacataySt 9^^ ^<>^ génie de la huesle de la Ciudud de Hoy,... éribera deste rio avia muchas Uendaa de Chacatays de los de la huesle del Sehor^ e aqui entre esta génie avio muchos ganados é camelhs, é caballos, é avia quedado alli esta gente [el Sefior Tamurbec] pot* sus ganados, par quanio los traian fasados, • '{Vida del Gran Tamorlan, Madrid, 1782, p. 107 et 130} Le bon gentilhomme, Ruy Gonzalez de Clavijo, qui nous décrit si bien ces Djagalaï, gardiens des haras et troupeaux royaux, indique avec la m6me exactitude que Rubruquis (Domini habeni cnsalia versus meridiem^ de quibus afferunt eis milium et farinatn contra hyemem) el qu*Abou*Ighazi (Les KéraYlcs, gens riches en troupeaux et en casauxj, la vie campagnarde du gentilhomme turc.
2. Le capitaine Nalivkine dit très bien : - Par le nom de Kirghizes, les Russes n'entendent pas la tribu proprement dite des Kirghizes, mais bien la plus grande partie des peuplades ouzbek, telles que les Kasaks, les Baguiches, les Naïmans, les Kourama, etc., qui mènent une existence nomade ou deminomade. • Ce sont exactement les - Djagataï • de don Ruy Gonzalex, les descendants de quatre sur cinq nations turques primitives, les Oîgour non compris, à savoir: Kankli, Kalatch (ces deux-U formant la nation des Ogoui), Karluk et Kiptchak, les représentants des Tou-Kioue et des Hioung-Nou, apparentés à leurs anciennes colonies de l'Oxus, les Huns blancs, Tiélé ripuaires. Turkmènes, les Turcs de la maison de Scldjouk et de Keï Kankli (Osmanlis), en Asie Mineure, les Turcs sédentaires et cultivateurs (Tarantchi, Tounganis), dans le Nan-Lou et le Pè-Lou de Chine.
Timour les appelle Oulouss. Le mol turc oulouss signifie <f peuple, ligue, tribu ». Faut-il lui donner pour élymologie Toigour Ilmekf en djagataï oulamak^ qui signifient « lier en faisceau »? Dans tous les cas, les mots classiques // et Oulouss signifient respectivement « peuple » et « tribu ou ligue de clans ». Timour les distingue toujours expressément de ses sujets tadjik, c'est-à-dire iraniens, et Adjemi, c'est-à-dire « étrangers » ; ce sont les vrais nationaux turcs, privilégiés, jouissant d'un statut personnel : « Règlement pour les Oulouss turcs, pour les Arabes, Tadjik et Adjemi; Règlement pour la création des émirs d'OuIouss, des émirs de Khochoun (c'est le mot mongol khochigoun, bannière), et des émirs de Toumane (division militaire). »
Dans rOulouss pris d'une manière générale, Timour reconnaît quarante Oumak (clans, maisons nobles, sur lesquelles douze reçoivent le privilège du Tamga, « scel »; je cite Barlass, Tarkhan, Arghoun, Djolaîr, Mogoibaï, Soldouz, Kiptchak, Arlad, dont le lecteur a vu figurer les noms assez souvent dans le courant de cette histoire. Ce sont les grandes maisons turco-mongoles. Parmi elles, Timour donne à la seule maison de Barlass quatre marquisats et gouvernements, et cent compagnies de gens d'armes. «< J'accordai la charge de mingbachi (capitainerie de mille) à cent per* sonnes de Barlass, et je créai Djelal-Ed-Dine Barlass dixième émir, et Abou Seîd, neuvième émir. » Les autres maisons, en dehors des douze privilégiées, ne sont pas oubliées dans cette curée, u Los vingt-huit autres Oumak, qui n'avaient pas le Tamga, furent nommés chefs do tribu, chargés, en temps de guerre et en tout service militaire, de me présenter le nombre de cavaliers prescrit par mos ordonnances. » C'est notre ban et arrière-ban. Le vieux peuple turc, propriétaire de francs-alleux, retires, gens libres, était réduit à la condition d'une noblesse de cour, sous laquelle vivait une clien-
lële de petits gentilshofiimes entourés de leur peuple d'éleveurs, d'entraineurs et de jockeys. « Les gens des haras... gens ignorants; tout ce qu'ils savent, c'est manger, boire et monter à cheval », dit le Koudatkou Bilik ^ au x* siècle. Les places révocables qu'il recevait en échange de ses droits ne valaient pas la moindre des libertés qui l'avaient naguère rendu si fier et si hardi.
Le premier usage que fit Timour de sa puissance fut de dégager la Transoxiane, de refouler au loin les princes et les familles qui pouvaient faire valoir leurs droits d'héritiers des Mongols, ou se poser en champions du Yassak. Pour la première fois, sous la bannière de ce Turc, on vit les gens du Sud franchir le Yaxartes, barrière infranchissable aux Achéménides, aux Macédoniens et aux Sassanides. Ce que Cyrus, Alexandre et Ghosroès n'avaient osé tenter, ce fils de (( mince hidalgo » l'entreprit, et le réalisa. Descendant d'Isfcndiar, il prit la revanche de Rustem, détourna, pour toujours, le torrent qui depuis tant de siècles se précipitait du Nord et de l'Est, de la lande et de la montagne sur les vallées du Sud et les plaines de l'Ouest. Ciiiq fois en six ans (1370-1376) les Transoxianais s'avancèrent en Turkestan et dans la marche de Pentapole jusqu'au Karatal et à Tlrtyche, foulant la poussière des héros.
De tout son orgueil féodal dut s'enfler le cœur d'Oldjaï-* Khatoun , la compagne d'aventures, la femme toujours chérie, quand l'ancien capitaine d'écorcheurs, devenu roi, conduisit dans son harem une princesse djagataï, la fille de Kamr-Ed-Dine, la belle Dilchad-Aga ', la première princesse du Nord qu'un sultan du Sud conquit par les armes. A coup sûr, elle ne fut pas jalouse de sa jeunesse et de sa beauté.