‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 199 sur 212 · I. Cla\ijo, p · texte numérisé non relu

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quand il voulait, il savait être brave, Miranchah se laissa battre. Timour n'était pas prêt; avec sa souplesse des jeunes années, il négocia, différa, gagna du temps, et compléta ses préparatifs pendant que Tokhtamich cuvait sa victoire.

En 1389, il se lança sur le Kiptchak, résolu à en finir, à imposer à TOuest un roi de son choix. Deux campagnes au nord du Turkestan et en Sibérie méridionale le conduisirent jusqu'au laïk (Oural), où la bataille décivise fut livrée en 1391 .

Tokhtamich vaincu, poursuivi jusqu'à Moscou, dispersa ses bandes, alla se cacher en Russie méridionale. L'Ëmpereur Inflexible Teût poursuivi à outrance, eût pris possession du pays; Timour, satisfait de sa gloire, revint en Transoxiane dans sa bonne ville de Samarkande, laissant le Kiptchak à la grâce de Dieu. Quatre ans après, Tokhtamich avait repris terre, et il fallut revenir à la charge. En 1392, Tokhtamich se jetait sur Dcrbent, sur la porte du Caucase, et menaçait TAzerbaïdjane et les pays turcomans (1396-1397). 11 est vraiment extraordinaire que, dans de telles conditions, les Russes n'aient pas profité de leurs victoires de 1378 et de 1380. On est conduit à supposer que la légende les a fortement exagérées.

Les vrais Turcs de la vieille roche sentaient bien que Tokhtamich était leur champion contre les Transoxianais ; Timour ne sV trompait pas; il abandonna tout pour courir au danger; la victoire des gens du Kiptchak, des gens du Nord, c'était la iin du Chériat, c'était la défaite de TËglise, c'était la révolution nationale. Le souvenir de Tokhtamich est resté singulièrement au cœur des Turcs, en Sibérie. En 1872, M. Radioff a encore pu recueillir trois chansons de geste sur lui et sur son rival Idégué ', conservées par la tradition orale chez les Tatares de Baraba, et chez ceux de

1. Radloiï, l'fvben der VoUslilleratur der Turkischen Siâtmne Sudsîbiriens, l. IV de la traduction, p. 35, 16i et 241.

Tobolsk et de Tumène. On trouvera, dans ces belles légendes, toute la tragique histoire de Timour-Koutiouk-Khan, sire d'Astrakhan, et de son fils Idégué, de leurs luttes contre Tokhtamich, et finalement contre Ëmir Timour lui-même.

En 1399, Tokhtamicli, traqué, se réfugia en Sibérie, a Tumène, où il fut assassiné. Idégué restait maître sur le Don; un sultan imposé par Timour s'établissait à Saraï; la Crimée se séparait; les pays de Trans-Volga se séccssionnaient ; entre la Chine, la Transoxiane et la Russie naissante, le Kiptchak, brisé par Tépée de Timour, se désagrégeait de toutes parts.

Il y eut, peut-être, des protestations parmi les vieux Turcs contre ce sacrilège des Transoxianais. Une tirade célèbre, dans Ibn Arabchah, nous en donne le lointain écho. Le Génie de riliver apostrophe Timour sur la steppe glacée. « Arrête ta course rapide, arrête, furieux tyran!... Si tu es un démon de Tenfer, je le suis aussi... Tu te vantes de tes armées; et mes jours d'hiver, avec Taide de Dieu, sont aussi des tueurs... Ma vengeance te domptera un jour... »

L*Azerbaïdjane, pays turc par la langue et la population depuis de longues années, s'était donné volontairement à Timour; son souverain, le dernier des U-Khans, descendants de Iloulagou, avait sanctionné l'union par le mariage de sa lille avec Pir-Mehemed, fils de Djihanguir-Mirza, le fils cadet de Timour et son favori (mort tout jeune). De 1380 à i38G, date de la soumission de l'Azerbaidjane, les Transoxianais avaient conquis (outre le Khorassan) le Seïstan, le Béloutchistan, l'Afghanistan; seul, le vieux pays d'Iran tenait bon, défendu par ses mercenaires kurdes, turcomans et circas- ' siens; les descendants du populaire <c Potier d'étain m y régnaient encore; ils avaient le cœur du peuple, si fort qu'après la prise d'Ispahan, quand Timour croyait tenir le pays, les gens de métier se levèrent en masse, sous la conduite d'un forgeron, et massacrèrent les garnisaires tran-

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soxianais. La répression fut cflroyable; soixante-dix mille * mananls et vilains payèrent leur insolence de leur vie.

Le haut clergé, les grands moines, rêvaient le rétablissement du khalifat, la conversion des hérétiques, la fin du schisme. Loyalement Timour remplit sa charge d'avoué de rislam. En 1392, il rassembla sa chevalerie et ses compagnies soldées pour achever de soumettre l'Iran; c'est la suite d'expéditions que les Asiatiques appellent la « guerre de Cinq ans ». Les Transosianais poussèrent jusqu'à Bagdad, firent leurs dévolions à Kcrbela, conquirent Mardin, Diarbekir et Tekrit en Mésopotamie, eurent la joie de défaire les infidèles d'Arménie, de Transcaucasie, de Géorgie.

Timour présente l'expédition de l'Inde, entreprise immédiatement après les guerres de Kiptchak, comme une véritable croisade, c'est-à-dire, dans l'esprit musulman, pour qui lit entre les lignes, comme une œuvre expiatoire pour la ruine des vrais Turcs du Kiptchak. Son conseil s'opposait à l'entreprise : « Maîtres de Tlndouslan, si nous y demeurons, notre lignée est perdue; nos enfants et nos neveux dégénéreront en se mêlant avec les indigènes, dont ils adopteront jusqu'à la langue. »

A l'orgueil turc qui se révoltait, Timour répondit simplement en ouvrant le Koran : « Je tombai sur ce verset : 0 prophète, fais la guerre aux Infidèles et aux Impies. Les docteurs expliquèrent le sens aux émirs; eux, tête basse, ne parlaient pas; leur silence me serrait le cœur. Je voulais d'abord priver de leurs charges tous ceux qui n'approuvaient pas l'entreprise de l'Inde... je ne pus m'y décider; je leur fis seulement des remontrances, et quoiqu'ils eussent déchiré mon cœur, dès qu'ils acceptèrent mon projet, (oui

1. N'ouhlions pas que nous avons aiïaire h des chifTres orientaux. Timour Ira la Ispahan sans merci, comme le Prince Noir traita Limoges, comme Charles de Bourgogne traita Dinant.

fut oublié... Mon armée rassemblée se montait à quatrevingt-douze mille gens d*armes... Je montai à cheval, et j'allai camper à Enderab » (mars 1398). Il y a comme un remords dans cette scène singulière, où le hautain Tiniour supplie presque ses capitaines, après les avoir fait catéchiser par ses théologiens, et sent, à deux fois, son cœur « serré » et « déchiré ».

Il était pourtant encore bien vivace à ce moment, d'une étonnante jeunesse, malgré ses soixante-cinq ans. Une miniature, faite dans Tlnde (à moins qu'elle ne soit une copie d'un portrait peint antérieurement), le représente d'aspect très jeune; c'est dans les dernières années qu'il vieillit brusquement, qu'il devient l'homme aux paupières lourdes qu'a vu Clavijo; ce trait caractéristique des paupières tombantes est d'ailleurs bien indiqué sur la miniature indienne '.

En définitive, ce furent les musulmans de l'Inde qui souffrirent le plus de la croisade transoxianaise. Le sultan de Delhi, Mahmoud le Gouride, était aussi bon musulman que Timour, et les habitants de son royaume professaient Tlslam. Ce fut précisément dans la musulmane Dehii qu'eut lieu le grand massacre; on tua sans doute beaucoup à Matra et sur le Gange, en pays païen; mais on s'occupa surtout d'y piller les trésors des pagodes. Sauf de%'ant Dehli où il y eut bataille rangée, et à Matra où les Indous, qui n'attendaient pas de quartier, se défendirent à outrance, il ne semble pas que Texpédition de Tliide ait été particulièrement difficile. Bàber, qui ne peut pas diminuer son quadrisaïeul Timour, et qui tient pourtant à se faire valoir, nous dit, parlant de Chihab Ed-Dine le Gouride : « Il mena dans l'IIindoustan cent vingt mille chevaux bardés de fer... Moi, dans ma cinquième campagne où je mis en déroute sultan Ibrahim et m'emparai de son royaume,

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