At*ok en magyar
reprendre, par les armes, le bien perdu; puis les compagnons réunis, exaltés par la victoire, enhardis par le nombre des chevaux gagnés, se lançaient à la course, à la guerre; en turc, le même mot tchapmak signifie courir et sabrer. Une fois partis pour courir, pour sabrer, ces Turcs ne connaissaient plus rien, méprisaient les autres hommes; leurs dictons sont terribles : « Le Turc, à cheval, ne connaît plus son père. — Quand le Turc est à cheval, il se croit devenu un grand seigneur. — Si Ton sabre la maison de ton père, sabre avec les compagnons. » En face d'eux, au sud, à Fouest, c'étaient les Marches où les pieds des chevaux soulèvent en tourbillons la poussière des braves, la route de Sogdiane, la route de Perse, et la Chine, le pays des splendeurs. Un voyageur moderne, Prjewalski, donne, d'une manière saisissante, l'impression du tableau qui se découvre devant le cavalier, quand, venant du Nord, arrivé aux confins de la lande interminable et morne, il voit la Chine à ses pieds :
« Jusqu'aux derniers pas, le voyageur est enfermé par les ondulations du plateau; tout à coup parait devant ses yeux un merveilleux panorama. Aux pieds du spectateur ravi se dressent, comme dans un rêve fantastique, de hautes chaînes de montagnes; rocs sourcilleux, précipices et gorges profondes s^enchevètrent et descendent sur de larges vallées où la vie déborde, où serpentent les rubans argentés d^innombrabies cours d'eau. »
Il faut avoir vécu les longues et monotones journées de marche à travers les interminables ondulations de la lande aride, pour comprendre le tumulte des passions que la vue des montagnes bleues, des plaines diaprées, des filets argentés d*eau courante, éveillent dans Tàuie de l'homme armé et à cheval. Quand ces Turcs, de la crête du plateau, plongeaient, du regard, dans la Chine immense, ils ne dou-
bi INTRODUCTION A L*HISTOIRB DE L*ASIE
talent plus de rien; le pays n'était pas difficile; ils voyaient de Teau parlent; il n y avait qu*à courir, à sabrer. Rapides, ils descendaient, saccageaient, disparaissaient; tels les montre le fameux vers persan :
Ameilend ou kendend ou soukfUend ou kouchtend ou bourdcnd ou reftend. Ils vinrent et saccagèrent et brûlèrent et tuèrent et chargèrent et s'évanouirent.
Mais parfois, aussi, les terribles fantômes ne s'évanouissaient pas, prenaient corps, s'obstinaient h banter le pays; la bande s'installail, ne voulait plus déguerpir; alors, quand ils étaient les plus forts, ils devenaient conquérants, rois, empereurs; quand ils étaient les plus faibles, ils négociaient, se faisaient vassaux, gardiens des marches, ou se louaient comme mercenaires. Brigands, conquérants, souverains, marquis ou rcîlres, tels ont paru les descendants des llioung Nou dans TAsie du moyen âge.
Leur lointain pays était terre mystérieuse. C'était, comme ils disaient d'un de leurs déserts, le pays de Barsa Guihna$^ « Où l'on va, d'où on ne revient pas ». On ne connaissait pas de voyageurs qui en fussent retournés, et des armées chinoises qui s'y étaient aventurées, bien peu étaient revenues; plus d'un Varus chinois y avait perdu les légions de l'Illustre Empereur. L'ombre et la terreur gardaient leur domaine; des noms sinistres le défendaient; pour les Arabes et les Byzantins venant de TOuest, par le Volga et TOural, c*é(ait « le pays des ténèbres » ; pour les colons liuns cl luros eux-mêmes, établis depuis longtemps dans le Sud-Ouest, la mer Caspienne était le Kouzgoun Denguiz^ « la mer des Corbeaux ' ». Il faut lire, dans les chansons chinoises de
! 1. Le nom esl d'origine cliinoise, cJ*après une légende contemporaine don
1 llan; voir la légende dans Cliavanncs, la S.tdpiure sur piètre en Chifif au Umps des deux dynasties Han^ p. 83.
LES ORIGINRS 8H
Tépoque des Thaiig, la rude vie des « Marches », le tumulte et TelTroi des tourbillons de poussière jaune sillonnés par réclair des armes; les terreurs de la guerre turque, Talarme incessante aux Marches du Nord, les alTres du désert et de rinconnu déchirent, d'une note tragique, les paisibles sonnets des poètes chinois; c'est le départ en guerre :
« Ling-ling, les chars crient; Sitio-siao, les chevaux soufflent;
Les soldats marchent, ayanl aux reins Tare et les flèches;
Les pères, les mères, les femmes, les enfants leur font la conduite,
[courant confusément au milieu des rangs, La poussière est si épaisse qu'ils arrivent jusqu'au pont de Hien-Yang
[sans l'avoir aperçu ; Ils s'attachent aux habits des hommes qui partent, comme pour les
^retenir » . »»
Puis, c*est le terrible hiver, au pays des Marches.
«< Au cinquième mois, la neige n*cst pas encore fondue sur le Tliian-Chan, Pas une fleur ne se montre sous un climat si rigoureux. L'aurore parait, il faut combattre, attentif aux ordres pressés de la cloche
[ou du tambour.
La nuit vient, on dort sans quitter la selle.... Les soldats ne s'arrêteront plus que dans les sables du Cobi. Le croissant de la lune, suspendu dans le vide, c'est tout ce que l'on
[aperçoit dans ce farouche désert.
Où la rosée se cristallise sur le fer poli des sabres et des cuirasses *. »
Longuement, lasse d*espoir, la femme chinoise attend le soldat parti aux guerres turques :
M Près de la ville, qu'enveloppent des nuages de poussière jaune, les
^corbeaux se rassemblent pour passer la nuit, Ils volent en croassant au dessus des arbres, ils perchent dans les bran-
/:hes en s*appelant cntro eux.
La femme du guerrier, assise à son métier, tissait de la soie brochée ; L^s cris des corbeaux lui arrivent, à travers les stores empourprés par
(les derniers rayons du soleil.