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Atsiz, troisième sultan de Kharezm

2. Voir les nombreuses légendes recueillies par RadlolT, telles» que chez les Saff&i de TAbakan, celles &A(Mokôi ô^Altun-Taidji (t. Il), chez les Kirghiz, celle de Kan Cheniûï, d^Evkilm Aidar (t. III), etc., etc.

64 hNTRODUCTION A L'UISTOIBE DE L'aSIB

Kéraïl, avant de prendre le nom de Tciiinghiz Khan des Mongols. Ce sont des cadets turcs anonymes qui ont fondé Tcmpire des Scidjoukides et celui des Osmanlis. « J'ai mené une vie de chevalier errant * », disait le Grand Mogol Bàbcr, dépossédé de son royaume héréditaire de Fergana. Spadassins et bravi dans la maison des khalifes, retires et condottieri en Perse, en Chine, en Asie Mineure, en Syrie, coupe* jarrets gagés chez les Mamiouks d'Egypte, voilà ce qu*ont été, en réalité, les chevaliers errants et les aventuriers turcs et mongols qui ont détruit et fondé les empires en Asie, du vi" au xvi' siècle; ces gens de guerre professionnels ne ressemblent, en rien, aux pâtres qu'on s'est figuré. De houlette, ils n'ont jamais connu d'autre que leur lance, et leurs pipeaux étaient des clairons.

La place de la femme, dans la famille turque et mongole, est beaucoup plus importante qu'on ne se Test imaginé, quand on n'a pas tenu compte des transformations que c< Tadoption à rebours » a fait subir au droit coulumier des aventuriers transplantés en Perse, en Asie Mineure ou en Chine. Le droit coutumier turc, même aujourd'hui, chez des nations islamisées, soumises officiellement au Chérial ou droit religieux musulman, reconnaît à la femme une personnalité civile, et lui assure des garanties. L'homme qui épouse une fille lui doit un KaliHy « un douaire », dont elle n'a pas l'administration, mais dont elle ou ses parents reprennent possession en cas de divorce. Les nobles dames turques et mongoles étaient dûment apanagées, et quand elles ne vivaient pas en puissance de mari, disposaient de leurs apanages. L*apanage tombe nicmc de lance en quenouille, car chez les Mongols et Turcs Gengiskhanidcs, avant que le Chérial se soit substilué au droit d'état et au droit coutumier, ou les ait fait

1. Le U'xle esl plus énergique : Kazak te Mardan^ • marron et chevalu* rcux •.

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passer au second plan, on voit des princesses acquérir I*hérilage mâle par excellence, Yapanage d'une amiée. Jusqu'au triomphe du Chérial, il n'existe pas de loi salique chez les Turcs et chez les Mongols; des princesses douairières régnent et gouvernent. Même actuellement chez les Osmanlis, la sultane Validé^ « reine mère », jouit de privilèges particuliers. Chez les Turcomans de TOxus, restés si fidèles au vieux droit coutumier, on a vu, récemment, la veuve du chef des Turcomans Tekké transmettre régulièrement ses pouvoirs territoriaux et politiques à la Russie, par mariage avec le colonel russe Ali-KhanofT, sans qu*aucun de ses sujets ail soulevé motif d'opposition. Parmi les gens du commun, le voyageur arabe Ibn Batoutah (xiv* siècle) s'émerveille et se scandalise de voir la liberté qu*ont les femmes turques musulmanes de Crimée, allant et venant, achetant et vendant, disposant de leurs biens au marché, pendant que leurs maris s'occupent ailleurs ou restent oisifs. Comme le remarque très bien l'annaliste chinois, la femme, chez les Turcs, est affiq^^He la noblesse personnelle, ne peut pas déroger : il y a, chines Turcs, des femmes de qualité.

Il est curieux que chez des nations où la noblesse person^ nelle est airssi formellement établie, le droit d'hoirie s'arrête à la septième génération. « En coutume turque, dit Aboulghazi, passé la septième génération, l'on ne donne plus de nom particulier aux ascendants *. » Sept générations, trois siècles, assurent la prescription et anéantissent les titres. 11 ne s'agit pas, ici, de litres généalogiques, mais de droit positif. La généalogie ne se périme pas. Encore aujourd'hui,

1. Pour rompirler l*in(Ii<*ntion d*AbouIgha/i, je Iradiiis les exemples quMl donne : • Le Turc dit : depuis sept générations, je suis forgeron. — El puis

• il dit : mes sept ancêtres claienl établis en ce (>a}s. — Et puis il dit :

• depuis sept générations, la face d'une charte souveraine n*a pas paru

• devant ma vue. - Celte inlerprelalion d'Ah<iuighazi est en désaccord avec les mémoires du grand Timour, qui reconnaît comme valable un traité consenti par ties ascendants, à plus de sept générations.

IVTRODOCrtOII A L lll»TOIIIC OC L*A«IC. 5

66 hNTRODUGTION A L'HISTOIRE DE L'aSIE

chez les Kirghiz de la grande, de la moyenne et de la potile Centaine, chaque clan conserve ses armoiries plus de dix fois séculaires *. Le clan de Kiplchak scelle ses actes d'une barre en pal, abréviation cursive de l'ancien fer de lance que les annalistes chinois du vi"* siècle voyaient au bas des contrais tou-kioue; les clans de Kireï et de Kireïski, musulmans depuis six cents ans, apposent à leurs contrats la croix de leurs ancêtres, les Keraït chrétiens, les uns simple, les autres brisée d'un lambel. En droit turc, la tradition nationale et la tradition généalogique sont dislinctes; la parenté n'est qu'affaire de sentiment, et non de droit. On reconnaît, à ce trait caractéristique de la coutume turque, l'habitude acquise par une longue pratique de la migration à main armée, du service militaire à l'étranger. Les migrations arabes se sont faites par clans et par tribus, les turques, par bandes confé* dérées, par individus isolés, par pclils groupes ralliés autour d*un drapeau.

B^Ti

urcs ni les Mongols n'ont jamais été des peuples religieux. « Turkmariy Zaïf ul iman — Turcoman, pauvre croyant », dit TOsmanli. L'imagination religieuse, le zèle et l'enthousiasme si ardents chez les Arabes, les Iraniens, les Slaves, n'ont jamais éveillé l'apathie, échauiïé la froideur des Turcs, des Mongols et des Mandchous. La religion la plus sympathique à leur quiétisme et à leur flegme est bien certainement le bouddhisme. Ils sont bouddhistes naturellement, par tournure d'esprit, par tempérament, sans effort. Le bouddhisme est le seul élément religieux dans lequel ils se meuvent avec aisance; dans l'islamisme, ils sont gauches et empruntés. La littérature religieuse musulmane, en langue turque, est assez pauvre, la controverse, à peu près

4. Je prends ces armoiries telles que les donne Levcliine, Oescripiion de* hordes et drs sfeppes des Kin/hiz, p. 379.

nulle; les ouvrages de religion écrits par de vrais Turcs, en vraie langue turque, et non par des Iraniens, les ouvrages — ce sont tous des poèmes — qui montrent du style, de Tinspiration, sont imprégnés de Tesprit bouddhiste. Musulmans par la forme, bouddhistes par la pensée, sont les poètes religieux de vrai sang turc, quand ils ont du souffle et du naturel '. Les autres singent gauchement les Iraniens et les Arabes, dont ils exagèrent les défauts, et dont ils ne comprennent pas Tinspiration passionnée. Assez mollement, sans enthousiasme et sans grande répugnance, les Turcs ont accepté d'autres religions que le bouddhisme; ils sont devenus mages adorateurs du feu, manichéens, chrétiens nestoriens, musulmans, un peu au hasard, n*y comprenant pas grand'chose, indifrérenls à la controverse qui est contraire à leur placidité mentale et à leurs habitudes militaires de discipline; Iqs religions qu'ils ont définitivement adoptées, car plus d'une fois ils n'ont pas attendu la prescription du seplièmc ancêtre pour en changer, ces Turcs les ont pratiquées loyalement, sans altération ni discussion, comme il convient à dos gens qui appellent la civilisation, « obéissance » — voir le mot Oïgour — et la loi d'Etat, Vassak, « consigne ». Ils les ont défendues en honnêtes soldats, préférant, pour argument, celui que saint Louis recommande aux laïques contre les Juifs, l'épée dans le ventre. Mais quand on ne les provoque pas, ils ne tien-^ nent pas à controverser. Le Mongol Meungké (Mangou Kaan) s'amuse bien à faire disputer moines bouddhistes, chrétiens et musulmans, devant lui, tenus en bride par la rigoureuse étiquette impériale, qui met une sourdine à leurs éclats de voix; mais il leur interdit de se chamailler hors do

I, Pour bVn roïi\nincrc, il suflll de lire Ihurk dtvnnv <«lans Vambrn : Tèvhngataiichr Sfnm'hstudirn^ p. ;jS-7U), dont raitlonr ^c rroil ^iîuêrcinuil musulman; sa doctrine enl du pur bouddhisme.

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sa présence, parce qu'ils feraient trop de bruit, et que le tapage est défendu au quartier impérial. Ces conférences pieuses finissent d*aillcurs par boire, après qu'on a bien argumenté. — « Et quand fut achevé, Nestoriens ensemble et Sarrasins chantèrent victoire, tuiniens (bouddhistes) se taisant, puis allèrent boire tous copieusement ^ »

Avant rintroduction du mazdéisme (qui n'a, d'ailleurs, pas été de longue durée) chez les Turcs des marches iraniennes, du christianisme nestorien, puis de Tislamisme, chez ceux des marches occidentales de Chine et du Tian Chan Pé-lou, du chrislianisme, du manichéisme, enfin de Tislamisme et du bouddhisme chez ceux du Tian Chan Nan-lou, des confins militaires de Chine, et finalement chez les Mongols et les Mandchous des marches orientales, tous ces peuples ont eu des religions plus anciennes, originales, dont les rituels mandchous et les annales chinoises nous ont conservé quelques parties ; les Tchérémisscs à Touest, les Yakoutes, les Turcs de TAltaï, les Téléoutcs, les Toungouzcs, au nord et à Test, les ont gardées, malgré beaucoup de modifications, encore suffisamment intactes; leur substruclion est parfaitement visible dans les légendes, les poèmes et les croyances populaires des Kirghiz, des Tatars de Sibérie, et d'autres islamisés, malgré le soin que le rigorisme musulman a mis à en détruire les traces. Bien qu'il ne soit pas possible d'établir la dogmatique, la classification et la chronologie de ces religions, on peut se faire une idée des principes généraux qui leur sont communs, et de leur physionomie au point de vue esthétique. Leur trait original et caractéristique est une très grande douceur, une tendresse familière de l'homme pour le monde qui l'entoure. C'est la religion aux champs, sans théologie, toute naïve et agreste.

1. - Hiiâ peractiti, nestorini pariler et sarraceni cariLaverunl aile, tuinis lacentibus, et postea biberunl oinnes copio»e - (Rul^ruqui:*, p. 33y).

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Comme les anciens Chinois, les anciens Turcs reconnaissent et vénèrent cinq éléments incarnés dans cinq personnes : les cinq éléments sont la Terre, le Bois, le Mêlai, le Feu et TKau; les cinq personnes sont Tempereur Jaune au Contre, Tempereur Bleu à TEst, l'empereur Rouge au Sud, l'empereur Blanc à TOucst, l'empereur Noir au Nord '. Plus tard, ce système se réduit à deux termes : le Ciel et la Terre; sur la Terre, l'empereur des Hioung Nou, le Kaan des Mongols s'appellent Tengri Kout^ « Pouvoir du Ciel », comme TEmporeur do la Chine. Les noms dos cinq éléments, combinés avec ceux do douze animaux, désignent les soixante années du Cycle on usage chez les Turcs et chez les Mongols (Souris-Terre, Taureau-Terre, Panthère- Terre, etc.; Souris-Bois, Taureau-Bois, Panthère-Bois, etc.). Los Turcs chrétiens de la haute Asie, jusque dans leurs dernières inscriptions tumulairos (la dernière connue est do liOti) ajoutent invariablement la date en vieux cycle à leur date religieuse qui se règle sur l'ère des Séleucidos; les Turcs orientaux musulmans ont gardé le même système chronologique bien longtemps après l'introduction du calendrier islamique; au xvn* siècle, le khan de Khiva, Aboul Gliazi, dans son histoire généalogique dos Turcs, donne toujours la date on vieux style (année de la souris, du cheval, du porc, etc.), avec la date d'après l'ère musulmane. Enfin, et ce fait est digne d'attention, los Karaïmènes, Turcs juifs de Lithuanie et de Crimée, n'ont adopté jusqu'à nos jours qu'une partie du calendrier judaïque, et désignent, encore maintenant, des mois qui correspondent à juillet-aoôt, septembre-octobre, octobre-novembre (en hébreu Eloul^ l/eshan,

I. 1^9 <Jc<»igOAlions sont riirÛMiscmcnt resUcs commu lormos poliliquos : iieuk Moffftl, • les Mongols Hims •, au lemps du Tchinglirz Khan; 9iin khaffhan^ • TEnipereur d'or ou jaune «, à la mî^mc ôpo<|uc, pour rKmporcur mandrhou du Centre, cVst-à-dire de la Chinr; Ak Padichah^ • rKmponMir BUnr •, pour TKaipereur de rOuest, artuellement le C7ar.

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Kislev), par leurs vieux noms païens Tchuruk Aî^ « Lune pourrie », Kiiz Aï, « Lune de moisson », Soukoum Aï^ etc.

L'élément le plus vénéré, dans ces vieux cultes, était le Métal qui sert à forger les armes, le Fe7\ On le trouve dans toutes les légendes auxquelles les anciens Turcs rattachaient leur origine. C'est probablement le Fei* auquel les Huns adressaient leurs prières, et donnaient pour symbole une lame que les Romains ont appelée YEpée de Mars. A la frontière du pays turc, les ambassadeurs byzantins du vi* siècle assistent à une cérémonie religieuse dans laquelle on leur présente du fer. Les vieux noms nationaux TimouVy « Fer », et Timour dach, « Compagnon du Fer », ont certainement une origine religieuse. Le nom même d'Atlila, en magyar, Atzel, formé sur Aczel, « acier », paraît une traduction dialectale du turc Timour ou Timour-Dach,

A cette ancienne religion des cinq éléments, dont tant de traces sont restées jusqu'à nos jours, a succédé celle du Tengri, « Ciel », en dualisme avec la Terre. Que l'imagination populaire ait peuplé la Terre et le Ciel de génies, d'esprits, de démons, il n'en est pas moins vrai que c^est au Tengri, au « Ciel » que les Tchérémisses de TOuesl, les Altaïens de l'Est, offrent encore aujourd'hui leurs sacrifices, adressent leurs prières *.

i, LB DIT DU CONJl'RBUR (PRêTRB SORCIER, CIIAMANE)

[chez, les Téléoules païens de rAltaï].

Sur Ion IrAne, Abiiache^ seigneur Ciel, De terre verdure lu tires, De l'arbre fcuillêe tu tires,

Nourriture Dieu donne!

Vn chef Dieu donne à la maison!

Dieu exauce et donne,

Créateur de la création,

Ciold»^ l'Ordre!

(Radloiï, î, texte, p. 2t8.)

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Des religions aussi vigoureuses que Tislamisme et le bouddhisme n'ont pu arriver à détruire entièrement chez les Turcs et chez les Mongols les traces du vieux culte dua-

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