LK DIT DU BAISA
[Invocation chez les Kirghiz musulmans].
Le premier, Dieu [Koudài dans le texte, et non Allah), sois présent!
Deuxièmement je prie Mohammed
Le troisième est le Ciel (U^grim, pour Tengri, dans le texte)
Les saints à la Mekke,
Les saints & Mcdine,
Le khan Tchinghiz (fîengiskhan) le Saint,
Sur le Mont Rouge, en haut,
La vierge sainte,
Sur le mont des taureaux, en haut,
Le taureau saint,
Sur le mont des héliers, en haut,
Tète d'Élan, le saint...
(RadlofT, m, texte, p. 46-47.)
PRiints DBS TCRÉi^MissRS (orflclellement chrétiens).
Grand Dieu, souverain de IVau, Créateur de l'eau, Mt*re de l'eau.
Grand Dieu, souverain du feu, Créateur du feu, Mère du feu.
Grand Dieu, souverain de la lorrc.
<>rand créateur de la terre, Mêro de la terre.
Grand Dieu de l'accroissement du bétail.
Grand Dieu, multiplicateur des abeilles.
Grand Dieu, seigneur du brouillard.
Aïeul et aïeule du givre...
Nous implorons de toi l'abondance des abeilles. Rends fortes les ailes des abeilles. Quand elles vont volant par la rosée du malin, fais qu'elles rencontrent des fruits excellents Quand nous sortirons dans la plaine, là tu
as des coqs de bru)ère, là tu as des gelinottes... fnis-nous les rencontrer
Aide-Dous à vivre en gn/ouillant comme l'hirondelle...
(f'érémoniei relùjieutex (if.n TrhêrHi\if8**s^ par Gabriel Iakoviicv, traduction Dozon, p. 12 et 16-17.)
liste. Encore aujourd'hui le pointilleux musulman Osmanli dit couramment, et écrit « Tangri » au lieu A'Allahy Tangri Verdi, « Dieu donné », au lieu d'Allah Verdi. Sous le forma* lisme, chez les Turcs, la vieille apathie religieuse est demeurée avec toute sa force d'inertie. Seul, le bouddhisme fait naître des sensations dans ces âmes placides, fermées aux grands élans de passion, et rebelles à la controverse. Llslamisme est une règle qu'on respecté et qu'on défend, mais qu*on ne se permettrait pas de discuter. Les Turcs ont toujours été trop inaccessibles au sentiment religieux pour jamais devenir hérétiques; ils sont les derniers des hommes capables de comprendre : « Oporlet hœreseos esse. » Us ne demandent pas mieux que de croire, mais ils ne tiennent pas du tout à comprendre.
Les Turcs ont conservé, dans leurs légendes, le souvenir de leurs origines ethniques; il est plus facile chez eux que chez d'autres peuples, de faire coïncider l'ethnographie légendaire avec la réalité historique.
La filiation des Turcs, du vi' au vm'' siècle, est mieux connue, aujourd'hui, que celle des Germains du i*'*' au vi* siècle. Nous possédons des monuments écrits^ en langues turques, antérieurs aux monuments écrits lés plus anciens des langues teutoniques; des noms qui figurent dans ces menu*ments reparaissent, comme éponymes, dans les généalogies, en partie fabuleuses, composées par les Turcs et les Mongols au XIII* siècle.
Le plus important de ces monuments est une stèle portant une inscription en ancien turc, et une autre en caractères chinois, datée d'une date chinoise qui correspond au 18 janvier 733 de notre ère. Cette stèle fait partie d'un groupe de monuments découverts en 1889, dans la Mongolie du nordouest, entre le lac de Kocho-Tsaïdam, et le haut Orkhon,
par M. Yadrinlzew; M. Thomsen a trouvé Ta mélliode de déchiffrement de celle écriture paléo-turque et Ta exposée devant rAcadémie de Copenhague, le 15 décembre 1893. M. Radloff a publié le texte et la traduction en 1894. La stèle a été érigée par un prince turc nommé, par les Chinois, Mekilien Khan, à la mémoire do son frère Kul Khan, ou Keul Khan, mort en 731, fils de Koutlouk; Tinscription est suivie d'une autre, plus courte, concernant le Mekilien des Chinois, que les Turcs appellent le Bilgué Khan, consacrée par son fils, loUoug Tékine.
L'Inscription du Bilgué khan et celle de son frère Keul Tékine donnent Tidée de la société turque au vn^ et au vnf siècle, de TÉtat qu'elle avait formé, entre rAltai, la grande Muraille, les monts Khingan, sur les^ confins de la Chine, et celle de son gouvernement. Le peuple turc y apparaît comme une communauté d'individus et de clans, dont le nombre n*est pas limité par un parentage ethnique; c'est une communauté ouverte; les hommes et les clans qui la composent sont groupés autour d'un chef appelé « Kagan » \ et sont plus ou moins nombreux, suivant la bonne ou la mauvaise administration de ce chef. Le Kagan ne mentionne même pas le nom de son père ', il le désigne simplement par son titre ou surnom de El téj^ès % « qui vivifie le peuple »; et sa mère par celui d'ÀV bilgué^ « qui connaît le peuple »; il ne donne ni sa généalogie, ni celle de la nation ou tribu des
I. Kafian et, avec l*Aspiralion, Khaghan^ puis, par ôlision, Ktian^ Khtian et Khan, L'inscription chinoise qui correspond à la tunjui* orthographie • Khokhan ••
S. L'inscription chinoise le nomme; il s'appelle Koutlouk^ • Fortuné •.
3. • Les princes oîgours... recevaient à leur èiévatinn le titre de H-lU^rer i^l-térer) chej. les />ix (}îgow\ et celui de Koui-lrkine {koul-Erguine) chez les Seuf Oigour, O ne fut que bien tles années plus tard que ces sultans furent
connus sous le nom ûidi-Koul Idi-Koul signifie : qui a donné la vie à
tout le peuple. • (Abouighazi, p. 40.)— On voit que la tradition du xiu* siècle, que reproduit Aboulgimzi, donne à Vltiihtut oïgour le litre de VEl hWn,i\\\\ • Tivine le Peuple -, tou-kioue.
74 INTRODUGTIOiN A L'HISTOIRE DB L*ASIB
Turcs, qui représente pourtant Télément elliniquo, puisqu*il appelle les « Neuf Ogouz » des « Turcs Ogoùz » * ; il parle, dans les mêmes termes, de tous les peuples soumis au Kagan, el n'établit entre eux aucune distinction ni différence d'origine ou de filiation, qu'ils soient Tardouch, Tëlës (qui paraissent être des Turcs naturels), ou Ogouz, Kourikan, Tatar, Khitai, Tatabi etKarluk, tantôt hostiles, tantôt soumis et incorporés à la nation. Cette nation elle-même ne se donne d'autre origine que le groupement autour du chef; « sept cents hommes étant devenus, ils firent un peuplé, ils firent un Kagan », dit le Bilguë Khan, quand il raconte comment son père Koullouk TEl-Tèrès, « celui qui vivifie le peuple », a rendu la vie à la nation turque.
La religion ne figure pas plus, dans ce mémorial des Turcs, que n'y parlent la loi et la voix du sang, de la parenté généalogique. Trois ou quatre fois, on nomme, sans l'invoquer autrement, YEuzè Tengri, « le ciel qui est en haut », ensemble avec la terre qui est en bas : « Begs et commun des Turcs Ogouz, oyez! Toi que le ciel qui est en haut ne foule pas, toi dont la terre qui est en bas ne médit pas, communauté turque! » Dans une seule occasion, la Divinité représente un pouvoir défîni. agissant, et alors, elle se manifeste comn:e le symbole du sol natal, comme la volonté des éléments dont il est formé ". « En haut, le Ciel des Turcs, en turc bn le nomme Terre-Eau, ainsi parla : Que la communauté turque ne soit pas néant; la communauté turque est vivace. Mon père l'El tërès Kagan, ma mëre l'EI bilguë Katoun, il les prit, au sommet du Ciel il les éleva. Mon përo le kagan, avec vingt -sept héros, sortit (partit en campagne)... S'étant assemblés, étant devenus soixante-dix héros, parce que le