Outtalchisi Turk Boudoun. Inscriptions, p
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riturc au dedans, pas de vêlement au dehors, le pauvre cl dénué peuple, au-dessus de celui-là je me suis promu. Moi et mon frère Keul Tékine, deux Chad ensemble, moi et mon frère Kcul Tékine ensemble, nous nous sommes entretenus : que par notre père et notre oncle le nom et renommée acquis à la nation turq^ic ne soient pas efTacés. Pour la nation turque, la nuit je n'ai pas dormi, le jour je ne me suis pas reposé... le peuple nu, je lui ai donné des vêtements, le peuple pauvre, je l'ai fait riche, le peu, je Tai fait nombreux; les peuples vertueux, la dignité de kagan, je les ai maguiHés.... Le Ciel venant en aide, comme j'ai beaucoup acquis, le peuple turc aussi a beaucoup acquis. »
Ce n'est pas uniquement pour nourrir et vêtir les pauvres entre ses sujets que le roi turc ne dort pas la nuit, ne se repose pas le jour; c'est pour la renommée des Turcs, c'est pour la gloire nationale, (|u'il travaille et qu'il combat nuit et jour. Le pharaon égyptien, le roi perse ou assyrien massacrent la foule des peuples pour célébrer leur propre gloire et pour faire éclater la puissance de leurs dieux; le kagan turc ne pense qu'au bon renom de sa nation. A la différence de Roland, qui parle de < douce France », le héros turc ne vante point la beauté de son pays; il raconte que sa < chère forêt des montagnes ne produit rien qui vaille », mais il l'aime de toutes ses forces, et la veut glorieuse. On voit poindre, ici, un sentiment particulier de l'honneur national, un genre de , patriotisme étroit, et par un certain côté, très moderne, celui \ de la réputation militaire recherchée pour elle-même, sans ' autre but et sans aulre satisfaction que de s'affirmer. Le Turc nomade n'a pas de cité à sauver et à illustrer; indifférent aux religions, il n'a pas de dieux à glorifier; le Gesla Dei per Francos n'a pas de sens pour lui; il tue et se fait tuer pour raccoler des peuples, et pour que sa nation garde la renommée de bons soldats. Autant le sentiment de clan est faible chez
lui, les tribus étant sans cesse brisées et refondues, autant celui (le confédération, de nation est puissant, fortifié chaque jour par la discipline militaire, et paj* la tradition des victoires remportées en commun. D'où le culte du drapeau, la gloriiication du nom turc^ puis mongol, le chauvinisme. Une tribu turque ne pouvait maintenir une organisation politique | et un groupement serré que par la guerre; sans les bénéfices du pillage ou des subsides, elle était obligée de se dissoudre et de se disperser par clans, dont les fractions se groupaient de nouveau, reformaient une nation autour d'un plus fort, et le nom même de ces associations, que la guerre faisait et défaisait incessamment, disparaissait avec elles.
D'empires comme ceux des Iluns, des Turcs, associations militaires sans lien ethnique, on ne peut pas dire qu'ils se dissolvent; ils se débandent. Au rebours des autres, chez les Turcs, c'est le roi qui nourrit son peuple, qui rhabille, qui le paye. L'impôt, c'est la masse générale. Quand le kagan ne peut plus solder ses sujets, il les licencie, et ses peuples vont chercher pitance sous une autre bannière. Ces peuples turcs sont des régiments. Leurs grandes nations portent le nom de leur colonel. On dit les Osmanli, les Ëuzbeg, les Djagalaï, comme on disait chez nous les Berchinv, les Ransonnet.
Dans l'inscription de Keul Tékine, les épitaphes sont des bulletins militaires; les souverains sont des capitaines qui rendent compte de leurs campagnes; ils énumërent leurs états de service, les grades par lesquels ils ont passé : « Dans ma vingtquatrième année, je devins Chad sur le peuple des Tardouch ; avec mon oncle le Kagan, ensemble, vers devant, jusqu'à la plaine de Chandoung sur le Fleuve-Vert, nous avons fait campagne; derrière, jusqu'à la Porte de Fer... En tout, nous avons fait trente-cinq campagnes, livré vingt-trois batailles. » Les chevaux tombés au champ d*honneur figurent dans le
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panégyrique des braves ^ « A trente et un ans de son âge (mon frère et moi) contre Sèngounnous combattîmes; il (mon frère) montait son cheval gris pommelé Tadouk Satchourang. Ce cheval mourut là; ensuite il monta son cheval gris pommelé Ychbara*iamtar, et chargea; ce cheval mourut là; troisièmement, il monta le cheval bai brun de leguinsit Beg, et chargea; ce cheval mourut là... La manière dont il charge, begs turcs, vous la connaissez bien. » Les services à l'étranger ne sont pas oubliés, car ils rapportent à la nation gloire et profit : (( Aux Chinois, nous avons amené de la cavalerie... rinfanlerie s'est toute rendue à merci... Pour mes Turcs, pour ma nation, j'ai gagné tant de bien. »
Dans cette société de gens d'armes, il importe avant tout de maintenir la discipline et d'établir la hiérarchie. Pour le kagan, les rebelles sont surtout coupables de désertion, d'insubordination; on a vu que dans les lois des anciens Hioung Non, c'étaient les pires des crimes, une espèce de sacrilège; le Turc du vu'' et du viu^ siècle appelle la rébellion une hérésie : « le Kagan des Turkèch était de notre nation turque; à cause de son ignorance envers nous, à cause de son erreur, il a péri, tous ses begs, ses mandarins ' ont péri, le peuple autour de lui a expié.... Il y avait Bars Beg; à celui-là, nous avions donné le titre de kagan; nos sept peuples des Kountchaïoug nous lui avions donnés; lui-m6me a commis erreur; ce kagan a péri; la nation, servante et esclave elle est devenue. »
L'hérésie de l'indiscipline et de la désertion domptée, il faut aussi pourvoir à l'organisation, à l'administration des
1. Dans riiisloirc légendaire de («engiskhan écrite par ^nang-Slzène, les chevaux sont loujours nommés. Les formules du récit sont d'ailleurs idenUquemenl les mêmes que celles de la slèle de Keul Tékine. Les unes et les autres paraissent faites d'après une espèce de canon hiératique.
2. Le mot turc boutrouk signifie : celui qui donne des ordres; c'est bien le sens du mot forgé par les Occidentaux pour désigner les fonctionnaires chi* nois, mandarins.
peuples, afîn que « la terre et Teau » ne soient pas sans gouvernement. La stèle de Keul Tékine désigne, par leurs titres, plusieurs des vingt-huit fonctionnaires, grands et petits, dont parlent les annales chinoises qui expliquent le gouvernement des anciens Hioung Nouet des Turcs primitifs ^ Un kagan lui-même n'est qu un fonctionnaire comme les autres, qui a eu de l'avancement : « Moi, vingt-neuf ans, j'ai rempli la fonction de kagan. » Sous le kagan suprême, il y a d'autres kagans, puis des chad; la stèle nomme des iabgoug-chad, des seigneurs chadpoutj des idikout, des êékincy des boutrouk; on retrouvera fréquemment ces trois dernières dignités, comme titres souverains de princes régnants, dans le cours de cette histoire. On y mentionne des larkhariy titre qu'on donna plus tard aux gens de qualité, possesseurs de francs-alleux. Deux charges de la couronne sont indiquées, celles de tnmgatchi^ « garde des sceaux », et celle de subachi, « capitaine dos expéditions » '. Toutes ces charges sont civiles ou militaires; nulle pari, il n'est question d*une fonction sacerdotale, ni d'une cérémonie religieuse quelconque, ni d'une caste. Le peuple est partagé en deux classes : hegs, « gens de qualité, barons », comme nous aurions dit au moyen âge, et lioudouv, « collectivité, communauté, gens du commun »; ce dernier nom implique bien la totalité de la nation, et c'est par les mots de a peuple » et de « nation » que j'ai été fréquemment obligé de le traduire. Au commencement du xvi*^ siècle, dans son turc djagataï, le Grand Mogol B&ber, quand il harangue son armée, observe toujours la distinction entre personnes de qualité et gens du commun, « begs et gens d'armes '... [plutôt]