Russe
3. Mangoule, tribu putssûnte qui a fait partie de la Confédération mongole.
quatre fils qui sont Kara Khan, Ouz Khan, Gouz Khan et Gour Khan. On reconnaît dans les trois derniers les éponymes des Ouzes ou Ghouzes, les Ogouz, avec lesquels les Byzantins et les Arabes nous ont rendus familiers, et le titre de Gour Khan, que les souverains khitaï, conquérants de la Chine, adoptèrent, quand après avoir été chassés par les Mandchous, ils s'établirent en pays oïgour et fondèrent un nouvel empire. Kara Khan a eu un fils, un enfant miraculeux, Ogouz Khan, « le Khan Taureau », l'emblème des Turcs, Téponyme des Ogouz et du grand fleuve Oxu$ \ C'est Ogouz Khan qui donne leurs noms aux cinq nations turques (Oïgour, Kankli, Kiptchak, Kalatch et Karluk); il conquiert le monde entier, règne cent seize ans, et partage entre ses fils, avant de mourir. Tare d'or et les trois flèches, emblèmes de la puissance.
Avec les fils d'Ogouz Khan, nous entrons en pleine mythologie. Us s'appellent Gun Khan (le khan soleil). Aï Khan (le khan lune), Voldouz Khan (le khan étoile), Keuk Khan (le khan bleu, c'est-à-dire le ciel), Tag Khan (le khan montagne, c'est-à-dire terre) et Tenguiz Khan (le khan mer). Le fils de ce roi océan ou mer s'appelle // Khan — Roi des peuples ', — et commande aux Mongols. Ici nous sortons encore de la mythologie pour rentrer dans la tradition légendaire et historique.
// Khan, « le Roi des peuples », qui commande aux Mongols, fait la guerre à Souïounitch Kan (le roi Beureuse-Nouvelle)', qui commande aux Tatares; celui-ci s'allie aux Kirghiz, c'est-à-dire aux tribus marrones turques; le Roi des
1. Le Cheïbani Sameh (xvi* s.) donne encore à TAmou Darya son vieux nom d'Ori/*, • Euguz •. — Vambéry, Die Scheihaniade, note 31.
2. // Khan est rinterprêtation du xiii' siècle; le nom primiliT, comme on Va vu plus haut, doil être //ton E le Khan, • Illuslre Roi •.
3. CVst le m(^me sens que Khoch NouvaZj nom persan du Roi de Touran, qui combat le Roi d'Iran, dans le cycle épique des Sasaanides.
LBS ORIGINES
peuples est vaincu dans une grande bataille, et les Mongols sont exterminés, à l'exception du plus jeune fils dll Khan, qui s'appelle Kian *, de Nokouz, fils du frère cadet d'il Khan, et de deux filles. Kian, Nokouz, et leurs deux compagnes s'enfuient, traversent des montagnes prodigieuses; au fond des montagnes est. un beau pays plein de rivières, de sources, de prairies, d'arbres fruitiers et de gibier. Leurs descendants se multiplient dans ce pays ignoré; au bout de quatre cents ans, ils veulent en sortir, mais ne trouvent pas de chemiu. Alors, un forgeron découvre une montagne de fer ' à laquelle ils mettent le feu; le fer se fond, et se creuse en sentier, par lequel les descendants de Kian et de Nokouz sortent du pays mystérieux où ils ont vécu pendant sept générations. Ce pays s'appelait Erkené Koun '. « Depuis cette époque, dit Âboulghazi, les Mongols ont Thabilude de fêler cet anniversaire. Le khan prend avec des tenailles un morceau de fer rougi au feu, et le place sur une enclume où il le bat à coups de marteau, ce que font après lui tous les Seigneurs. » 11 ne faut pas oublier que le métal, Fer, est un des cinq éléments sacrés. Lorsqu*en 568, Zémarque, ambassadeur de Tempcreur Justin, arrive à la frontière turque, les gardes-frontière lui présentent du fer, allument de Tencens, et le font passer au travers du feu. Le nom magyar d'Attila, « Aizel », comme on Ta vu plus haut, signifie « acier » et c'était la légende courante au temps de Joinville que le grand empereur des Tartares, le Tchinghiz khan des Mongols, avait été forgeron.
Le roi qui régnait sur les Mongols, lorsqu'ils sortirent de TErkené Koun, s'appelait Hurté Tchéné « le Loup gris ». De
t. Au pluriel mongol, kial; le mot st^nilie • avalanche, torrent »; c'est le pAtronymique de la famille de («en^Msklian.
i. Voir, plus Imut, la légende de la Foi'Kt: de (iengisklian, p. 2.
3. On dirait, en magyar, ôretj lion, * Tancienne pairie •. En turc, koun Munilie «éjour
lui descend la Vierge Alangoà, « la Biche de lumière », qui conçoit sans père un cnfanl miraculeux, lequel est, à la dixième génération, Tancèlre du Tchinghiz Khan. Les Mongols, frères des Turcs, sont donc les descendants du Loup gris, et leur famille impériale lire origine de la Vierge « Biche de lumière » qui a conçu un Fils sans péché. Voilà la légende turque donnée par les Turcs et les Mongols à partir du xiii° siècle, les uns, comme musulmans, remontant jusqu'à Japhet, les autres, comme bouddhistes, intercalant dans la série une Vierge auréolée, pareille à la mère du Bouddha Sakya Mouni.
Voici maintenant la légende turque pure, telle que la connaissaient les Chinois au vi*' siècle, avant Tislamisme, le bouddhisme, et Tempire mongol. Les ancêtres des Turcs étaient des tribus rompues appartenant à des clans divers. Leur nom de famille (éponyme) était A-sse-na, qui donne exactement, en orthographe chinoise, le mot mongol et turc archaïque Tchénè ou Tsêné, « loup ». L'empereur (chinois) Thaï-Wou, de la dynastie des Oueï postérieurs, ayant détruit la tribu des Tsin-ki-chi (qui faisait partie de la Confédération des llioung Nou), cinq cents familles des /l-«se-na, « loups, )) s'enfuirent, et demeurèrent de génération en génération sur les monts Kin-Chan (montagnes d'Or, en turc, Allyn-lagh), où ils travaillèrent à la fabrication d'instruments en /Vr ^ Suivant certains auteurs, leurs ancêtres avaient fondé un royaume sur les bords de la mer Occidentale (Caspienne). Un roi voisin les extermina tous, à l'exception d'un jeune homme qu*on jeta dans un marais, après lui avoir coupé les- pieds et les mains. Une louve lui apportait à manger; un jour, clic l'emmena vers l'orient do la mer Occidentale, sur une haute montagne, dans une
1. On rclroiivo encore ici la légende du f>r;on a vu plui haut, p. S, celle de la Forge de (lengiskhan.
LES ORIGINBS 87
caverne, où il y avait une plaine couverte de pâturages : c*élait au nord-ouest du pays des Hauts Chariots. La louve mit au monde dix fils, dont Tun s'appelait A-sse-na, « le loup » . Il devint roi des Turcs. Un homme nommé A-Hien-Clie se mit à la tète de sa horde, et la fit sortir de la caverne.
On voit que la légende turco-chinoise concorde absolument avec la légende turco-mongole. Les Turcs (y compris ceux qui firent plus tard partie de la Confédération mongole) ont pour origine des clans rompus, échappés à un grand désastre qu a subi la puissante nation des Hioung Nou, puis réfugiés dans les vallées de TAltaï, au nord du Tian Chan des Chinois, du Tengri Dagh des Turcs, de TEk-dagh des Byzantins : Tian, Tengri^ Ek, en chinois, en turc, en magyar et en turc archaïque, signifient également « Ciel »; ce sont nos a Montagnes Célestes ». VErkené Koun est dans le Tian Chan Pé'lou « la route du Nord >», des Chinois. Les Turcs en sont sortis sous le règne d*un héros éponyme d'une tribu, qui s'appelait le Louj) gi'is, et sous la conduite d*un homme qui était « le Forgeron » ou le chef du fer. Cet exode eut Heu vers la fin du v** siècle. Moins de cent ans après, nous voyons la nation des Turcs, devenue très puissante, en correspondance régulière avec Tcmpereur de Chine, et avec Tempereur romain, auquel le roi des Turcs fait tenir une lettre écrite en caractères scylhiques, « Ypàu^xa 70 SxuOixov ». Ceci se passe en 568. La stèle de Keul Tékine est datée 733. A cette époque, la plus ancienne écriture turque connue, •;piajAx TX'jÔtxov, était donc âgée d'au moins cent soixante ans.
Voici, maintenant, les fails réels. Au nord de la Chine, i depuis un temps immémorial, vivaient des peuples nomades, . que les Chinois désignaient par un nom collectif, « Hioung Nou », qui signifie dans leur langue « esclaves rebelles * ». !
I. Comme itd appellent, aujourd'hui, les Tangoulrs Si Fan, • Occidentaux barbares •» comme il8ap|>ellentle4 Kuro[>êenh fan Kouei^ « Barbares» roux •.
88 INTRODUCTION A L'fllSTOlHK DB L'aSIB
Ces peuplades avaienl formé une puissante confédération dont le souverain portait le nom (orthographié à la chinoise) de Tchen Vu ou Tan-Jou, précédé du litre « Tseng-li-ko-to >». Le nom est inintelligible sous cette forme, soit parce que les Chinois Tont trop défiguré, soit parce que notre vocabulaire archaïque turc, mongol, etc., est trop incomplet pour permettre de le reconnaître * ; mais le titre est pur turc : Tengri Koul^ (( Pouvoir du Ciel ». Les souverains mongols le portaient au xni'' siècle; Marco Polo le traduit par « Force du Ciel ». Le tilre officiel de Tempereur des Hioung Nou était donc composé en langue turque, et investissait les souverains d*uu caractère sacré.
Dès le 1°' siècle avant Tère chrétienne, les Chinois, unis et prospères sous la dynastie des Han, avaient pris rofTensivc contre les Ilioung Nou. En 121 (av. J.-C), un de leurs généraux conquérait tout le Pé-lou, jusqu'aux Marches. Trois siècles avant, le grand empereur Iloang Ti, fondateur de la dynastie des Thsin, après avoir rétabli Tunité de Tempire chinois, démembré depuis cinq cents ans et plus en une vingtaine de principautés féodales, puis finalement en sept royaumes, avait pénétré dans le pays des barbares du nordouest. Il avait chassé les Hioung Nou des pays que leurs descendants ont si souvent reconquis depuis, ceux qui forment la province actuelle de Chen Si, à Tintérieur de la
i. Tchen Yu est inintelligible, mais la traduction peut être rétablie. Les annales chinoises dites Pien i Tien (Extraits par Stanislas Julien, p. 6) portent à Tannée 552: u Toumen (chef des 7bt£-A7of<efouTurcs) se donna le litre d7-/ikhanjïQOi qui a le même sens qu'autrefois Chen Yu. • lli, en turc du vi' siècle, signifiail • illustre, resplendissant », ce qui justifie le sens de • face lumineuse • que les Chinois attribuent & Chen Yu. Le nom et titre exart du souverain ou khan des Hioung Nou était donc • le Resplendissant Pouvoir du Ciel «1. il se pourrait que Tchiwjhiz^ dont nous avons fait (icngiskhaUf soit une forme dialectale de Tchen Yu. On verra» plus loin, que j*ai adopté, pour TchinghiZy letymologie consacrée du mot archaïque mongol Tchingy « ferme» inflexible »; mais, plus que probablement, le vrai sens est le même que celui du vieux turc El, //i, - illustre •. titre que la stèle de Keul Té ki ne donne û la Chine et à son Empereur.
grande concavité du Fleuve-Jaune. Il les avait rejetés au delà des Marches, réuni par un immense travail les ouvrages de défense locale que les sept royaumes avaient élevés contre les Barbares : c'est le mur long de dix mille lis, la fameuse Grande Muraille (214-204 av. J.-C). L'archimandrite Palladius, passant la Grande Muraille, décrit Taspect sinistre des Marches, bosselées par les squelettes des forteresses mortes, et leur paix profonde, et ce grand silence, après le fracas de tant de batailles et d'assauts.
<c De Kyng-Yong Koan jusqu'à la Grande Muraille, pendant douze verstes, la roule suit un défilé étroit et sinueux qui s élève graduellement. Partout, dans ce défilé, ce ne sont que créneaux, tours, ruines ou vestiges de murailles. Les torrents ont creusé dans le défilé un large et profond ravin, parfois des murs entiers et d'anciennes galeries ont élé emportés par les eaux... Le défilé se resserre de plus en plus, et finit par s'élever en pente raide jusqu'aux portes de la Grande Muraille '... L'énorme place d'armes de Kyn-Yong Koan, se dessinant en ligne sinueuse sur les monls et les rochers, les ruines d'ouvrages fortifiés, qu'on rencontre à chaque pas, les lours de garde restées intactes, les abris des sentinelles de guerre, tout ici rappelle les temps héroïques de la Chine et ses luttes avec les barbares du Nord '. »
Des mercenaires turcs, à la solde de « l'Illustre Nation >», servaient de guetteurs, soutenaient l'alarme et le premier choc de leurs compatriotes insoumis. Lorsque, entre le ciel bleu et la terre sombre, les tourbillons de poussière jaune voilaient le jour, aux beffrois de la Grande Muraille les gardes-frontière turcs sonnaient le tocsin sur leurs gongs do bronze. Ils s'appelaient eux-mêmes Ongtoulotik, qui signifie,
1. îjc %o>aKtMir va de Pékin a Kiakhla et, par conséqucnlf de rinlérieur de la Grande Muraille à rexlérieur
2. L'archimandrite Palladius, Deu.r trav^rséea de la .^ouf/'ti'c^ p. 11-12.
peut-être, « la troupe de la Muraille ' », et peut-être, du mot Ong^ « droite ou sud », « la troupe du sud ». Plus tard, ce nom fut contracté en Ong-out.
Au nœud du chemin de ronde, de la roule militaire derrière la grande muraille, Hoang Ti avait bravement établi sa capitale en plein Chen Si, à portée des barbares du Nord et de ceux de TOuest. L*esprit rétrograde et Tincorrigible particularisme de Taristocratie chinoise défirent Tœuvre du grand empereur. De nouveau la Chine, partagée en huit royaumes, déchirée par les factions, impuissante au dehors, se blottit derrière les Marches, abritée désormais par sa muraille. Maintenant, un nouvel empereur Hoang-Ti, originaire du Chen-Si, avait refait l'unité nationale, aidé par les montagnards du Ho-Nan^ « Sud du fleuve », du pays où toujours, aux heures de crise, a battu, vivace, le cœur de la Chine. Les empereurs Han avaient repris Tœuvre patriotique des Thsin, la conquête des Marches et la soumission des barbares, leur assimilation par la force des armes d*abord, puis par Tesprit, par les manières, par l'éducation, par tout ce qui fait la civilisation chinoise. Ce que les Han ont tenté, en réalité, c'était de chinoiser les Turcs du Nord et les Iraniens de l'Ouest. Depuis, la Chine n'a jamais renoncé à leur politique; conquête des Marches, assimilation des peuples qui les habitent, c'est la politique tradilionnelle, nationale de la Chine depuis dix-huit cents ans. On verra que les Mongols, comme empereurs chinois, n'ont pas fait autre chose que suivre la tradition des empereurs Han, et de leurs successeurs les Thang.
C'est à partir de Tannée 121 que la tactique et la politique chinoise s'affirment. Il s'agit de rompre la masse des barbares, unie sous la domination du Tchen Yu, « Pouvoir du
1. tt Des Chinois Ongtoutouk avec les cinq balai lions, au sommet du Seukiêp je me suis baUu. • [Die AUturkischen inschriflen der Monf/olei, p. aU.) Il paraît s'agir d'une révolte des Ongout, contre lesquels l'Empereur emploie d'autres mercenaires turcs.
Ciel »; il faul la couper en deux tronçons, refouler au loin, vers le nord et vers Touest, les peuplades qu'on aura rejetées au delà des Marches, assimiler celles qu'on aura retenues en deçà, entre les Marches et la Grande Muraille; dans les Marches mêmes, planter une barrière infranchissable de colons chinois, dépeuples chinoises, qui séparera, pour toujours, les deux tronçons taillés dans la masse compacte des HioungNou. En 112, les Chinois ont dépassé les Marches du Nord, tiennent la vallée de Tlli, les débouchés de celle du Syr Darya; en 108, ils sont mallres des Marches du Sud, de Hami, de Tourfan ; aulour de leurs postes militaires, de leurs comptoirs, les nomades se groupent, se fixent, deviennent des Oigour^ des « soumis * », par opposition aux « insoumis marrons », aux Kirgliiz * Kazak, repoussés vers Touest. En deçà des Marches, les peuplades englobées par les Hioung Nou, sans cohésion nationale, simplement soumises au Tchen Yu, comme le furent plus tard à TAtlila les Âlains, les Gots, les Bulgares, etc., se dissolvaient rapidement, et se fondaient dans la masse chinoise, renforçaient la barrière entre les deux masses de langue turque, celle qu'on captait à Test des Marches, et celles qu'on refoulait à l'ouest. Dans ce ii'' siècle avant Tère, « on comptait, depuis la capitale de la Chine jusqu'au Dabja ou Davan, neuf idiomes différents, mais à partir du Davan jusqu'à Ansi (Parthiene) on ne parlait plus que des dialectes de la langue turque '. » De ces peuples non turcs,
1. De même, tes Espagnols partageaient leurs Indiens en Indios Manzos, ce qui correspond exarlcment à O'iyour, el en Indios bravox, qui traduit très bien kirghiz Hazak.
2. A partir du viti* siècle (731) au plus tard, le mol de Kirkiz (Kirghiz) figure comme un véritable ethnique, et ne paraît pas représenter une confc* déralion. • Les Titxitains, les Kirkiz, les trois Kourikan, les trente Talar, les
Kilai Les ueuf Ogouz, les Kirkiz, les trente Talar, les Kitaï Les Cha
kirfcii... Les Karluk... Les Basmal Karluk... Les Kitaï-Tatahy. • {Oie Atttùrkiêchen inschriften der Mongolei, passim.)
3. Donner, Inscriptions de l'Orkhon, XLlt. Par Davane^ il faut entendre le Terek Oaran^ le « Port des peupliers •, c'est-à-dire, le San^Lou^ le passage des
9â INTRODUCTION A L*H1ST01RE DE L'ASIE
ce qui ne s'assimilait pas aux Chinois était violemment refoulé dans le Si Yu, « le grand Ouest », ou repoussé vers le sud de THexapole, dans les Pamir ^ « le pays des Causses », vers rinde, vers le Ki-Pin, la « Cophëne » des Grecs. De ce côté sont les restes des Turcs primitifs, « Sakae, Massagetac », et les Indo-Scythes des Hellènes, les « Getae » des Latins, les grands et les petits « Yue-tchi » des Chinois. Au nord sont, maintenant, du côté de Touest, les Kipichaky u gens de la steppe », et les Kirghiz Kazak, « nomades insoumis », séparés par la barrière des Marches, par les Otgour^ « les soumis, les civilisés », de la masse groupée autour du Tchen Yu de Test, arrêtée au sud par la Grande Muraille, pressée au nord et à rOrient par d'autres barbares, les ancêtres des Toungouzes et des Mandchous actuels, bouclée au sud-ouest par les rudes peuplades tibétaines, étranglée, à cette issue, par le défilé entre la Grande Muraille et les montagnes, désormais livrée à l'éducation chinoise.
Après la conquête des Marches, c'est vers le nord-ouest que les Chinois portent leurs eflbrts, pour dégager les débouchés du Pé-lou, et achever d'isoler les HioungNou orientaux. En 104, ils s'aventurent trop loin au milieu des Kirghiz, perdent une armée dans les steppes; mais les barbares d'Orient étaient si bien enclos entre les Marches et la Muraille qu'en 51 , le Tchen Yu, « Pouvoir du Ciel », venait faire sa soumission à l'empereur de Chine^ dans sa capitale de Si-Ngan-Fou, et lui demandaitl'iuvestiture comme vassal. J'emploie le terme (( investiture », auquel nous sommes habitués; il est inexact, ici. En réalité, suivant la coutume turque de l'adoption à rebours, le Tchen Yu reconnaît « l'illustre Empereur » pour son père, lui demande un nom \ et ne communique plus avec
Six Villes ou Rachgarie, en Fergana. Pour An-i^iy je donnerai rorthograplic
A-Si, A-Su, et j'éleads la dénoniinalioD jus(|u*au Kouban, au pays des <\lains.
1. - Les bega (seigneurs) lurcs abandonnèrent leurs noms lurcs; de ltcg$
lui, officiellement, que sous ce nom nouveau, sous ce nom chinois sollicité et obtenu. A partir de ce moment, les souverains hioung nou, puis les Turcs, vont porter deux noms, < Tun national, Tautre chinois, qui date du moment où « TU- ; lustre Empereur » les adopte, les nomme, et leur donne un litre équivalent à une charge ou à un apanage. C*est comme grands officiers impériaux ou comme apanages qu*ils feront désormais la guerre à la Chine, réclamant leur part dans la succession par les armes. C'est maintenant qu'ils sont vraiment des Hioung A^0M,des « serviteurs rebelles » de l'Illustre Empereur. De même, nous verrons, plus tard, les Turcs occidentaux convertis à Tlslam solliciter des adoptions, des charges et des apanages chez les Khalifes, prendre des noms arabes, et revendiquer, de force, les droits qu'ils attachent à des litres purement honorifiques.
Soixante ans de troubles et de révolutions en Chine n'interrompirent pas la tradition ; les barbares furent tenus en bride, malgré leurs tentatives de révolte. Lorsque la dynastie des Ilan orientaux fut solidement établie, mettant la capitale de l'empire au cœur du pays, à Lo-Yang, dans cette patriotique province de Ho-Nan d'où la Chine a tant de fois pris son élan contre l'étranger, la politique de conquête au nord et à Touest, la politique d'assimilation des barbares intérieurs, d'expansion contre les barbares extérieurs, devint vraiment nationale. On peut observer, à cette époque, un curieux parallélisme entre le grand empire romain d'Occident et le grand empire chinois d'extrême Orient. Tous deux reçoivent ftimullanéroent, l'un la bonne nouvelle du Christ, l'autre, la
(mandarins) chinois, noms rhinois adoptant, à nilustre Kngan (rempcreur de Chine) soumis, à lui cinquante années leur intelligence et force ils donnèrent. • (Monument du Bilgué Khiigan, année 731, dans Alttùrkischen intehriflen der àionffolei, p. 41.) — lis donnent à l'Iliustre Emf^ereur leur • intelligence e! force », comme ses enfants, ayant reçu leurs noms de lui, leur • |>ëre et mère «.
bonne nouvelle du Bouddha; et dans cette grande joie des peuples, de rudes et fermes empereurs domptent les barbares d'Occident depuis les Marches rhénanes jusqu'au Danube, et ceux d'Orient depuis les Marches dlli jusqu*à la Caspienne. Les Han orientaux correspondeat aux Ântonins de Rome, à quelques dizaines d'années de différence; le calendrier des confesseurs bouddhistes, dans les Marches chinoises, ressemble à celui des martyrs chrétiens dans les Gaules. Comme au christianisme les empereurs romains opposèrent la vieille tradition littéraire païenne, de même au bouddhisme les nationalistes chinois opposèrent les vieux livres détruits par les Thsin, si soigneusement recherchés par les premiers Han. C'est Tépoque des grands compilateurs, et celle de Tapothéoso de Confucius.
En 46, la politique nationale chinoise obtient un résultat décisif; les Hioung Nou orientaux, séparés des occidentaux par la conquête des Marches et par Tappui donné aux Oïgour, sont à leur tour rompus en deux tronçons. Leur Tchen Yu était en compétition avec son frère aine. Celui-ci, conformément au droit turc, réclama la part mobile de l'héritage, c'est-à-dire Tarmée, réunit ses bandes, entraîna, de gré ou de force, huit des clans confédérés à sa suite, traversa le désert, et vint demander l'adoption à llllustre Empereur. Les Chinois, qui probablement avaient eu la main dans l'intrigue, s'empressèrent d'accepter, reconnurent le prétendant hioung nou pour légitime, et cantonnèrent ses sujets dans les Marches du nord, le long de la Grande Muraille. Les Turcs n'ont pas oublié le souvenir d'une migration qui liait la destinée d'une partie des leurs à celle du grand empire chinois ; au xvn, siècle, Aboulghazi en trouvait encore le souvenir dans leurs anciennes traditions : « Les Chinois, dit-il, avaient élevé autour de leur pays une haute muraille dont les deux bouts louchaient à la mer... ; une pareille muraille s'appelle dans leur
langue Ongou,,. Les souverains de la Chine proposèrent à des clans turcs de se charger de la garde des portes moyennant une solde annuelle. Les Turcs acceptèrent, de père en fils, furent les gardiens de la Muraille, d où on leur donne le nom A'Ongoui *. »
D'autres tribus turques occupaient déjà les Marches du nord, avant Tarrivée de leurs compatriotes et cousins, profitant de rimmense marché chinois, vendant les produits de leurs troupeaux et de leurs chasses pour des étoffes, de la quincaillerie, du grain; peut-être même, dès cette époque, les Chinois frappaient-ils, à l'usage de ces Turcs, une monnaie spéciale; quoi qu'il en soit, on possède des exemplaires de monnaies sino-turques^ portant une inscription bilingue en caractères chinois d'un côté, paléo-turcs * de Fautre; la légende chinoise de Tune de ces monnaies signifie u valeur courante de la période Kaï Youen » et peut remonter jusqu'à 621. Les caractères turcs donnent la valeur.
A Toccasion, ces Turcs des Marches, quand ils n'étaient pas à la solde chinoise, pillaient volontiers le plat pays, le long de la muraille, et à l'intérieur du grand coude .que forme le Fleuve-Jaune. L'arrivée de nouveaux concurrents et amis, que l'Illustre Empereur ne pouvait solder ou nourrir tous, les rendait plus turbulents et plus audacieux. Ils recommencèrent leurs pilleries au sud du fleuve, tout en présentant, comme d'habitude, à la cour de Chine, leurs compliments, leurs excuses et leurs doléances, avec leurs offres de service. En 72, l'empereur Ming-Ti résolut de frapper un grand coup pour en finir. Le plan, parfaitement adapté au caractère turc, était do châtier les plus rebelles, de contenir les autres
1. « En monffol, ajoute très bien Aboulghazi, le / flnat du mol Ongottt est le signe de Tadjertir relatif. • Il est aussi la marque du pluriel.
S. Urouin, la Monnaie bilingue de Minoussinsk, Bulletin de Numisma» tique^ mars f8U2, el suite du même dans Bnh, and Or, Hecord^ nov. 4892.
et de s*en débarrasser en les employant à des guerres lointaines. On trouvait ainsi moyen d*éclaircir des populations trop denses pour mener leur vie de vagabondage et de fainéantise sur les réserves qui leur étaient assignées; Tinfatigabie colon chinois profiterait des vides pour transformer les friches en labours. L'homme capable de mener à bonne fin l'entreprise, de dompter les grandes compagnies turques et de les réduire, était tout trouvé; il s'appelait Pan-Tcliao. Au caraclëre qu'il fallait pour mener ces hobereaux nomades et ces routiers, il joignait le génie des grandes entreprises militaires; c'était un Duguesclin, avccTimaginationetles grandes envolées d'un Annibal. Il commença par nettoyer le pays, puis fit carré le pré de l'empereur.
En 76, le Nan-Lou était conquis et organisé, les Hioung Nou septentrionaux, malgré deux essais d'offensive, délogés du Pé-Lou. Cette même année 76, Pan-Tchao, rappelé en Chine par un nouvel empereur, exposait dans un mémoire son plan politique et militaire. La conquête du Grand Ouest ne coûterait à l'Illustre Empereur ni un homme de ses sujets nationaux, ni une once d'argent de son trésor, si on suivait son plan. Il fallait grouper en fédération, sous le protectorat impérial, les peuples belliqueux des Marches et les roitelets de l'Ouest ; eux-mêmes fourniraient les hommes, eux-mêmes fourniraient les deniers; la Chine donnerait l'impulsion, la dirigerait, organiserait les masses barbares, les conduirait à la conquête de l'Occident, toujours plus loin des frontières derrière lesquelles l'active fourmilière chinoise, labourant et travaillant en paix, créait la richesse. Quant à ce qui restait des Hioung Nou du Nord, il s'en chargeait; contre ces incorrigibles on avait formé un véritable plan d'extermination; c'est en Tan 92 qu'un lieutenant de Pan-Tchao l'exécuta, pendant que le héros lui-mêm^ conduisait ses bandes turques, gètes, afghanes, à la conquête de l'Ouest. Une armée chinoise
ferma Tissue du Pé-Lou, aux sources de l'irlyche, refoulant les HiouDg Nou vers Test, et les acculant aux gorges de TAltaï ; par le sud, on lança sur eux leurs rivaux les Turcs déjà nantis, les Oïgour de la Penlapole; par Test et par le nord, leurs mortels ennemis, Talares des bois et Toungouzes, de vrais sauvages, ceux-là. Les Hioung Nou cherchèrent à se faire jour par le hautirtyche; ils offrirent la bataille et la perdirent. Quelques tribus rompirent le cercle des traqueurs, du côtédeTouest, prirent la steppe, allèrent demander Tadoption en Kiptchak, ou se firent marronnes sur la lande, se fondirent aux autres Kazak et Kirghiz; celles-là, nous les retrouverons entre le Yaïk (Oural) et Tldil (Volga), puis sur le Kouban, puis sur le Don, puis sur le Danube; elles domineront les Finnois du plateau Yogour entre Yaïk et Idil, et les emmèneront aux grandes aventures, sous leurs noms de Huns, de IIunsYogoures (Hunnigoures), d'Abares, de Magyars, jusqu'à ce que le gros de la nation apparaisse lui-même, et qu'on entende parler des Patzinakes ', des Ouzes *, des Koukanis ou Coumanis, venus du Kouban, qui s'appellent Kiptchak, des Turkmènes ou Turcs du Terck. Du reste, les uns
1. PeU*hën^gues, Hcdjnak des Arabes; Tethnique est : Betchène; Aboulghazi (p. 58 traiJ., 5C-56 texte) apparente les Beichène aux Kiai, qui sont des Mongols, et dit que quatre de leurs clans ont émigré. Bedjnak est formé régulièrement sur Betchène» comme Soghd-ak sur Soghd^ Togm-ak sur Togo,
2. La véritable orthographe turque ancienne est Ogouz\ elle est donnée par rinsrription de Ditguè Khan qui parle toujours des Ogouz comme d'une confédération : dokous Ogouz, • les neuf Ogouz •. Des noms de ce genre sont fréquents» pour des confédérations turipics, et le restent jusiprà nos jours; Tekk^y - le bouquetin •, est le nom de la plus importante confédération turcomane; Baguich, • l'élan •, est un grou|>e kirghiz. Ce sont aussi des éponymes : S^ié, tchèné^ tchino, en turc archaïque et en mongol, éponyme de Hot^ tchinoy • le loup gris •, VA^sse-na des Chinois, ancêtre des Turcs; Goa^ • la biche •, ciuinyme iVAIang Goa, • la biche lumineuse », mère de:» Turcs. On verra, plus loin, rillnslre famille des Bougou, • le grand cerf •• lyOgt/uz^ où Taccent tonique est sur la dernière syllabe, les Arabes ont fait Ghoui; la phonétique turque a transformé Ogouz en Ouz, Les inscriptions de Mongolie accotent fréquemment aux Ogouz leur titre national de • Turc dans un double sens politique et ethnique : • Turk Ogouz bèglèri boudoun — Turcs Ogouzes, seigneurs et peuple (p. 15 — 2). — Turk Ogouz bèg 1er i ffou^ dounniy ^tid : Turcs Ogouzes, seigneurs et peuple, oyez! • (p. 5o — 18).
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sont dispersés, exterminés, par les Oïgour, les Chinois, les Talares ; des autres une poignée va se jeter dans FAItaï, y cherche un abri dans les gorges, dans les vallées profondes, y vit, obscure, s*y maintient, s*y multiplie. Lorsque, quatre siècles après, leurs descendants sortiront de YErkené Koun sous la conduite du Loup Gris et du Forgeron, le nom même des ancêtres aura disparu : ce ne seront plus des Hioung Nou, mais des Tou-Kioue, « des Turcs ».
Pan-Tchao poussa jusqu'à la Caspienne; il allait attaquer les Parlhes, et Rome derrière eux, quand TEmpereur le rappela.
Après la chute des Ilan orientaux (de Tan 25 à Tan 221), la Chine se morcela pour longtemps, et les barbares du Nord et de rOuest eurent beau jeu.
Comme à Rome le christianisme naissant, des sectes religieuses nouvelles désorganisaient Tan tique société chinoise; en 184, celle des Tao-Sse avait soulevé le formidable mouvement des (( Bonnets jaunes »; en 194, un aventurier militaire, Thsao-Thsao, dompta la révolte, rétablit Tordre, se fit dictateur; son fils fut empereur de la Chine du Nord, pendant que la Chine du Sud se partageait en deux royaumes. Celte Chine du Nord, entre la Grande Muraille et le Fleuve Bleu, ne pouvait vivre et se maintenir que par les armes des barbares, de ces Ilioung Nou méridionaux, de ces Turcs demi-chinoises par les Ilan qui demeuraient entre la Grande Muraille et le Fleuve-Jaune. A. partir de 308, les Turco-Chinois se partagent Tempire du Nord, s'y succèdent rapidement. Comme dans rOccident lointain à Rome, dans Icxtrèmc Orient des empereurs barbares défendaient TEmpirc contre d autres barbares. Pendant celte anarchie, les Turcs eux-mêmes fondent, en Chine, des royaumes nationaux indépendants.
Ce n'est qu'en 589 que Tunité de l'Empire est rétablie, et que le bouddhisme, sous une forme modifiée, est adopté par
les masses chinoises. On comprend que dans celte époque de troubles, les empereurs de la Chine du Nord, tantôt Turcs d'origine, tantôt arrivés au pouvoir par Tappui des Turcs, aient fait cause commune avec leurs sujets et vassaux barbares, et que la vie nationale des Hioung Nou méridionaux se confonde avec celle de la Chine septentrionale.
Au commencement du v** siècle, une partie des Turcs Kiptchak, maltresse du pays entre Oural et Volga, groupant sous sa domination les peuples finno-ougriens du Yogour, « du pays d'en haut », se lancent dans une suite d'expéditions, se disputent toute la région des plaines, depuis le Volga jusqu*au Danube, où leurs avant-gardes, connues des Européens sous le nom de Iluns, ont déjà trouvé fortune. Leurs lieux de réunion favoris sont les steppes au nord du Caucase, les prairies du Kouban et du Terek, et les. collines entre le Volga et la Kama. C'est de là que, suivant les chances de la guerre, ils se jettent sur l'Ouest, à la tête de leurs sujets, Metchères ou Magyars, Bachkirs dont le pays s*appelait au moyen Age la Grande Hongrie ', Bulgares,
4. Le magyar actuel est représenté, entre Oural et Volga, |>ar le dialeclc que parlent les VogouL Les mois turcs archaïques, de forme plus ancienne que ceux introduits en Hongrie, au xrii* siècle, par les Turcs Comans Kipt^ chak et aux xv* et xvi* par les Turcs Osmanlis, fourmillent en magyar. La confédération des Ihtu Magyar, « Sept Magyars », représente exactement, en turc, par le son et par le sens, « Yeli (prononcez yeteu) Madjar •* Parmi les sept tribus magyares et leurs sept chefs énuuiôrês par Constantin Porphyrogénëte (p. 165), Tune, • Ertèm •, est probablement estropiée du nom turc • Krkèro »; deux chefs ont des noms nationaux turcs et mongols, qu'on verra figurer plus loin dans celle histoire : Gour Koulan et Kaïdou. Le titre de la troisième dignité, chez ces Magyar^ esl le vieux titre turc de Tarkhan ^Constantin, i74. 'loréov 6t( o yuXs; xal o Kapxâv (totpxôtv) oûx elaîv ôvôiiara, Kvpia âX>àc il\i6\iaxa). Le même Constantin (p. 1C9) raconte qu'après que les Magyars eurent été vaincus, dans leur pays, par les Kankar (probablement les kankli)^ la moitié d'entre eux s'en fut à l'est de la Perse (crpôv àvaToXriv de ?o rf,; crcpmio;) et reprit son vieux nom (âp/atocv ênrwvjiitav) de ^aôapiot ot^faXot, c'est-a-dire • habitants de Sabartoiaspbali •. Clmberto en Pé-Lou et Otebcrlau entre Samarkande et Cazna sont deux noms de lieu turcs également connus, qui signillenl « les boues, les marcs •. «L'n afnuent de VAba' kan, dans le pays couvert de petits lacs marécageux, entre le réseau de la haute Tohoi et du haut Oural, porte encore le nom de Madjar, 11 y a plu-
100 INTRODUCTION A L^IIISTOIRE DB L'aSIE
Âbares ', ou, réduits à se faire Kazaks, se dispersent dans les vallées du Caucase, dans les marais d'Azof, et se fondent ou se superposent aux ASu^ comme les appellent les Chinois, aux Alani, Alahis ', comme les nomment les Européens, à nos Ossèles ou Asi-ates d'aujourd'hui, et à d'autres peuplades plus ou moins autochtones. Parmi les Kiptchak paraissent, dès le v"" siècle, des Kankli et des Kalatch, les uns connus des Grecs sous le nom de y)taOai, yoXuOal, et plus tard, des Russes, sous celui de Turkmènes '; les autres sont les 7Ve-/e
sieurs Safnirio (Chabarlo, Clieberlo) en Pé-Lou. Suivant qu'on lira ïasphall, hasphali ou tasphali, le falu magyar étant le mî^mc mot que le balik turn et mongol, on traduira : C/i^6eWo (les Miirais) de la Ville Verte^ ou Cheberto des cinq villes (en Pentapole), ou Cheberto de la Ville Murée.
i. Les Ahares du Danube, comme le dit très bien Théophylactc, qui ccrtvail vers 620, et qui est le mieux informé des choses turques parmi les Byzantins sont de faux Abares qui se sont octroyé ce nom, et dont le chef a pris le titre turc de Khat/an^ pour se donner de l'importance et faire payer ses services plus cher chez les Romains. On voit encore ici un type caractéristique d'une de ces confédérations flnno-turques qui se faisaient et %e, défaisaient sans cesse en Kiplchak avec des éléments locaux elles tribus rompues des Hioung Nou occidentaux. Théophylacte raconte que les vrais Abares ayant été vaincus par le khagan des Turcs, une partie d'entre eux s*cn allèrent en Taugastf cité illustre, • ttjv Ta'j^ÔLTx napavîvovTa», cjoXtç émçavy,; -, et l'autre se réfugia chez un peuple nommé • Movxpî -, qui habite sur les confins de Taugasl, • à'ôvoc f:TXT,<néaTaTov xûiv Ta'wvàdT • (p. 283). L<*s inscriptions turques de TOrkhon nommeut les Chinois El Tavtjalch (ou Tavgats), • l'Illustre Nation •*. Les vrais Abares, dont les pscudo-abarcs de Pannonie se sont détachés, faisaient donc partie du monde turc, et relevaient de la Chine comme arriére- vassaux. On \oil clairement, ici, c >mme toutes ces peuplades mixtes se tiennent depuis le Danube jusqu'à la Grande Muraille.
2. L'ethnique était donc As, que les Chinois ont orthographié Asu et les Russes estropié en Osai, Osselhi. Le nom Alan est probablement arrivé aux Romains par les Turcs, dans la langue ancienne des4|uels il signifie simple* ment - montagnards ». Le pays d'Alan^ traduit en turc moderne, s'appelle Daghestan^ • pays des montagnes •.
3. Chronique de Nestor, p. 3^, 6S et 195; les Russes connaissent, d'abord, les Bétchènc (Petchénëgues), puis, les Turcs, les Turcomans et les Comans (Kiptchak); ils savent, d'ailleurs, qu'ils funt partie d'une seule et même famille, comme on le voit par la chronique de Nestor. — Année 915 : 'k Les Petchénëgues vinrent pour la première fois en Russie, et après avoir conclu la paix avec Igor, ils poussèrent jusqu'au Danube. • Nestor, p. 32. — Année 985 : u Vladimir fit venir par terre des Torks b. cheval el il vainquit les Bulgares. » Nestor, p. 68. — • Ismaél engendra douze fils, d'où \iennenl les Torkmens, les Pétchénègucs , les Torks, les Koumans, c'est-&-dire les Polovtses qui sortent du déserL » Nestor, p. i95.
des Chinois, les Télé-outes ' des Mongols, les lluns blancs, éph'lélites ou Abdélites * des Byzantins, et pour réduire le nom à riranienne, les Ab-Tëliies, ou Télé du bord de Teau; les Persans appellent encore aujourd'hui les Turcomans de rOxus Lebeb'Turkmènes, « Turcomans ripuaires m. Ces Iluns blancs ou Turcs ripuaires joignaient ensemble les Turco- Finnois et les Kiptchak entre Danube, Caucase, Volga, les Oïgour du Nan-Lou, ceux du Pé-Lou, et les Turcs proprement dits, Kankli, Kalalch, Karluk, des Marches de Chine. C*est à ces derniers, jaloux de s'emparer des Marches de Perse, qu'ils eurent affaire au v!*" siècle. A ce niomenl, ils sortaient, vainqueurs, mais affaiblis, d'une lutte plus que séculaire contre la Perse.
Dans le pays dTran, une révolution nationale avait fait succéder les Sassanides aux Parlhes. » Les Parthes, venus des confins de la Caspienne, voisins des tribus touraniennes qui leur fournissent le gros de leurs armées, transportent dans le monde iranien les mœurs et les instincts du désert. Ils n'ont point su relever la machine administrative de Darius, et à la grande unité centralisée des Achéménides, ont substitué la féodalité militaire... Tandis que l'orgueil de Home reconnaît en eux des égaux, parfois des vainqueurs, et les admet au partage du monde, la Perse, dans son Livre des Hois, fera tenir leurs quatre siècles en quarante lignes; elle ne connaît d'eux que quelques noms vagues et flottants :
\. Le T précédé de la voyelle maninanl le phiriel.
2. (:'e»l encore Tliéoplivlacte ({iii nous donne le vrai nom. \\ nous raronlc que le khafcan fll la guerre au chef des Ahdel dits Ephthalilfs [k la même é\*<j*{ue où U's Chinois raroiilent que le khn^au soumit les Tie-U), cl qu*il les deOl : • TÔv iOvip-^/jv Tfov 'A^StXcôv, 9T,pi\ Ir^ tiuv Àsvo^jLéveuv 'K^OocXitûv • p. 2Si). Le nom n'a pas chanKè jusqu'aujourd'hui; les Turcomans Ahdal, établis prf's de la Caspienne, sur l'emplacement de l'ancien lit du bas Oxus, et les Afghans AMat, na^Mière ri\erains du haut flruve, prcs de Koundouz, le portent encore Le non» turc est Tf^ufes ou Tt^h^s, • Teuies bt^ylèr Apa Tarknn — Des Teulês les Seigneurs Apa Tarkhan • — {l wtcrlplions de Mouffolie, p. 7), II); il s>sl conservé .«ous sa forme dialectale et archaïque cher. Ie<« TrticH, entre l't^lbourz et la rdte méridionale de la Caspienne.
102 INTRODUCTION A L'HISTOIRB DE L'aSIB
riiisloîre est vide et, selon la parole de son poète, « le trône d'ivoire n'a plus appartenu à personne », et des siècles se sont passés « pendant lesquels on dirait quMl n'y avait pas de rois sur la terre ». Les Sassanides rétablirent la monarchie et la nationalité iranienne. La nouvelle monarchie, pour renouer la tradition, se rattache, par une généalogie Active, au dernier des Achéménides ^ »
Contre les Sassanides, la haine turque était vivace. Aux Tèlè, aux Kalatch, aux Kankli du Sud, une barrière de fer, comme au temps des Achéménides, aux Sakes et aux Massagètes, fermait Taccès des Marches, de la Sogdiane, de Tllyrcanie, des routes vers le sud et Touest. Avec les Parthcs, on pouvait s'enlendre; Turcs et Alains ont toujours vécu en bonne intelligence, se querellant entre eux ou bataillant ensemble; mais ces Iraniens prétendaient dominer, conquérir, se défendre eux-mêmes. Leur chevalerie pesamment armée se passait du mercenaire turc, protégeait, contre lui, les cultures des grandes vallées au nord de TAmou Darya, et c'était au moment où la Chine, la terrible Chine, devenue barbare pressoit le plus les Hioung Nou, leur mettait le couteau sur la gorge et le marché en mains : rendus ou pendus. Avec rage, les Ripuaires Tèlo, ceux qui ne voulaient pas devenir les sous-vassaux des Chinois, les serviteurs des Turcs Oïgour, les domestiques des insolents Karluk, ou ceux qui ne pouvaient rejoindre les Kiptchak sur la lande, ni se faire Kirghiz Kazak, se débattirent contre les Sassanides; furieusement ils leur disputèrent les Marches de Médie et de Sogdiane. La lutte du Turc contre le Sassanidc est le sujet de Tépopce nationale persane, du Chah Xmneh^ « Livre royal * », qui raconte les combats dlran contre Touran. En fin de compte, malgré les victoires du héros
1. James Darmesleter, Coup (Tœil turV histoire de Ut l^et^se.