‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 44 sur 212 · AffiiEvé'ïTaTX rTpoTr,x«TO tt,v rrpEaociav, ï6irf · texte numérisé non relu

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Karluk (au centre et à Test), les Oïgour de Tllexapole et de la Pentapole n'entrant pas en compte, puisqu'ils sont directement soumis à Tun des royaumes chinois. L'ambassadeur turc, répondant à deux questions de l'empereur, déclare que les Tèlë (Ephtalites dans le texte) sont entièrement sujets au kagan turc, comme Nation Extérieure, payant tribut, et que les Abares rebelles, réfractaires à leur souverain turc, gens insoumis et contumaces, sont au nombre d'environ vingt mille. Nous retrouvons ici l'accord avec Théophylacte, et la distinction entre les Abares marrons, dont le soi-disant kagan est un imposteur, et les véritables Abares, sujets du kagan authentique des Turcs.

Toutes ces explications données, Maniakh déclare le but véritable de sa mission : il s*agit d'une alliance olTensive et défensive; les Turcs sont prêts à se battre contre tous ennemis de la puissance romaine *, et c'est ainsi, dit Ménandre, que le peuple des Turcs devint ami aux Romains '.

(le que les Turcs offraient, c'était le marché de la Chine, Fouverture de la route par laquelle ils enverraient directement à Rome la soie brute; ce qu'ils demandaient, c'était l'offensive en commun contre les Perses, qui barraient la route commerciale, contre les Abares, coupables du plus grand des crimes, dans leurs idées de Turcs, contre les Abares, coupables de rébellion et de désertion. Les Grecs ne comprirent pas, ou feignirent de ne pas comprendre; ils voulaient gagner du temps, s^enquérir, savoir au juste ce qu'était le roi des Turcs, ce qu'il pouvait. Au fond, entourés d'ennemis, disputés entre tant de barbares, ils n'osaient pas; ils avaient peur de se faire des affaires avec le khaghan des Abares et avec le Grand Roi sassanide. (^es Turcs ne dou-

1 KsTarTo*A:(ir;9aci ttJ; M*(o|ia!h>v ccitxpXTzia; tô ô-jasvk; (Mrnandre, 2yiM. Le mot grec 6'^9(xr,v est exactement le même (jue le persan cl le turc usmauli modernes : duchmèn.

t. "Ov-reo |iiv oC*v to ^vA'iV ti*. ToJp/ot çi>.oi ivévovTo I'(i)|i2!o:; (Menandre, 300,.

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114 INTRODUCTION A L'BISTOIRE DE L'aSIE

taienl de rien, et eux, ils craignaient tout. Le Dizaboul Mokan leur proposait un plan de campagne, leur demandait des armées, et probablement, dans ses habitudes de roi condottiere, des subsides, comme à Tcmpereur de Chine; ils envoyèrent une ambassade. Zémarque la conduisait, et Ménandre donne des fragments de sa relation. Quand elle arriva dans le Pé Lou, le Dizaboul Mokan était mort, et son frère cadet, le Tékine Dobo Khan, parlait pour les Marches de Perse; il emmena Tambassadeur romain jusqu'à Talas, entre le Tchou et le Syr Darya, malmena les ambassadeurs persans qui venaient à sa rencontre, fit tout pour le rassurer, le décider. Il ne put rien tirer de ce Grec timoré, embarrassé de sa propre mission. Quand les Grecs renvoyèrent ensuite Yalenlinos, un militaire, les Turcs ne le prirent pas au sérieux ; c'était sa deuxième ambassade ; depuis le traité conclu avec Justin, les relations étaient constantes entre TËmpire romain et la haute Asie. Les sujets du kagan, soit Sougdak appartenant aux Nations Extérieures, soit Chinois, soit gens des Nations Intérieures, venaient chercher fortune en Ta Thsin^ à Constanlinople. Valentinos n'emmena pas moins de cent six de ces Turcs, qui profitaient de l'occasion pour revoir leur pays *; ils allaient le trouver bien changé, après la mort du grand Dizaboul; ce vaillant kagan (Mokan) le Boumin Khan étant défunt, c( ses jeunes frères devinrent kagans, ses fils et neveux devinrent kagans, mais les jeunes frères n'étant point faits comme leur aine, les fils n'étant point faits comme leur père, d'ignorants kagans s'élevèrent, de fainéants kagans s'élevèrent ^ » Valentinos, d'après la relation de Ménandre, ne parait pas s'être aperçu que la crise par laquelle passait l'empire turc.

1. ... Kai To'jpxoi; (xaT^v erpb; ?oCc î\\ èv£firt(iouv ^àp rr,vt»z*jta ToCpnot Katà tb Bu!lâvTiov rfif[ ix ctoXXo'j... (Ménandre, p. 398.) â. AlUnrkischen InschrifteUi p. 6 — 4 cl 5»

LBS ORIGINES ilS

en cette année 575 où il remplit sa mission, était des plus sérieuses; du moins, la relation de Ménandre ne dit nen qui marque un changement considérable dans TËtat turc, sinon qu*il n'était plus divisé, comme du vivant de Dizaboul, en quatre commandements ou hégémonies, mais en huit lots

Après avoir traversé des pays qui correspondent à la Crimée, à la mer d^Azof, et à la Russie méridionale de nos jours, puis d^autres pays très difficiles, Yalentinos parvint à Vordou d'un des huit princes turcs; le mot turc et mongol oi*dou^ qui signifie « quartier général », à la fois militaire et princier, est fort exactement expliqué par l'expression grecque qu'emploie Ménandre, « Ta TîoXsjjLixa TijxêoAa ». La relation appelle le prince de cet ordou « Toip$avTo; », nom défiguré, probablement par la forme génitivc donnée à une transcription grecque « To'jpça; », qui correspond au nom turc archaïque d'homme et de peuple Turkèch *. Le plus ancien des huit princes est appelé « *Ap70.a; », notation estropiée du nom Arslan^ « Lion », très répandu chez les Turcs. De tous ces noms propres, le moins défiguré dans la relation, ou par les mauvaises leçons des manuscrits, est celui du prince qui commande à la Nation Intérieure, « svooTipco ytY£[i.ôva^ To'jpxwv », sur la Monlagne d'Or, « to ExtsX oso^ oJvaTai os to Extsa yp'jTotîv ». Le Grec appelle ce prince Tàooou, le nom turc étant Tardouch '.

Dans le « lotissage » de l'empire turc, après la mort du grand Boumin (Mokan) Khan, une partie des jjioipai, des « lots » de Test avait été attribuée au frère cadet du Bou* min, que les Chinois, les Turcs et les Mongols appellent également Tho-po, ou Dobo Khan, et dont les Byzantins

1 el â. " De mon cher nis, Turkéch Kagan, Makralch, le Karde du sceau, des Ogouz, le savant garde du sceau est venu; du kagan des Kirghiz, Tardouch el iDandjmour sont venus. • (AUtûrkischen înMchriflen^ p. 3i — 13.)

ne paraissent pas se douter; ce Dobo Khan, vrai chef de la Confédéralion, grassement payé par les Chinois, qui se disputaient son alliance *, s'était converti au bouddhisme. « Il y avait un religieux bouddhiste du royaume de Thsi, nommé lloei Lin, qui avait été enlevé de force, et se trouvait parmi les Tou-Kioue. Il parla à Tho-po-Khan, et lui dit : Si le royaume de Thsi est puissant et riche, cVst uniquement parce qu'on y observe la loi du Bouddha. — Il Tentretint alors des causes et des eflets, des œuvres et de leur rétribution. Tho-po, rayant entendu, eut foi en sa parole, et lit construire un Kia-Lan (couvent)... il observait le jeune, faisait le tour de la pagode et la salutation circulaire... Il regrettait de n'être pas né dans le pays du Milieu (la Chine) '. » Ce véritable empereur turc, bouddhiste et plus qu'à demi chinois, régnant, les princes, ses parents et con* fédérés de TOuest et de la Nation Intérieure avaient les mains liées; Tempire se dissolvait au profit de la Chine; eux, les Occidentaux, ne cherchaient plus qu'à tout risquer au compte du Ta-Thshiy de Rome, se sentant repoussés de l'Est. Quand ils virent Valentinos arriver les mains vides, ils éclatèrent en reproches. Turkëch, le plus compromis, paya d'audace, fut particulièrement insolent : « Vous êtes ces Romains qui avez dix langues et une seule fourberiel... Les Turcs ne mentent pas!... Votre espèce de roi, « 6 xaB' 0[jii; Sa^'Aci*; », il s'est allié à nos esclaves — les Abares, les Ouar et les Iluns I), et il s^emporle, déblatérant sur le compte de ces misérables, de ces rebelles, que le roi de Ta-Thsin traite de puissance à puissance, et qui rentreraient sous terre à la seule vue de son fouet, contre lesquels il ne tirerait même

i. • A celle époque» Tho-Po-Khan avait cent mille archers... Los Kmperciiri» des Tcheou ol des Thsi cherchaient, h Tenxi, à Taire avec lui une alliance de maria^ef el ils vidaient les coiïres de leur trésor pour le servir. • (Slan. Julien, p. 2U.)

â. Stanislas Julien, p. 2U-3U.

pas le sabre, s*ils avaient Timpudence de résister, mais que ses loyaux Turcs écraseraient comme vermine sous les pieds de leurs chevaux. Puis, brusquement, il vient au fait, accuse les Romains d'avoir fait suivre à ses envoyés la route des Marches de Perse et du Caucase, au lieu, dit-il, que la bonne route, que lui connaît bien, est par le Dniepr et le Danube, c*est-à-dire, à la turque, par le pays kiptchak. Et pour le prouver, il annonce à Valentinos qu'il va faire assiéger Bosporos en Crimée. En eiïel, à son retour à Byzance, Valentinos apprend qu'un capitaine turc nommé ^ôyavo; (le nom ne présente pas de difficulté, c'est Bouka-khan) a envahi la Crimée et pris Bosporos *.

Nous sommes en 575. Le roi lurc est encore maître de toute l'Asie septentrionale, depuis la Grande Muraille jusqu'au Don, et sa roule vers Fouest est par le Pé Lou et les steppes; il refuse de communiquer par le Nan-Lou, le Fergana, les marches de Perse et le Caucase.

« Vers devant (vers l'est), j'ai mené mon armée jusqu'à le pleine de Chaîidoung, vers la droite (vers le sud), jusqu'aux neuf Erzhiy mais sans atteindre les Tibétains, vers derrière (vers l'ouest), par-dessus le fleuve lèntchu (le Yaxarles) jusqu'à la Porte de Fer (en Transoxiane, au sud de Samar^ kande, près de Derbend), vers la gauche (vers le nord), jusqu'au pays de lèi'ing iarkou *. » Tel est l'empire turc aux vi' et vn'' siècles. A l'ouest, il a détruit ou assimilé, jusqu*au delà du Volga, les débris des Huns. Il est au delà du Volga, il est en Crimée, il est au Caucase; les Huns, maintenant, ce sont les Turcs.

Il y a un point obscur dans la relation; après que Turkèch a obligé les Romains à prendre part au deuil de son père (ce que Ménandre dit de la cérémonie concorde exactement

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