X AVANT-PROPOS
ils sont restés, malgré des tentatives remarquables (notamment dans Tlnde sous les premiers Grands Mogols), rivés à ces corps morts. Les affreuses guerres de religion du xvr siècle, entre Chiites et Sounnites, pour les Turcs de plus en plus isolés dans TAsie centrale, la politique chinoise pour les Mongols, déjàséparés par le bouddhisme de leurs cousins musulmans, et de plus en plus assouplis par leurs lamas, achevèrent de détremper les caractères et de déformer la pensée chez ces fortes nations. « Des Mongols! 11 n'y en a plus! disait l'empereur Kien Long; leurs prêtres les ont domestiqués. » Et Thistorien chinois qui cite son grand empereur ajoute : « Les sentiments de piété ont étouffé chez eux la passion de la tuerie; la croyance à des récompenses futures a dompté leur fierté : c'est la victoire de Tsong Khaba (l'apôtre de la réforme bouddhiste), suivie de résultats si heureux pour la Chine et le reste du monde *. »
Quand l'esprit religieux eut étouffé l'esprit militaire chez les Turcs et les Mongols, énervé leurs sociétés par la fainéantise du mysticisme, enfermé leur intelligence dans un bigotisme étroit, dévié leur droiture native au gré d'une intolérance farouche, leurs empires se sont désagrégés, et ils sont devenus une poussière de peuples. Leurs sociétés organisées, qui avaient eu, au moyen Age, le sens très vif de la nationalité, dans tout ce qu'il comporte d'ampleur, n'ont plus compris que le natio-
1. Cité d'après rarchimandrite Palladius : Deux traversées de la Mon^ golie^ p. 12.