Koukou Sor en diookoI
2. Plus Inrd Si fan^ « Barbareâ de TOucst », cl sous d'autres noms, /W, d*ou Thon Bod, • Tibel •, Tangoules, etc.
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phraseurs, n'abordaient qu'avec d'infinies précautions, malgré toutes leurs harangues. Devenus subitement les meilleurs amis du monde, aventuriers musulmans et bandouliers bouddhistes repassèrent le Port des Peupliers (716) et allèrent ensemble, dans le Nan-Lou, assiéger les bonnes villes turques et oïgoures qui tenaient pour le suzerain, l'empereur de Chine. Si obtus que fussent les Turcs, ils comprirent qu'on voulait leur retirer la route du sud, leur gagne-pain, et tourner le Pé-Lou; ceux du Bich-Balik, « de la Pentapole », accoururent sous les drapeaux des recruteurs chinois, au service de l'Illustre Empereur, balayèrent les envahisseurs de l'Hexapole, et dégagèrent les avenues occidentales de l'empire. Depuis ce coup de balai à la turque, les montagnards n'essayèrent plus rien du côté de l'ouest, mais guellèrcnt à l'affût, courant la basse terre dès qu'elle était dégarnie de troupes. Dans ce désordre, la tentation était trop forte pour les Turcs, Kirghiz de tribus rompues, Oïgour ruinés par les guerres, Karluk mécontents de la solde chinoise, Naïmane bouddhistes endoctrinés par les lamas tibétains, et jaloux des faveurs que l'empereur Thang accordait à leurs concurrents, les Turcs Kéraît christianisés; ils suivirent le dicton : « Dùt-on sabrer la maison de ton père, sabre avec les camarades » ; ils sabrèrent à tort et à travers, les uns contre les autres, pour les Chinois, contre les Chinois, pour les Tibétains, au hasard, pour le plaisir. Le Bilgué Khan a inscrit, sur sa stèle, ses chevauchées contre les Tibétains, les Tangout, les Oïgour et la Pentapole. Les âpres et toujours faméliques montagnards profitèrent de la désorganisation des Marches, prirent leur revanche de dix défaites que leur avaient infligées les Impériaux; en 7G3, ils firent un coup superbe; toutes les forces de l'empire étaient en mouvement contre la jacquerie des An-Lo et contre les brigands « Sourcils Rouges »; les montagnards passèrent brusquement le
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Ficuve-JauQC, son affluent le Oueï, se jelërent sur la capitale impériale Si-Ngan^ et la pillèrent. Les bandes turques, exaspérées contre les soudards arabes que Tempcreur avait pris à sa solde, laissèrent faire, par jalousie de métier. A partir de ce beau coup, Tétoile des Tibétains déclina. Les Turcs Oïgour du Nan-Lou, du Pé-Lou, mis en éveil, craignant une concurrence vers Touest, prêtèrent à peu près la main aux Chinois pour les aider à se défaire des Tibétains. Les Arabes, toujours préoccupés de leurs relations pacifiques avec le grand empire, reconnaissant leur impuissance militaire contre les Turcs du Nan-Lou et du Pé-Lou, cessèrent d'intriguer avec les bouddhistes. D'ailleurs, des aventuriers musulmans de la grande conquête, il n'en restait plus à la fin du vin"* siècle; ils étaient morts ou pourvus. Les fils des « Gueux » communistes avaient fait fortune et voulaient en jouir. La place redevenait bonne pour le ponctuel et consciencieux soudard turc; mais cette fois, il avait un nouveau marché, que Tinvasion arabe lui ouvrait.
Jusqu'à sa chute, l'empire unifié des Sassanides avait opposé, aux Turcs, une barrière infranchissable. Pour servir de courtiers entre la Chine et le Ta-Thsin, « la grande Chine » de l'ouest, l'empire romain, ils étaient obligés, ou de subir les douanes iraniennes dans les Marches de TOxus, ou de faire la contrebande par les pays de grand risque, de traverser, à tous hasards, les steppes et les landes des Kiptchak, le vide où se jetaient à la foule les tribus rompues, les Kazak « marrons », les Kirghiz « errants », les insoumis au Kagan turc de l'Altaï et des Marches de (^hine ; par le nord de la Caspienne, par les pays Yogour « d'en haut », par les steppes des Alains, ils traversaient, tant bien que mal; souvent, quand ils étaient en nombre, ces contrebandiers se faisaient chefs de troupe, puis de nations, et, la chance aidant, paraissaient brusquement sur le Don, sur le Danube, comme de
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grands rois; quand on leur tenait tète, ils reprenaient leur métier de rcitres; ils Font fait en Russie jusqu'au xi* siècle. En 945, dit la chronique de Nestor, « Vladimir fit venir par terre des Torks à cheval, et il vainquit les Bulgares ». En 1096, la Chronique nomme pour la première fois les anciens Huns blancs, les Tie-le ripuaires, sous leur nom nouveau de Turkomans. « Ismael engendra douze fils, d*où viennent les Torkniens^ les Pétchénégues, les ïorks, les Koumans, c'est-à-dire les Polovtses qui sortent du désert \ » Â ce moment, tous les Kiptchak étaient débridés; il n*y avait plus de Kagan turc, vassal de llllustre Empire, pour les (enir en main. G*est la faiblesse des derniers Han de Lo-Yang, rimpuissance des derniers Thang de Si-Ngan, dans la Chine lointaine, qui a donné la clef des champs aux Kiptchak, aux Kalatcli, aux Turcs ripuaires, et leur a permis de lancer sur l'Europe leurs troupes de contrebandiers, de brigands et d^aventuriers recrutées dans le Yogour, dans la plaine du Terek et du Kouban, dans les steppes du bas Volga, Abares, Bulgares, Bachkir-Magyares, tous Kazak, « Cosaques », marrons. En réalité, au xni" siècle, les Mongols successeurs des Kagans turcs et des empereurs de Chine n*ont pas fait autre chose que rétablir Tordre en pays kiptchak; ils Tont établi à leur manière, durement, mais ils Tout établi.
Au sud, dans les Marches de Perse, naguère infranchissables, lanarchie musulmane ouvrait aux Turcs une voie nouvelle, admirable, pleine d'attraits. Bien vite, les Arabes s'étaient dégoûtés de sauvages, païens fanatiques, bouddhistes endiablés, tels que les ftpres et féroces montagnards du Tibet. Lalliance rompue, les musulmans ne ! parlent plus de leurs bons compagnons de Fergana et du ! Nan-Lou que comme d'êtres répugnants, sans foi ni loi ; ce sont
1. Chronique deNeslor, traducUon L. Léger^ p. 6U et 195; citée plus haut.
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eux qui créent la légende de Tanlliropophagie libélainc. Au ^ conlraire, pour les Turcs, ils deviennent tout miel et sucre. Si antipathiques que leur fussent les Arabes, ces bonnes gens turcs trouvaient leurs chevaux superbes, et leurs lévriers bien jolis; le cheval de pur sang et le slougui ont servi de conciliateurs entre les Sibériens chinoises et les Sémites iranisés. Encore aujourd'hui, les Turcomans appellent un cheval de race Bexdo, « Bédouin », et un lévrier Tazi^ « Arabe », — et pour dire qu'un objet est charmant, joli, les Turcs disent qu*il est « tazi ». Peu à peu, les hommes du Nord cessèrent de bouder ces gens du Sud qui avaient de si bons chevaux, de si beaux chiens, et chez lesquels on se chamaillait sans cesse; un solide homme d*armes ayant monture, arc et carquois en trousse, son sabre, et deux douzaines de moutons pour vivre en route, était assuré de trouver de Temploi, de faire fortune, lui et sa famille, dans le pays des Tazi — plus lard, ils les appelèrent Tadjik, à mesure qu'ils les méprisaient davantage *. — N'cût-il que ses bras, il pouvait se louer, se vendre au besoin, comme lutteur, comme boxeur, comme assommeur professionnel chez le Tadjik; d'où, le koul^ « Tesclave », en réalité le spadassin, le bravo turc; car le mot « koul », qui a signifié plus tard « esclave » ou plutôt « serviteur » dans le sens militaire, veut dire en turc simplement « bras » avec le poing au bout. Les koul turcs et ferganais * s'offrirent en détail au service des Khalifes; les condottieri, chefs de bande, plus riches, se précipitèrent, en foule, à leur suite,
1. Les rhronif|iios «irinôniennes appellent les Musulmans, cl en parliciilier ceux de Perse, « Daiijigs •. Il se pourrait que « Tadjik • tioil venu aux Turt;8 par les marchands arméniens.
2. Les plus sacripants étaient les Ferganais : - Les habitants [de Mergiiinane en Fergana] sont des Sart d'un naturel batailleur, malicieux et mauvaises tètes. Le penchant à la dispute et aux coups est général en Maveraan-Nahr [TransoxianeJ, et les batailleurs les plus notoires de Samarkande et de Bokhara sont, pour la plupart, originaires de Merguinane. • (Mémoires de Bdber, p. 4-5.)
dès qu*ils curent appris ce mot magique Rounij « Rome », ce I nouveau nom du Ta-Thsin qui avait fasciné leurs ancêtres. L'effet du nom de « Roum » sur le cerveau de ces hobereaux turcs est vraiment prestigieux. Pour la Chine de l'ouest, pour le Ta-Tbsin, ils oubliaient la Grande Chine, la vraie. Ils y couraient comme les conquistadores espagnols à TËldorado. Aux Marches de Turkeslan, on se racontait des histoires merveilleuses; la hâblerie arabe n*y contredisait pas. Et puis, quoi faire au pays? L'Ili Khan n'était plus rien, moins qu'un préfet chinois; très loin, à l'est, les Turcs du Liao, les Khitaï, avaient la haute main; dans le Nan-Lou, dans le Pé-Lou, les Oïgour, possesseurs des bonnes villes, entendaient rester maîtres chez eux.
Abandonnés par l'Ili Khan impuissant, repoussés par les Oïgour, il ne restait aux Turcs des Marches de Perse, Ripuaires, Kankli, Kalalch, qu'à tout abandonner pour se mettre à la merci de l'Illustre Empereur, ou à se faire Kazaks dans les misérables steppes du Nord, dans le « pays de la faim », ou à s'attacher à la fortune du Khalifat, à chercher aventure dans cet empire de /2oum,oùtout bon koul, « bras », était assuré de trouver honneurs, gloire et richesse.
L'émigration militaire des Turcs, jusqu'ici dirigée vers le Nord-Ouest, vers le pays kiptchak, le Yaïk (Oural), Tldil (Volga), le Don et le Danube, bifurqua vers le Sud-Ouest, l'Azerbaïdjane, le Transcaucase, l'Asie Mineure, la Syrie, le pays musulman de « Rome ». La révolution qui amena les khalifes Abbassides au pouvoir accéléra le mouvement, le fixa, le canalisa dans cette voie nouvelle. A mesure qu'ils : entraient au service des Musulmans, ces Turcs, si réfractaircs h l'islamisme chez eux, se soumettaient à la règle religieuse. Ils n'y entendaient goutte, ni malice, ni théologie; c'élail, pour eux, un point de consigne, donc, dans leurs idées, un point d'honneur. Ils devenaient musulmans sub speciem
sacramenli, à l^inverse des anciens juifs qui ne voulaient pas prêter serment militaire à l*empcreur romain, parce qu'il était païen. Prêtant serment au khalife, à Timâm musulman, ces soudards turcs se tenaient pour obligés à sa confession religieuse. Une fois Tislamisme accepté, ils ne discutaient plus; on ne raisonne pas sur le rang. Les Turcs sont entrés dans Téglise musulmane a orthodoxe » sunnite, non pas en néophytes catéchumènes, mais en recrues, militairement, sans courber la tète. En 724, ils battaient encore Sevret ben Abou Bahr El Darimi et sabraient vingt mille fidèles, jusqu'au dernier homme, reprenaient Samarkande; en 745, ils luttaient encore, en Fergana et en Transoxiane, contre l'énergique gouverneur arabe Nasr ben Seddjar, quand déjà des centaines de leurs compatriotes, dans le lointain Ouest, combattaient sous les drapeaux de Tlslam, pour les khalifes sunnites, et se faisaient tuer, au cri d'Allah Ekher, « Dieu est le plus grand! » pour la foi, contre les infidèles de Rome et les hérétiques de Syrie et d Irak'. En 227 de Thégirc (833), il y avait, déjà, tant de retires turcs musulmans au service du khalife Moutassem que, dans sa nouvelle capitale de Samarra, ils occupaient tout un quartier de la ville. A Bagdad, le peuple n'en voulait plus; « ils molestaient la population, lançaient leurs chevaux au milieu des marchés, au grand préjudice des infirmes et des enfants. Les habitants en tirèrent plus d'une fois vengeance, et assommèrent plus d'un cavalier qui avait renversé une femme, un vieillard, un enfant ou un aveugle... Moutassem distribua aux Turcs des lots de terrains distincts, et leur donna pour voisins les soldats originaires
I. Au commenrement du xnr siècle, le géographe persan Yakout (né en 1178), parlant des brigands Kouclian et Bcloutch d'après Ël-Bechari;, eonsidère encore les Turcs comme des ennemis de l'Islam : • Ils ^les brigands) se disent musulmans, mais ils sont plus acharnés contre los musulmans que les Grecs ou les Turcs. - (Barbier de Meynard, Dictionnaire de la Perse eriraii de Yakouly p. 455.)
iHTROorcTinN A L'HiSTnini: ne l'a«ir. ^Q
de Fergana, d'Achrousaah et du Khoraçan, en tenant compte du voisinage respectif de leurs contrées natales. Achinas le Turc et ses compagnons reçurent en fief le territoire appelé Kerkh Saman^a *. » On trouve généralement, dans les chroniqueurs arabes de cette époque, les Turcs et les Ferganais associés; les premiers venaient, presque tous, des Marches du Pé-Lou, ou du Kharezm; ils continuaient le métier de leurs ancêtres directs, les Sacos et les Massagëtes, au service des Achéménides et des Parthes : c*étaient des Kankli, des Kalatch, et des Huns blancs ou Turcomans ripuaires. Les Kiptchak et leurs voisins les Alains (A-Sou) ne leur ont fait concurrence, dans le Sud musulman, que beaucoup plus tard; le pays qui les attirait surtout était TEgypte; les Vénitiens les y amenaient par mer, à Tentreprise, d*oii le nom de Mamlouks bahariles^ « d'outre-mer »; au is.* siècle, les Kiptchak et les Kirghiz cherchaient fortune en Russie et sur le Danube.
Dans la Transoxiane et en Perse, lors de la révolution qui renversa les Ommeyades, Turcs et Ferganais avaient pris, sans hésiter, le parti des Abbassides. Convertis ou non, ils étaient accourus, en foule, sous le drapeau noir d*Abou Mouslim, le rival de leur ennemi mortel Nasr Ben Scddjar, qui était Thomme des Ommeyades.
A la fin du viu'' siècle, la nationalité iranienne, qui paraissait morte, tuée par ITslam et par le génie arabe, se réveillait. En acceptant Tislamisme, « la Perse transporta en masse sa mythologie dans la religion nouvelle. Mahomet hérita de Zoroastre; Deddjal et TAntéchrist héritèrent d'Ahriman et du
1. Maçoudi, Les Prairies d'or, l. Vil, p. 118. Achinas, arrangement arabe du turc Achnass, est le nom d'une ville de Turkeslan, au nord de Tachkend, sur le Syr. Les Mongols remportèrent et la détruisirent en 1219. Les condottieri turcs portaient des noms de guerre, ou simplement le nom de leur pays d'origine. Celui-ci était des Marches, du côté du Pé-Lou.
serpent Zohàk;Saochyant, le fils encore à naître du Prophète, qui doit à la fin des temps inaugurer le règne de la vie éternelle, revint faire ses promesses aux hommes sous le nom arabe de Mahdi.,. En regard des khalifes, élevés par la clameur aveugle des masses, parTintrigue et le crime, elle éleva le droit héréditaire de Timàm Ali, infaillible et sacré de Dieu. Â sa mort, elle se pressa autour de ses deux fils, Hassan et Hussein, puis de leurs descendants; Hussein avait épousé une fille du dernier roi sassanide, de sorte que Timàmat était fixé dans son sang par double droit divin, et Funion de la Perse et de Tislamisme à la façon persane se trouva scellée dans le sang de Hussein aux plaines de Kerbéla. La révolution qui renversa les usurpateurs Ommeyades au profit des Abbassides, neveux du prophète, est Tœuvre de la Perse; si elle ne fait pas arriver au pouvoir la famille favorite, pour qui elle a cru combattre, elle fait du moins triompher son principe... Les premiers Abbassides, élevés au trône par la Perse, s*entourent de Persans; leurs premiers ministres, les Barmécides, sont suspects d*ètre encore de cœur à la religion de Zoroastre... Les Abbassides sont de véritables Sassanides, de sang arabe ^ »
Mais si les Iraniens firent triompher les Abbassides, ce fut par Tépée des Turcs, gens obtus et réfractaires à la théologie. Turcs et Ferganais coururent, sous le drapeau noir, sus au drapeau blanc, pour prendre une revanche sur Nasr ben Seddjar qui leur avait fait mauvaise guerre. Abou Mouslim, avec sa finesse de sémite et son instinct d'homme du peuple (il s*appelait, de son vrai nom, Abd Er Rahman, et de son métier, il était corroyeur) comprit, du coup, le parti qu^on pouvait tirer de ces batailleurs; il mit en œuvre Tintrigue arabe, et ces Turcs, ces païens, ces manichéens, se battirent