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I. Darmestetcr, Coup d'œil sur V histoire de la Pet se

148 INTRODUCTION A L'HISTOIRB OB L'aSIB

comme des emragés pour la cause iranienne et pour Torthodoxie musulmane. De nos jours, convertis à Tlslam, les pieux musulmans Euzbeg de Transoxiane ont fait d'Abou Mouslim un grand saint national, pourfendeur de mécréanls, quelque chose comme le saint Jacques Matamores des Espagnols; au fond, le « Père de la vocation » était hérétique, si ce n*cst pis.

La révolution faite, les Iraniens et les Arabes de Tran-> ftoxiane et de Perse s*abandonnërent, à plein corps, & leurs instincts de théologie, de controverse et de révolution; le ferment socialiste qui au temps des Sassanides avait, tant de fois, soulevé le peuple d'Iran contre la Noblesse et contre FEglise mazdéenne, n'était pas mort; l'ardeur d*apostolat qui tant de fois, jusqu'à Tlslam, avait enflammé les Araméens et les Arabes n'était pas éteinte. En Iran et en Irak, la tradition du grand communiste, du révolutionnaire Mazdek, avait survécu aux atroces répressions de Khosrau « à i*&me immortelle », — Khosrau Anocliak-Iiévane, — le Nouchinmn des Arabes, notre Ghosroës le Grand'; coup sur coup se soulevèrent les sectes demi-politiques, demi-religieuses, des Kharédjites (le mouvement fut réprimé de suite), celle des adhérents de Mokanna « le Prophète voilé » qui s'appelaient les Sefid danif/aney « les habillés de blanc » ; ils mirent la Transoxiane en feu pendant plus de dix ans (767-777). Le caractère franchement socialiste de la révolution qui entraîna les « habillés de blanc » donne une impression analogue à

1. « Aucun partisan de Mazdek, jusqu'à l'époque de Haroun-er-Rcchid, ne perça dans le monde. Il était arrivé que la femme de Mazdek. KhourrcmMi, avait réussi h s'enfuir de .Mcdaïn avec deux personnes et s'était réfugiée dans la camiiagnc de Reï. Elle fit là de la propagande, en invoquant le nom de son mari, et elle réussit h attirer, dans son parti, un nombre considérable de gens auxquels on donna le nom de Khourremdini. [Le mot est h double entente : Khourrem signifie la Joie, et Din, la Foi.] Ils tenaient leurs croyances secrètes, et cherchaient une occasion de se soulever, et dç manifester leurs opinions au grand jour. • — Le Vizir Nizam el-Moulk, Siasset A'amë/i, p. 266.

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celle du mouvement des anabaplisles en Europe au xvi° siècle; <t Le Prophète voilé » ressemble singulièrement à Jean de Leyde. Les troubles des Kharédjites^ ont plutôt pour type, européen celui des guerres hussites. La grande révolution islamique arabe produisait en Perse et en Transoxiane ses logiques et naturels résultats, d'autres révolutions sociales et religieuses; elle aboutissait à Tanarchic et finalement au despotisme, rétablisscur de Tordre. Pour des cerveaux de retires turcs, c'était le plus parfait des gouvernements. Ils se mirent au service de Tordre avec la même ponctualité militaire qu'à celui du désordre, et comme sous le drapeau noir des Âbbas^ sides il convenait d'être musulman, ces hommes de devoir se soumirent exactement à la consigne religieuse; ils le tirent d'autant plus volontiers que leurs vieux ennemis, les Iraniens, devenaient plus franchement hérétiques; de sorte que Torthodoxie musulmane fut défendue, bon gré, mal gré, presque imposée par des soudards venus des Marches de Chine, dans le pays desquels TIslam était en horreur, et dont la moitié, sinon les deux tiers, ne savait pas le premier mot de la religion de Mahomet. Mais, il s'agissait d'abord de ne pas rester comme les faibles, comme les plus jeunes, « gardiens du foyer », menant les chameaux et les moulons au p&turage; pour les aînés, « agas », pour les forts, pour les braves, il fallait se faire ou chevalier errant, « Kazak », en pays des steppes, ou chercher fortune à Rome, vaille que vaille, à tout hasard. Si Ton était riche, si on héritait, on venait en nombre; on se louait en homme de qualité, soi et sa bande, moyennant fiefs, titres et honneurs, car les Turcs ont toujours été très exigeants en matière de titres. Si on n'avait rien que son cheval et ses armes, on s'oiïrait à l'adoption d'un grand comme « page », c'est-à-dire comme bravo, comme spadassin gagé. Les très pauvres, qui n'avaient que leur pauvre corps, 80 proposaient comme lutteurs, boxeurs, assommeurs à tout

faire. L*humilité islamique a choisi le saint national de Khiva parmi ces humbles qui n'avaient que leurs poings pour vivre. La légende de saint Polvane est caractéristique ^ Saint Polvane est au service du roi de Kharezm, qui est païen; lui-même est musulman; son bras est invincible. Le roi de l'Inde, qui a entendu parler de l'athlète extraordinaire, défie le roi de Kharezm, et lui envoie, pour se mesurer contre saint Polvane, un géant indien qui a terrassé tous les athlètes de Chine et de Rome. Le roi de Kharezm convoque les grands elle peuple au spectacle; on tranchera la tète au champion vaincu. Le bon saint Polvane, la veille du combat, s'en va faire sa prière à la chapelle où se réunissent en secret les fidèles; il y rencontre une pauvre vieille dont il entend l'oraison : « Mon Dieu, fais que mon fils ne soit pas abattu par l'invincible Polvane, car je n'ai pas d'autre enfant, et je vis de la force de son bras. » Et le bon saint Polvane, les larmes aux yeux, joint mentalement son oraison à celle de la pauvre vieille. Quand il se présente dans Tarène, il s'abandonne et se laisse renverser par l'Indien, qu'il terrasserait aisément d'une seule main. Le méchant roi ordonne qu'on lui coupe la tète; à l'instant même, le cheval sur lequel il est monté s'enlève d'un bond prodigieux,, du haut des lices vers un abime voisin. Le bon saint Polvane s'élance, enlève, à bras tendu, le cheval et le roi, et les dépose doucement sur le tapis, devant le Irône. Le roi, touché de la grâce, reconnaît la vraie religion, et le pieux athlète, ravi de joie, s'en va dans le désert, où il se fait ermite. Les premiers Turcs musulmans, chez les Khalifes, ne ressemblaient guère à saint Polvane. Un conte arabe * nous montre l'impression qu'ils produisaient aux bourgeois et manants des bonnes

1. Polvane Aia, Polvane est la prononciation paloise turque du Rharezm pour le persan Pehlevane^ qui signifie « athlète» lutteur ».

2. Dans les Mille et une Nuits de l'édition Karl Scliall» t. XIV, p. 13.

villes. La femme <l*un honnèle marchand veut se débarrasser de son mari; elle Tenivre^et rhabille en soudard turc. Quand le bonhomme a cuvé son vin, il s'éveille et ne se reconnaît plus; dans le quartier des marchands, ses voisins et amis le reçoivent à coups de pierres, du plus loin quMls voient le harnais redouté; alors le pauvre manant s'écrie : « J'étais Turc sans le savoir », et s'en va rejoindre au quartier militaire, en baragouinant un arabe barbare, à la façon dont les Suisses écorchcnt le français dans M. de Pourceaugnac. Si nous voyons, dans Âchnass, le type du condottiere turc de qualité, et dans le conte des Mille el une JVuits^ celui du soudard ordinaire, Maçoudi nous dépeint, au vif, le portrait farouche du spadassin; mais d'abord, il nous montre le relire, dans toute la brutalité de son honneur. Les Turcs du khalife Motevekkil ont rompu les rangs; ils entourent la tente du Prince des Croyants, le sabre à la main ; ils réclament leur paye arriérée; il leur faut de l'argent. Motevekkil est obligé de céder : on va les payer. « Maintenant, sire, — dit Pidja à l'empereur, — faites sonner les tambours et annoncer le départ pour rirak *; ils ne voudront plus de leur argent. En effet, une fois que le prince eut donné ses ordres, les hommes, laissant là leur paye, se mirent en route avec un tel empressement, que les payeurs s'attachaient à eux pour leur donner leur argent, et ne pouvaient le leur faire accepter. » — Voilà Thonneur du reltre. — Voici, maintenant, celui du spadassin. Bouka le cadet, officier turc, a résolu la mort du khalife; il fait venir un des pages sous ses ordres, son compatriote Baguir'; Bouka le cadet a un fils et un frère : il assigne successivement rendez-vous à Baguir pour les tuer, à un signal convenu; le spadassin attend chaque fois le signal, impassible, la

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