‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 63 sur 212 · Siasset Nameh^ p · texte numérisé non relu

Siasset Nameh^ p

Ihodoxie, offrit son épée au Khalife contre les schismaliques falimitcs d'Égyplc, et reçut de lui tout ce que le faible pape de Bagdad pouvait donner, l'investiture, et un titre magnifique, celui de « protecteur de la foi » (998). Celait beaucoup, dans ce pays d*Iran où la vie nationale n'éclatait plus qu'en querelles religieuses. Dans l'imagination romanesque de Mahmoud (il était, dès cette époque, l'admirateur et l'ami du grand Firdouci, le glorieux poète qui écrivit le « Livre des rois » sur ses instances), une guerre sainte était le premier des devoirs, la plus haute et la plus noble des entreprises. Les mouvements qui entraînèrent les chrétiens d'Occident à la délivrance du Saint-Sépulcre et les musulmans d'Orient à la conquête de Tlnde sont simultanés. Le Sevuk Tékine avait guerroyé contre les infidèles; son fils le Protecteur de la Foi voulut les convertir. Mais avant de se lancer à la croisade, — qu'on me permette le mot, bien qu'il s'agisse d'un musulman, — Mahmoud voulut assurer son domaine; si enthousiaste qu'il fût, il était trop près de ses origines pour ne pas les sentir, pour ne pas garder, dans ses conceptions romanesques, Kesprit positif et la prudence méfiante du condottiere. Ce n'était pas le successeur de l'Alp Tékine qui pouvait ne point tenir note exacte de ce qui se passait en pays turc et en Chine. Or, il s'y passait ceci, qu'en Chine, le grand empire des Thang s'était écroulé, morcelé; depuis 907, une dynastie nationale, les Liautj^ tenait la vraie Chine, le vieux Ilo-Nan fidèle et le Chan-Tang; les Tsin leur disputaient Tempire en Chan-Si, d'autres prétendants en Kiang-Nan, en Tchc- Kiang, etc. Encore les Liang et lesTsin étaient-ils Chinois; mais au nord-est, les Turcs Khitaï du Liao, en corps de nation, avaient mis la main sur le Pé-tché-Li, et à l'ouest, dans les Marches, en Nau-Lou, en Pé-Lou, jusqu'en Tibet et en Chen-Si, les Turcs Oïgour étaient absolument les maîtres, et tenaient à ce qu'on le sache en Transoxiane. Ceci devenait

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1res dangereux. Un homme comme Mahmoud, arrivé au pouvoir par les soudards, savait qu'il était imprudent de rire avec les Turcs. Le passage incessant des caravanes occidentales en Chine, et chinoises verslaTransoxiane, avait affîné Tesprit des Oïgour, maîtres de Tllexapolc en Nan-Lou, et très influents dans la Pentapole, dans les bonnes villes du Pé-Lou. Ils étaient les plus avisés de tous les Turcs, très au courant, et pour cause, des affaires de Chine, non moins bien informés de celles de Transoxiane, de Kharezm, dTran et de Roum, parles moines et prêtres nesloriens, coreligionnaires de beaucoup d-entre eux, par les marchands arméniens, des cette époque en mouvement d*uu bout à Taulre de TAsie; par les lamas bouddhistes qui tenaient couvents et abbayes en Nan-Lou, les Oïgour savaient les choses du Tibet, de Tlnde. Ce qui leur facilitait les relations, c'était qu'ils avaient, dès le viu'' siècle, abandonné le vieil alphabet sibérien ', adopté récriture chrétienne des nestoriens, qu'on lisait couramment dans le Nord, depuis la Chine jusqu'à la Syrie, sans compter qu'ils se débrouillaient en chinois, et à l'occasion, en sanscrit de Khoten. Ces Turcs si déliés, si appliqués à leurs cultures, si gens d'affaires et écrivassiers, étaient dos sabreurs comme les autres. Mahmoud se méfiait d'eux; s'ils passaient en bande le Port des Peupliers, de Tllexapole en Fergana, ou s'ils débouchaient de la Pentapole sur Turkestan, ramassant, au passage, les Ogouz, fondant sur la Transoxiane, que devenait sa croisade, prise à revers? 11 voulut d'abord s'assurer, prendre des garanties, demanda en mariage la fille du Pek Khakan ' des Oïgour. Le Pek Khakan (il

i, Runiforme dt's insrriplions du Yénisseï cl de la stèle du Keul Têkine.

2. Les inscriptions chinoises donnent au Khakan oïgour de cette époque le titre de Pek, qui signilie, en turc, « ferme, excellent •. Plus tard, les souverains oïgour s'intitulèrent Idi-Koul (voir plus haut, p. 73K Je remplace, h partir de cette date, l'ancienne orthographe runiTormc • Kagan », par les nouvi2lles • Khakan •, puis • Kaan ••

s*appelait Ilik) ne demandait pas mieux que d'avoir un allié puissant dans TOuost; en deux ans, il avait ravagé la Transoxiane, pris Bokhara, presque exterminé les Samanides, installé un de ses capitaines à Samarkande (997-998) ; il donna sa parole avec sa fille, et Mahmoud partit bravement pour sa croisade de l'Inde (1001). Trois ans après, Ilik * et ses Oigour envahissaient de nouveau la Transoxiane et le Khorassan. Mahmoud, retournant de Tlnde en toute h&te, réussit à contenir son beau-père; mémo, devant Balkh au delà de la Porte de Fer, il le déRt en bataille rangée, grâce à ses éléphants que les Oïgour voyaient pour la première fois; il essaya de le poursuivre; le terrible hiver de Transoxiane décima ses soudards, composés pour moitié d'Afghans et dJraniens; les autres, ceux qui étaient Turcs, si musulmans qu*il8 fussent, y allaient mollement contre des compatriotes. Mahmoud, satisfait d'avoir repoussé les Oïgour au delà de rOxus, se retourna contre ITnde, revint à sa croisade. Ilik rentra en Turkestan avec son butin; ses Oïgour n'en demandaient pas plus. Mais, pour la première fois depuis ITslam, des Turcs venaient de faire la guerre en Khorassan, jusqu'à Balkh, en pays iranien, pour leur compte à eux, autrement que comme mercenaires pour le compte des autres (lOOi). Ils ne Toublièrent plus. C'est Ilik Khan qui a préparé la voie aux invasions mongoles. Dans celte même année (1004), le dernier des aristocrates iraniens attachés à l'orthodoxie musulmane et aux destinées de la maison d'Abbas, le jeune Mountasir, le noble héritier des Samanidos, était assassiné à Nichapour. Pendant trois ans, ce prince avait mené une vie de héros de roman; soutenu par les Turcs Ogouz, qui ensuite l'abandonnèrent *, puis par les vieux Turcomuns ripuaires.

i II réclamaU le Kaiin, • le douaire », de sa fllle.

2. • LoH (fliouz, étant retournés dans leurs demeures, ne livrèrent point les prisonniers aux servileurs de Mountasir. Le bruit courait qu'ils se re|>en-

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les anciens Huns blancs, il avait noblement cliouanné entre les Marches du nord et les Marches du sud, entre Ilik le mécréant et le fanatique Mahmoud. Là encore, les Oïgour païens, bouddhistes et chrétiens préparèrent le terrain à rislam en détruisant toute autorité laïque, en renversant, les uns après les autres, les princes samanides qui se succédaient en Transoxiane; il ne restait plus debout, en 1004, à Bokhara que le cléricalisme musulman installé par les Samanides dans les universités qu'ils avaient fondées, en Khorassan que la chevalerie orthodoxe de Mahmoud ne rêvant que croisades et conquêtes, en Iran proprement dit que la jacquerie iranienne et hérétique. Dans les Marches, au nord, à Test, guettait le Turc, désormais sûr de lui, précédé, implanté dans le pays par sa nuée de coureurs, d'aventuriers convertis à Tislam, qui jusque dans le lointain pays de Home et en Irak, tenaient maintenant toutes les charges et tous les fiefs militaires. A Texlrême Orient, à Test de TAltaï, même aux Marches orientales de la Chine, chez les Khitaï du Liao, on commençait à regarder vers Touesl, vers le pays des Tadjik, vers le pays de Roum. Au nord-ouest, en pays kazak et kiptchak, depuis les misérables landes glacées, les « steppes de la faim » jusqu'aux riches terres noires du Don, et au pays des grandes chevaleries, au Balkan et au Danube, par le Kharezm, par le Caucase, on apprenait les gloires et les fortunes des Turkmènes, des Kalatch, des Kankli, des Oïgour, à Rome et en Iran, et on les jalousait. Le monde turc se reconnaissait, s'affermissait, se resserrait en famille. Au nœud de toutes les communications, en Transoxiane, en Kharezm, en Fergana, la chute des Samanides, la croisade du Gaznévide Mahmoud,

taicnl travoir rornbalUi Ilik Khan, el cherclieraieni à obtenir sa faveur en rclàclianl les prisonniers. • (Mirkiiond, Histoire des Samanides^ édition el Ira- (ludion Defrêmery, p. 93 texle, 20* Iraduction.) — Dès cette i*poque, quand un vrai Turc arrive en Transoxiane, les autres ont le senlimenl de la nationalité cl font volontiers cause commune avec lui.

acharné à son roman de Tlnde, laissaient le champ libre. Les campagnes d*Ilik TOigour avaient montré ce que les Turcs pouvaient espérer en Iran, comme corps de nation; la fortune prodigieuse des Seldjoukides montra ce qu'ils pouvaient entreprendre, même quand ils n'étaient pas plus qu'une poignée d'hommes conduits par un hardi condottiere.

De 1004 à 1028, sauf un intervalle d'une année (4016-1017) employé à une expédition en Kharezm, la vie du grand Gaznévide fut une croisade passionnée contre les infidèles de l'Inde. Ce petit-fils des parcimonieux condottieri, qui regardait à la dépense pour lui-même et pour les gens de sa maison, était magnifique pour le faste de son roman et pour la gloire de son entreprise; son fanatisme était somptueux. Il saccageait les villes brahmanes pour rendre plus belles les villes de l'islam; à Gazna, son pays, il fil construire sa mosquée favorite , et dans son enthousiasme chevaleresque, voulut la fiancer à Dieu; elle fut dédiée sous le nom mystique et médiocrement orthodoxe de « Céleste mariée ». Au Khalife, Mahmoud envoyait le récit de ses exploits, en vers arabes et persans, et le faible pape musulman répondait à Ihommage en faisant lire, dans la mosquée cathédrale, le panégyrique de ce chevalier de la foi. Cependant, ses États héréditaires étaient ruinés, le peuple s'épuisait. Les pauvres manants racontaient l'histoire du vizir de Mahmoud, qui comprenait le langage des oiseaux. Ce vizir assistait au mariage de la fille du conquérant; il avait vu, de ses yeux, un hibou présenter ses hommages à Mahmoud, et l'avait entendu offrir en douaire à la princesse les mille villages on ruines que le roi des hiboux tenait en fief, les ayant reçus du roi de l'Islam. Mahmoud laissait dire; il eut la gloire de refaire l'empire des Sassanidcs, pour quelques années, d*y ajouter l'Inde, el d'inspirer une épopée. Avant lui, sous le troisième Samanide en Transoxiane, Nasr ben Ahmed, la réaction littéraire iranienne avait commencé

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contre la langue et la littérature arabe ; c'est à Bokhara que Roudegui, le « poète aveugle », écrivit ses Kasida et ses Gazai en iranien. La Transoxiane des Samanides devenait un centre scientiPique et littéraire; Ibn Sina (Avicenne) y enseignait Taristotélisme et la médecine des Grecs. Le petit-fils du rettre turc, le convertisseur de Tlnde, Mahmoud, qui persécutait les chiites au nom des principes de Bagdad, « chasse TArabc de l'administration au profit du Persan; c'est à sa cour et sur ses ordres que Firdousi écrit le IJvi^e dea Rois; l'épopée ' persane est fixée, la tradition ancienne est sauvée déRnitivement par le génie d'un poète : la Perse a repris conscience d'ellemême ' ». Mais l'Arabe ne perdait pas ses droits; c'est à la suite des armées de Mahmoud qu'Al-Birouni écrit sa géographie de l'Inde '.

Quand ce grand champion de l'Islam orthodoxe fut mort (1028), le pape trembleur de Bagdad tomba dans les transes; il avait une peur effroyable des gens de Gog et de Magog*j en langage ordinaire, des Turcs. Avec Tcmperour chréMcn de Rome, c'est-à-dire de Constantinople, qui n'était guère plus vaillant, ce musulman s'entendait, à la rigueur; mais les gens du Nord et les hérétiques du Sud l'épouvantaient, maintenant qu'il n'avait plus un Mahmoud pour les contenir. C'est la poltronnerie des Khalifes qui a fait la fortune des Seldjoukides dans le monde musulman. Au pape de Bagdad, il fallait, à tout prix, un protecteur séculier, un fils

1. La traduction exacte de Chah Nameh est, non pas le • livre des Rois •, mais le • livre du Roi, le Livre Royal ». Les sources du Chah Nameh sont un livre plus ancien, aujourd'hui perdu, le Khoddt Samak (Sameh)^ ou M Livre du Seigneur, Livre Seigneurial •, composé par ordre de Khosrau Nouchirvan, noire Chosroès le Grand (riSl-SIU), et terminé par un anonyme (car le nom transmis de l'auteur, Danichvar IHhkany signifie simplement gentilhomme), sojs le règne du dernier Sassanide.

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