‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 64 sur 212 · Ojouzve MadjoHZy A la manière arahr · texte numérisé non relu

Ojouzve MadjoHZy A la manière arahr

de TEglise, un bras; il n*y avait pus de choix; le condottiere turc s*imposait, dès qu'il acceptait Tislam. Si on repoussait ce néophyte arrogant, si on lui déplaisait, il n'avait qu*à se faire hérétique, et Torthodoxie était perdue. Les Khalifes prodiguaient les titres, les charges de cour, dont ils savaient ces Turcs avides. Le seigneur de Kharezm était a grand maître de r Aiguière ' », celui de Bokhara, « grand échanson ». En Kharezm, en Transoxiane, en Khorassan,. en Turkestan, dans les Marches, it n*y avait qu'un maître positif : celui qui commandait aux grandes compagnies, le capitaine général des reltres. La possession du terrain ne comptait plus que pour peu de chose; le droit à la turque faisait loi, et la possession de l'armée devenait tout. Dans les révolutions qui se sont succédé, rapidement, en pays asiatique, entre Roum, rirak, le Sud iranien et la Chine, jusqu'à la révolution mongole, c'est la mainmise sur le militaire qui décide. La phrase consacrée d'après laquelle Turcs, puis Mongols, « entraînent des tribus, des peuples », est absurde. Personne n'a jamais déraciné une population, même nomade, du sol qui lui donne la vie : « Celui qui tient sa rivière appartient à sa. rivière »; c'est un dicton turc de Sibérie '. Ce qu'on entraînait, c'était des armées. Les soudards battus acceptaient quartier, ou le refusaient; refusant, ils étaient passés au (il de l'épée; acceptant, ils prenaient parti, prêtaient serment au nouveau drapeau, et se battaient de bon cœur; pour eux, il n'y avait de changé que la couleur de l'étendard; le service était le même; on n'avait piis besoin de leur enseigner leur place sur le rang. La population civile, le tadjik, le sorte, le ioymah\ comme disaient les Mongols, le raya, comme ont dit les Osmanli, « le bourgeois, l'indigène, le manant, le tail-

i. Ticht-clar.

S. RadlolT, Proften au% ti^ Volksiiiternfttr der Tùrhischen Stnmmrn Sûff- Sibiriens,

labié )), comme nous dirions en Occident, ne comptait pour rien. Si elle se mêlait de politique, on la tenait pour rebelle, et on Texéculait militairement, on la massacrait en masse, conformément aux lois de la guerre et de Thonneur, aux règles du vieux droit turc, « rébellion, insoumission, conspiration — peine de mort ». De la religion, tous ces gens-là ne comprenaient qu'une chose, que c'était une espèce de règlement, et le règlement, c*était leur chef qui le faisait, et non pas un personnage quelconque, étranger. Les Khalifes le savaient fort bien, Tayant appris à leurs dépens. Sitôt qu^ils entendirent parler des chefs nouveaux en Asie, des Seldjou* kides, ils essayèrent de les capter, se flattant de susciter un nouveau Mahmoud.

! Ces Seldjoukides étaient originaires des Marches du Nord, ' au débouché du Pé-Lou, de la nation dos Kéraït ou de celle ' des Naïmane, chrétiens, probablement; il y on avait, avant leur conversion à Tislam, qui s*appe1aient Jonas, Michel *; quand ils entrèrent en pays musulman, ils ne portaient plus, suivant la coutume des reitrcs turcs, quand ils se faisaient Kazak^ « Cosaques », puis soudards au service étranger, que des noms de guerre. L'ancêtre, Seldjouk (suivant la phonétique turque, Seldjik * ou Saldjouk) était Subacin, « chef d'armée » d'un seigneur nommé Bougou, « le Cerf, TËian »,

1. lis ne peuvent avoir porté de noms bibliques que comme chrétiens, ou comme musulmans; or les ancêtres Seldjoukides Younous (Jonas), Moussa (Moïse), Mikail (Michel) n*étaient pas convertis; d'ailleurs « Michel - est un des noms que les musulmans n'ont pas adoptés.

2. Saidjik est un nom de tribu mongole. « De Bougou Khalaki est issue la famille de Khatakin, de Bougou Saldjigho, celle de Saldjighod, et de Boudantsar, celle de Bordjiguène. • (Sanang Setzène, p. Cl.) Les Seldjoukides étaient alliés par le sang au Tchinghi/. Khan du xnr siècle, qui était un Bordjiguène. Les épitaphcs des cimetières turcs chrétiens de Séuiirelchinsk donnent, h la date de 1316 le nom Ihuffou ou Bougons • dans Tannée du dragon — : C'est le tombeau du jeune homme Kliarja, fils de Bougons »

Chwolson, St/risch Nestorianische (ir.tbinschrifien ans Semivjetschie.) Le diaecle turc seidjoukide ancien est de la même famille que raltaïen et le léléoule modernes.

dont rinduslrie probable était Texportation des reitres. Seidjouk se prit de querelle avec son patron Bougou ; en bon Turc, n^étant pas le plus fort, il se fit Kazak, se mit en quête d*une adoption. Avec cent de ses Cosaques, il s'en alla dans les Marches du Sud, en Transoxiane. Le dernier Samanide, Mountasir, recrutait à force, donnait des terres, faute d'argent comptant; Seidjouk et ses braves reçurent fief à Djend ', et naturellement se convertirent à Tislam. Dans son fief militaire de Djend, entre Transoxiane et Turkestan, le nouveau serviteur recevait les compagnons, les enrôlait, les envoyait batailler pour le service du maître; étant vieux, il leur donnait pour chefs ses petits-fils; on ne connaît que leurs noms de guerre, Tliogroul, « le Pourfendeur », et Tchakar^ « rÉlincellc, ou TEclair ». D'abord le sultan de Transoxiane les employa contre leurs compatriotes du Pé-Lou, les Oïgour du Pek Khagan Ilik, beau-père de Mahmoud, et très désagréable voisin des musulmans. Entre les princes de Kharezm au nordouest, les Oïgour du Nan-Lou et du Pé-Lou à lest, et le grand Mahmoud au sud, les Bougou-Seldjouk cherchaient à s'élalilir, louvoyant, négociant et se battant tour à tour. Ils essayèrent d'en imposer à Mahmoud, se donnèrent pour les maîtres suprêmes du monde militaire turc; à les croire, eux seuls pouvaient recruter. Ils lui avaient envoyé leur oncle, Israël Bougou, peut-être encore chrétien à ce moment, pour oITrir leurs services ; le Gaznévide lui demanda combien de retires ils pouvaient amener : « Voici une flèche, dit le Bougou ; lu n'as qu'à nous l'envoyer, et nous t'amènerons dix mille cavaliers. — Mais s'ils ne suffisent pas? demanda Mahmoud. — Voici une autre flèche; envoie, et nous amènerons cinquante mille hommes. — Et s'ils ne suflisent pas? — Voici mon arc,

I. Au nonl de Tachkend, entre Olrar el Benakel; le^ Mongols emportèrent la place en 1il8. Lrn iroia villes étaient des ch&teaux frontières, des rassemblements de garnisons.

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dit le Bougou. Quand tu nous renverras, il viendra deux cent mille hommes. » Mahmoud trouvait que c'était beaucoup d'hommes; ces reitres lui coûtaient très cher; leurs capitaines « le Pourfendeur » et « TËclair » traitaient les terres du patron en pays conquis, et à la moindre observation devenaient de plus en plus insolents. Dès qu'avec Taide des Seldjpukides il fut à peu près débarrassé dlliket des Oïgour du Pé-Lou, il intrigua contre ses gênants défenseurs, leur suscita un adversaire en Nan-Lou, un concurrent et un ennemi en Kharezm.

Après quatre siècles d'efforts et d'insuccès, l'islamisme commençait enfin à prendre pied dans l'IIexapole, entre le christianisme et la religion de Bouddha. Le Nan-Lou était la route naturelle des Musulmans, trafiquant par terre avec la Chine; ils y accédaient par le Fergana, islamisé depuis la fin du IX* siècle; c'était le chemin le plus court pour arriver dans les provinces de la Chine occidentale, où les descendants des soudards arabes, de la a Brigade de la Rivière- Rouge » colonisés par l'empereur Sou-tsong, leur servaient d'hôtes et de courtiers. Au nord, par le Pé-Lou, il fallait, d'abord, affronter les terribles Marches de Turkestan, où les besogneux princes turcs, chrétiens, bouddhistes ou païens, ne se gênaient pas pour rançonner, confisquer, piller à l'occasion, quand ils avaient besoin d'argent, — ils en avaient besoin toute l'année. Sur les routes dePenlapole, on rencontrait dos concurrents, les marchands arméniens, les Syriens nesloriens, qui suivaient la route de leurs moines et de leurs prêtres, dans les pays où dominaient leurs coreligionnaires. Le trafiquant musulman ne s'écartait donc pas du Nan-Lou. Ces marchands, inspirés du véritable esprit de l'islam, étaient tous des missionnaires. Dans leurs ballots, les colporteurs musulmans apportaient le Coran; en 345 de Thégire (9oi), . l'un d'eux réussit h convertir le prince héritier de Kachgar,

âgé de douze ans '. Ce petit prince s*appclait Boghra * et convertit, lui-même, nombre de ses sujets ^ Le miracle parut si extraordinaire aux Turcs que dans la légende (écrite, non en persan, mais en dialecte turc de Nan-Lou) de saint Satik Boglira Khan, Ghazi ou « combattant pour la Foi », ces bonnes gens assurent qu'il avait été prédit par Mahomet lui-même. L'apôtre avait annoncé à ses compagnons, par une phrase contenant un chronogramme, que trois cent trente-trots ans après sa mort, dans le pays de Turkcslan, devait naître un noble personnage nommé saint Satik Boghra Khan qui, à l'âge de douze ans, choisirait la vraie religion. Les compagnons prirent note de la prophétie, et Tapôtre ajouta : « Evvelé men Islama min et Turk; — le premier converti à Tlslam entre les Turcs. » Depuis deux siècles, des Turcs, par milliers, étaient morts cliahidj « confesseurs de rislam », dans le lointain Ouest, sous le drapeau de la guerre sainte, quand saint Satik Boghra se convertit, « le premier » en terre turque.

1. Exlraila du Tezkeret ul Boughra^ dans Shaw, A Sketch of the Turki \ tanguage as spoken in kaehgar and Yarkend,

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