‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 73 sur 212 · Koud'Ukou Bilik, p. 112 et suiv · texte numérisé non relu

Koud'Ukou Bilik, p. 112 et suiv

guérisseur tourne visage au médecin '. » Les surveillants passent à leur tour, gens qui gardent les troupeaux de toutes bêles, (c C'est peuple sol et ignorant »; mais ils procurent « kymyz et lait, laine et graisse, caillé et fromage, nourriture ci vêtements, aussi bien que bourre à filer cordes; gens utiles sont leur bande ; traite-les bien tous, il faut me croire. » Après les bergers viennent les artisans : <c De ce monde, Taction provient d*eux; combien de travaux bien ordonnés font ils!.... Fais toi aimer d'eux; avec eux vis en paix! » A la fin viennent les pauvres, auxquels le prince doit la charité : « Ami, ils te béniront! » La société turque oïgoure est déjà suffisamment organisée, au xi* siècle, pour tenir compte de la misère; au fond, llslamisme Ta très peu modifiée, et sauf qu'elle est mieux outillée, mieux fournie de travailleurs, installée en bonne terre et fixée au sol, elle ressemble à la société que nous montrent les vieux chroniqueurs chinois et les inscriptions du vin* siècle. La femme y a gardé son rang : c< Ne recherche pas beau visage; recherche bonnes actions... Sicile (la femme) agit en droiture, assez de beauté elle aura; la beauté des femmes, c'est le sage qui la reconnaît '. » Un Turc Seldjoukide, conseillé par l'Ordonnateur de l'Empire, n'entendrait plus rien à ces maximes sur le mariage, débitées chez ses cousins d'extrême Orient. Il est vrai que Yousouf devient plus sévère, lorsque, parlant de l'éducation qu'on doit aux garçons et aux filles, il prêche contre la malice des femmes : « Ne garde pas une fille à la maison (c'est-à-dire établis-la, marie-la), tu vivrais dans le trouble, sans être malade, tu mourrais de repentir... Ne laisse pas la femme se divertir hors de la maison; si elle sort, elle perdra le chemin de l'honnêteté... La noblesse de la femme est son renom, veille sur son renom... Combien de milliers de vail-

f. Koudatkou Bilik, p. f37.

S. tàid., p. U3, U5.

lanls braves, à cause des femmes ont été déracinés!... Combien de milliers de gens hauts et fameux, les femmes ontelles conduits tout vivants sous terre M » Si la femme n'avait pas son rang marqué à la bonne place, et le verbe haut dans la société turque, Yousouf s'échaufferait moins à sermonner contre elle.

' On peut voir, en comparant les extraits du Siassei Nameh avec ceux du Koudaikou Biliky qu'au xf siècle, les peuples turcs convertis à l'Islamisme ont formé deux sociétés distinctes : Tune, à l'Orient, dans le Turkestau, dans la Pentapôle et dans l'Hcxapole, sous l'influence directe de la Chine, a conservé, en grande partie, la veille organisation des Tou* Kioue païens, et le sentiment national intact, vivace autant qu'aux vi°, vu® et viir siècles ; l'autre, à l'Occident, s'est profondément altérée, a été imprégnée par l'esprit de l'Islam, amalgamé de vieille civilisation iranienne, et de compromissions gréco-romaines.

Entre le monde turc iranien et le monde chinois vivent les Turcs autonomes, païens, bouddhistes, chrétiens, les uns pourvus en Chine, les autres en Transoxiane, et le reste, la grande masse, organisée en associations politiques d*une extrême instabilité, à chaque instant formées et défaites par les hasards de guerres incessantes.

A l'Occident, la fortune des Seldjoukides déclina en Transoxiane, à mesure que leur empire s'étendait davantage vers rOuest. Il fallait contenter son monde militaire pour le contenir; c( Grand Lion », fils du « Pourfendeur », le savait fort bien ; il aimait trop la gloire, le fracas, les armes, pour refuser à sa chevalerie le plaisir d'une croisade. L'empereur grec, Romain Diogène, lui fournit l'occasion de contenter ses reitrès, et de se poser en avoué du Khalife, en protecteur de l'Islam. Pour la première fois, en bataille rangée, aventuriers

i. Kowlatkou Bilik, p. i46, U7.

normands el francs au service de Byzancc et soudards turcs se rencontrèrent. Les vieilles bandes des Marches chinoises et iraniennes enlevèrent Taffaire rondement; Tannée byzantine fut sabrée, Tempereur prisonnier. Dans sa joie, le « Grand Lion » vainqueur fit mille politesses à Tempereur de Rome, pour lui prouver qu'il n*était pas un condotlicrc vulgaire; mais avec sa méfiance de finesse demi-chinoise et ses rêveries de chevalier errant, il voulut des garanties, il sous-entendit des droits. Gomme ses ancêtres hioung nou demandaient en mariage des infantes chinoises, le Turc islamisé exigea pour son fils, Mclik Chah, une princesse romaine. Le mariage conclu, suivant le vieux droit des Tou- Kioue, la famille du mAle prenait rang d'hoirie sur terres nobles de la femme.

De ce jour, les Turcs n*oublièrent plus la mainmise que le mariage de la fille de Romain Diogène avec le fils de leur capitaine général et empereur « Grand Lion » leur transmettait sur Tempire de Rome. Pour compléter par mariage, d'après le système turc, le douaire et les apanages de son fils, Alp-Arslan le conduisit de Roum à Samarkande, où il lui fit épouser, comme seconde femme, la fille du Khakan — au moyen âge italien, on aurait dit : du tyran — turc, un Kankli qui s'y était installé, s'arrogeant titres, et créant lignée. Toujours à cheval, pour maintenir cet empire b&ti à laventure, en 10G5, c< Grand Lion » châtie ses vassaux du Kharezm; en 1072, il bataille contre ceux de Bokhara. Au bord de l'Oxus, une bicoque l'arrêta; un certain Yousouf de Kharezm la défendait. La bicoque prise, Yousouf, amené devant son vainqueur, veut se venger, se rue sur lui, le couteau à la main; en brave fils de reltre, Alp-Ârslan commande à ses gens de lui laisser franc jeu, dit qu'il s'en charge tout seul; la main lui fait défaut; il arrive en retard à la parade, et Yousouf le poignarde.

I9i INTRODUCTION A L'ilISTOlRE DE L*AS1E

Sous Melik Chah, Tempire des Seidjoukidcs est à son apogée. Douze fois le grand Seldjoukide parcourut son empire, depuis le Yemen jusqu'à T'^xus. Gendre de Tempereur romain et du khakan de Samarkande, il daigna être le beaupère du khalife de Bagdad. 11 donna en fiefs et apanages l'Asie Mineure et les Marches de Roum à Suleïman, la Syrie à son frère Tutuch, l'adversaire des croisés, le Kharezm à Nouchtékine Gartcha, Alep à Ak Songar *, Mosoul à Tchikermicb, Damas à Koboulmich, la Perse, à Khomar Tékinc à son (ils Sandjar, il confia, de son vivant, la Transoxiane, déjà aux trois quarts turque, et le Khorassan. Son tombeau est encore vénéré à Bokhara. A sa mort (1087), Arslan Khan de Samarkande lui succéda, puis, à la mort d'Arslan Khan (1107), par double droit, Sandjar, fils de Melik Chah et gendre dWrsIan. Pas un apanage de son père, pas un fieiïé de son beau-père ne voulut reconnaître Sandjar. Chacun de ces princes turcs, maître de son armée, se maintenait dans ses terres, ne voulait plus de suzerain. Courant de Tun à Tautre, il essayait de les rallier autour de la bannière seldjoukide; quand ces musulmans comprirent, se groupèrent, s'arrachèrent à leur égoïsme de fils de condottieri parvenus, ayant fait souche do princes, il était trop tard. Par le Pé- Lou, par le Nan-Lou, à Test, par les steppes et par le Kharezm au nord, les Turcs arrivaient maintenant en masse, en corps de nation, et réclamaient, par droit d'aînesse, leur part à leurs cadets pourvus avant eux, islamisés, iranisés, ne tenant aucun droit du seul souverain légitime, dans les idées des vieux Turcs issus du Loup Gris et sortis de FErkené Koun, à savoir du Bogdo Khan^ « du Saint Empereur », de Tempereur de Chine.

En 1004, la même année où le grand Gaznévide était parti

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