Nom chinois, en mongol « Alluo Khan
raie, il réunit les chefs de sept cités (Turcs sédentaires) et de dix-huit tribus (Turcs nomades).
Je reproduis textuellement, d*après les annales diinoiscs \ le discours qu'il prononça devant l'assemblée; il est capital : « Mes ancêtres avaient fondé un vaste empire, et ont dû faire face à de rudes épreuves. Neuf empereurs y ont régné, à la suite, pendant deux cents ans. A présent, les Kiu, sujets de notre dynastie, massacrent nos peuples, détruisent nos cités. Notre empereur Tien-Tso ' a été contraint de fuir honteusement, d'abandonner Tempire à Tanarchic. Maintenant,... confiant en la justice de ma cause, je viens demander votre assistance pour l'extermination de Tennemi commun, et le rétablissement de notre empire... Je ne doute pas que vous no défendiez notre empereur et père, ni que vous restiez indiflërents aux malheurs de notre peuple. » L'annaliste chinois ajoute : « L'assemblée leva une armée de plus de dix mille cavaliers, et Ta-Slii les pourvut et munit de bonnes armes. »
Le discours de Taventurier turc, académicien chinois, contient en germe tout le programme du futur Tchinghiz Khan. Pour la première fois, dans ce pays des Marches, la nationalité turque est nettement proclamée, sa solidarité avec Tempire chinois franchement afûrmée, ses droits, envers et contre tous, hautement revendiqués. Depuis tant d'années, les Turcs se battent, pour protéger le grand peuple travailleur, rimmense ruche chinoise, contre ses ennemis du dehors; depuis tant d'années, ils veillent pour y maintenir Tordre contre les ennemis intérieurs, contre la révolte, l'anarchie. Tous les Turcs sont solidaires, et la Chine est
1. Liao S ht y chap. xxi. Dans BreUchneider, Sotices uf (he mettixval Geoip'aphy and history of centrai Asia, p. 24,
2. Le Turc partit des empereurs chinois comme d'ancélres réels, suivant i»on druit coutumier d'adopUon à rebours.
leur mère nourricière. Les Mongols n*ont jamais demandé autre chose, quand le petit neveu de Ye-Lou-Ta-Cliî, chancelier du Tchinghiz Khan, codifiait le droit coutumier turcomongol, et disait à son mattrc : « l'Empire a été fondé à cheval, mais on ne peut pas le gouverner à cheval '. » Il se trouva que Ye-Lou, l'académicien et le politique, était aussi brave, le sabre au poing, que disert le pinceau entre les doigts. Ce Turc chinoise fut le premier capitaine de son temps. Il est vrai qu il savait au juste ce qu'il voulait; les masses turques le comprirent. Ce n*était plus par bandes qu'il fallait s'établir en pays iranien, mais en corps de nation. A Touest comme à Test, le pays devait être aux Turcs; ils l'avaient assez défendu; ils y avaient assez peiné. La terre était à eux, aussi loin qu'ils trouveraient un homme parlant turc, et quiconque leur résistait ne pouvait être qu'un rebelle ou un déserteur. Rébellion, désertion — peine de mort en droit turc. En un tour de main, ralliant les uns, brisant les autres, les Kara-Khitaï furent maîtres du Pé-Lou, du Nan-Lou et de son hexapole, où les Oïgour bouddhistes, chrétiens et païens, les accueillirent sans façon. Les musulmans n'osaient pas faire grise mine à ces conquérants qui parlaient leur langue, qui invoquaient leur parentage; au fond du ccèur, et tout bas, pour ne pas se compromettre en religion, ils les préféraient à leurs coreligionnaires Tadjiks iraniens et Turcs iranisés de Transoxiane. Dans cette fortune subite des Kara-Khitaï, la position du dernier Seldjoukide d'Asie centrale, du noble et infortuné sultan Sandjar, devenait désespérée. Turc aux yeux des Iraniens, et Persan aux yeux de tous ces Turcs du Nord et de l'Est, Kankli, Oïgour, Kara-Khitaï, Karluk, Kalatch — sans compter les Chinois,
1. Le parent du grand chancelier, premier ministre de Gengiskhan, Ye- Lou tchou t'sai, a écrit une description archéologi<iue des États mongols. Cette famille turque des Ye-Lou était douée, en tous travaux.
LES TURCS ET L'ISLAM i97
— qui haïssaient tout ce qui avait une goutle de sang persan dans les veines, qui revendiquaient désormais la Transoxiane et ses marches comme un domaine national, qui repoussaient toute autre suzeraineté que celle de la Chine, toute autre solidarité qu'avec les Chinois, que pouvait faire le malheureux sultan Sandjar, l'homme du khalife? Nos croisés ne se doutaient guère de la peur qu'inspirait aux marquis de la maison de Bougou Saldjik, aux petits sullans seldjoukides qu*ils prenaient pour des potentats, la terrible masse turque indigène que ces émigrés sentaient approcher derrière eux. Atabeks du sud, sultans de Roum à l'ouest, tremblaient à chaque mouvement dans TAsie centrale, ne craignaient rien que le mécontentement de Melikchah, ou la colère do Sandjar. En 1141, l'infortuné sultan, le dernier des Seldjoukides en vraie terre turque, perdit sa dernière bataille contre le khan des Kara-Khitaï, qui avait pris le litre de Kour Khan '. A la même époque, un descendant du vassal auquel les premiers Seldjoukides avaient donné le Kharezm en fief, un vrai Turc Kankli (il s'appelait en franc turc Aisiz^ « sans nom )>), prenait le titre de Sultan dans le nord-ouest. Les Kara-Khitaî et leurs vassaux les Oïgour, les Turcs chinoises, à Test, les Kankli et les Kalalch, les Turcs iranisés, à l'ouest, se partageaient l'Asie, depuis la Chine jusqu'à Roum. L'Iranien ne comptait plus pour rien; il était devenu masse anonyme, Tadjik^ taillablo et corvéable à merci, Sario c< manant », ou Tognuik, « indigène », comme l'appelaient les Turcs. Les affaires de Transoxiane, dTran, et naturellement du Caucase et du pays kiptchak, étaient désormais aiîaires purement turques, puisque les Kara-Khitaï du Liao, les gens venus de Pé-King, se posaient en héritiers des
1. Le sens du mol est ambigu. Kour-am-ak signine • eiilourer, franlor, proléger »; Kour-énej « enceinte, Kanle •. Je ne risi|ue aucune interiintalion.
198 INTRODUCTION A L'tfISTOIRE DE L'ASIE
Ilan et des Thang, en champions officiels de la Chine dans Touest. L'Asie devait appartenir, évidemment, au premier Turc qui aurait Taudace de se faire reconnaître, par toules les nations, pour le véritable et authentique lit Khan^ « Illustre Empereur » — pour TEmperour légitime de la Chine.