Voir plus haut, p
5. Le chinois, et M. Brelschneidcr, d*aprës lui, traduisent • de la raison céleste ». Le texte chinois, ramené au turc, donne > face, visage • et non • raison •.
6. Le (exlc chinois représente les deux mots turcs par Hie-li-Uol-Da^ dont le commencement est inintelligible, et dont la (in donne, à peu près, • Boutdak -. Le Tchinghir. Khan est né à un endroit orthographié par tes Turcs - Dieloun-Bouldak • et par les Mongols, « Deligoun-Bouldak •.
7. La transcription chinoise donne bien le turc Koutlouk-Dagh^ • la montagne fortunée, la montagne du pouvoir -.
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sant du vinaigre; elle se brise par morceaux qulls emportent en Chine. Mais bien avant, quand cette montagne ou Butte de la Puissance se dressait encore près de Ho-lin, en face de la Montagne de l'Epouse, et de la Montagne de la Face divine, une nuit, dans ces lieux saints, un arbre sacré fut visité par un rayon de lumière; il conçut, et mit au monde cinq enfants, dont le plus jeune s'appelait Bougou Khan. Ses descendants régnèrent sur le pays appelé les Cinq- Villes, jusqu'aux frontières de Chine et de Tibet, pendant neuf cent soixante-dix ans, et leur dernier roi Barlchouk fit sa soumission volontaire au Tchinghiz Khan.
Telles sont les quatre légendes : les deux turques, la mongole, et la chinoise; on les trouve un peu partout avec beaucoup de variantes. Je me borne aux quatre formes typiques et essentielles. En les confrontant, et après compa* raison avec d'autres documents, on arrive à reconnaître que les Bordjiguène étaient d*orjgine turque par les femmes; qu'ils se rattachaient, de ce côlé, à une ancienne famille de la Pcntapolc, c'est-à-dire du pays que les Chinois appelaient Pé-lou « roule ou marches du nord », où les tribus turques, sous le nom de Oïgour, a civilisés », avaient, en grande partie, renoncé h la vie nomade dès le vni* siècle; dans ce pays, les missionnaires nestoriens avaient implanté le christianisme, répandu la connaissance de l'écriture, et fait adopter l'ai* pliabet syria4]uc, à la place de l'alphahet scythique dont les Turcs se servaient auparavant. Cette famille des Bordjiguène s'attribuait une origine miraculeuse; elle était issue d'une femme dont les musulmans arrangeaient Thisloire conformément aux traditions occidentales en la comparant à la vierge Marie, dont les bouddhistes façonnaient la légende à l'indienne et à la tibétaine, d'après celle de la vierge mère du Bouddha Maïtreya; l'ancien séjour de la famille était près de la demeure rovale des anciens rois turcs du vni* siècle, et
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près des sanctuaires vénérés par les tribus turques depuis un temps immémorial. Les Bordjiguènc étaient reconnus ou se faisaient reconnailre par le titre de Niroun « purs, issus de la lumière », prenant le pas sur des parents, de même origine, issus de la même mère, laquelle s*appelait Goa, qui veut dire en turc la « Biche » '; ils reconnaissaient, comme parents « purs », deux familles issues de la '< Biche », portant toutes deux le patronymique Bougou, « le Cerf»; Tune s'appelait Khataki, Tautre, Saldjigh, à la mongole, Seldjik, Saldjouk, à la turque; le Bougou Seldjik, qui se convertit à rislamisme vers l'an 1000 et gagna fiefs en Transoxiane, appartenait presque à coup sûr à cette dernière, de sorte que le Tchinghiz Khan, et ses descendants les Gengiskbanides, pour les nommer d*un nom familier au lecteur, étaient apparentés avec les sultans Seldjoukides qui ont bataillé contre les croisés en Syrie et en Asie; probablement, les Bougou et les Bordjiguène étaient d'origine chrétienne par les femmes. Enfin, du côté des hommes, ces Bordjiguène, accueillis, par mariage, dans une grande famille turque, étaient des Mongols, car si Bougou et Goa sont des noms purement turcs, nous voyons paraître, à côté d'eux, dès la première génération après le miracle, Boudantsar, qui porte, lui, le nom purement mongol Mony Khan^ soit Metuig^ et plu« tard Meuntjhe Khan *, (|ui signifie « divin, céleste, sacré » et nous reporto encore aux sanctuaires des montagnes saintes. La nation mongole a été formée par la confédération de tribus turques et de tribus mongoles proprement dites, apparentées et mélangées par des alliances depuis plus de trois siècles, quand la famille des Bordjiguène a commencé
1. Mural est, en turc, le nom K<^nêrique du grand cerf do la haulc Asie; le mAlc s*appullc Bougou ei la femelle Cou.
2. C'est la véritable orthographe et prononciation du Mamjou Khan de Rubruquis et de Plan Carpin.
à jouer un rCile politique au xu* siècle, donnant aux Mongols une existence autonome qu'ils n'avaient jamais possédée sous la domination turque ancienne ou oïgourc.
Lorsque, plus tard, Tempire d'Asie a été conlralisé, sous rhégémonie des nations turques et mongoles, par le grand Tchinghiz Khan, les écrivains officiels de Tempire ont fabriqué à l'empereur, pour des raisons politiques, une généalogie dans laquelle les noms des anciennes maisons turques et de la nouvelle maison mongole figuraient ensemble, par interpolation mutuelle; de sorte que les généalogies turques musulmanes et mongoles bouddhistes font également remonter les Bordjiguène — c'est-à-dire la famille régnante mongole au XI* siècle — jusqu'à l'ancêtre légendaire des Turcs, qui est liurté'lchinoy a le Loup gris ». Nous arrivons ainsi à cette dernière conclusion, que les tribus et les clans mongols ont fait partie intégrante des empires turcs au temps des Uioung-Nou du Sud, puis à celui des Hioung-Nou du Nord, puis à celui des Ton-Kioue (545-745), puis à celui des Oïgour orientaux, jusque vers Tan 1000, — et qu'an xi' siècle, quand les grandes nations turques des Oïgour occidentaux, des Kankli, des Kalatch, ont, de plus en plus, porté la direction de leur activité vers l'ouest, laissant le champ libre, dans l'est, aux Turcs Kara-Khitaï, ces clans et tribus mongols ont commencé à vivre d'une vie autonome, se groupant autour des familles dites Niroun, « pures, illustres », en confédération avec les Turcs qui n'avaient pas trouvé fortune dans l'ouest. La révolution qui, au xn'' siècle, chassa les Turcs Kara- Khitai ou Liao de la Chine, et fit passer le pouvoir aux mains des Toungouzes Niu-Tchi ou Mandchous, acheva d'aiïranchir les Mongols et les tribus turques, au nord de la Chine, de la domination qu'exerçaient sur eux les grandes nations turques de l'est et do Touest. Au xu* siècle, les Mongols sont indépendants, dans le pays entre la Selenga et l'Orkhon, et les
â06 INTRODUCTION A L*HISTOIRE DE L*ASIE
Turcs Kéraïtcs, Naïmanes, Karluks, autour d*eux. le sont également; bien pauvres et bien faibles à côté de leurs puissants parents de Touest, les Turcs Kara-Khilaï, les Kankli, les Oïgour, les Kalalch, qui se partagent TAsie depuis les Marches occidentales de Chine jusqu'à Tlndus et jusqu^à TEuphrate; bien chétifs à côté de leurs terribles voisins de Test et du sud, les Niu-Tchi, maîtres de la Chine jusqu'au Fleuve-Bleu, souverains conquérants du vieux pays turc de Liao et de Transbaïkal; bien isolés de leurs parents du nord, et du Grand Ouest, les Kiptchak, les tribus rompues ou Kirghiz, les tribus marronnes ou Kazak, mais désormais autonomes, libres de leurs mouvements.
Réduits à cette détresse, au milieu de tous ces gens pourvus, Turcs et Mongols se consultèrent, se réconcilièrent, s'entendirent pour demander aide et protection à la vieille mère nourricière, à la Chine. De la Chine du nord, il n'était pas question; le maître, à Pékin, c'était l'empereur de r « enceinte dorée », le Niu-Tchi, le « Tchortcha », comme ils l'appelaient, l'ennemi héréditaire. Ils s'adressèrent au vrai Chinois, à l'empereur légitime, celui de la dynastie nationale des Song qui régnait au sud du Fleuve-Bleu. Si le Saint Empereur voulait, il n'avait qu'à parler; il était leur père et mère; eux, ses enfants, se battraient pour lui contre les hommes pervers, contre ses ennemis, contre ses esclaves rebelles; de maintenir Tordre dans les steppes, au nord de la Grande Muraille, ils s*en chargeaient gratis, pour l'amour du Saint Empereur, leur père et mère; de mettre à sac ces méchants, ces rebelles, ces parricides tchortchas, ils s'en feraient une fête; mais ils étaient pauvres, leurs chevaux étaient maigres, les bonnes armes coûtaient très cher; il leur fallait une petite provision, du grain pour leurs familles, un peu d'argent pour leurs reîtres, si peu que rien, pour leur honneur de princes; au besoin, ils se contenteraient de
titres, avec quelque chose de solide en plus, des étoffes, des pièces de soie. Ainsi quémandaient ces princes mongols et turcs, faméliques descendants du Loup bleu, de Tange Gabriel, du Cerf pur et de la Biche immaculée, sollicitant du Saint Empereur de Chine quelques subsides, pour se battre à son compte et nourrir leurs nobles familles. Les Chinois les connaissaient de longue date, et savaient à quoi s'en tenir. Ces condottieri besogneux promettaient toujours, et ne tenaient guère; à les en croire, ils devaient arriver avec des armées formidables, des vingt, des trente mille hommes équipés de pied en cap; mais sitôt qu'ils tenaient une avance, on les voyait venir avec un millier de pillards qui rançonnaient et branscataient le pays ami, mais, avec Tennemi, se battaient le moins possible. Les Chinois exigeaient des garanties, serraient les cordons de la bourse, ne payaient le prince mongol ou turc que sur bonnes preuves de son pouvoir militaire ; de sorte que ces pauvres gens se battaient entre eux pour prouver aux Chinois qu'ils étaient gens à se battre contre d'autres; sans compter que, malgré les meilleures intentions du monde, n'y eût-il pas de Chinois pour les employer, ils se seraient battus tout de même, ayant mille bonnes raisons pour se battre, et, à défaut de raisons, le point d'honneur de passer pour vaillant. On trouve, dans Sanang Setzènc, cette phrase extraordinaire, que pendant le | règne du Tchinghiz Khan, la Mongolie jouit d'une paix pro- \ fonde; et chez les contemporains, chez Marc Pol, chez Joinville qui raconte par ouï-dire, la môme impression : « il a donné la paix à ses peuples » *. On juge, par là, de ce que pouvait être l'état des petites nations et des clans mongols
I. Joinville, éd. Société Hist. de France, p. 170 :« Si esUiblissement qiril leur donna, c<* fti pour tenir le |>euple en paix... Moût d'autres bons establisftome ns leur donna pour paiii avoir. • Paix est pris aussi dans le sens mèdiévique de « constitution ••
à Tépoque de la domÎQalion des empereurs de TEnceinle Dorée en Chine, quand les Oïgour et les Khilaï leur barraient la rouie des aventures vers Touest, et quand les Tchortcha tenaient tous les emplois militaires au sud. Ces braves, devant le râtelier vide, n*avaient plus autre chose à faire qu*à se battre entre eux, et ils se battaient consciencieusement. A la première proposition des Song, Mongols, Turcs, Kéraït, Naïmane, Karluk se réconcilièrent, tombèrent dans les bras les uns des autres. Enfin, on allait avoir de l'ouvrage payé !
Nous ne possédons point de documents positifs, établissant, directement, que les princes mongols, dans la première moitié du xn*' siècle, et leurs alliés, les Turcs Kéraïtes, étaient à la solde des empereurs chinois de la dynastie Song; mais les preuves indirectes sont suffisantes. Entre 1120 et 1130, Kaboul Khan, grand-père de Yésougueï, un Bordjiguène, était un condottiere assez renommé pour que l'empereur de TEnceinte Dorée cherchât à le gagner et à le retenir dans son service. L^annalisle chinois nous montre ce roitelet mongol au naturel, vrai reitre; invité à la table impériale, il mange comme six, boit comme douze, se grise, empoigne Tempereur par la barbe; puis, quand il a cuvé son vin, il demande qu'on lui coupe la tète, en punition de son inconvenance. Bien entendu, l'Empereur d'Or, qui, en sa qualité de Mandchou, est indulgent pour les gaietés militaires après boire, ne défère pas à cette excessive courtoisie, et fait présent au condottiere repentant d'un habit d'honneur en satin broché, d'une couronne et d'une ceinture d'or — c'est-à-dire, en langage ordinaire — lui donne l'investiture, et lui reconnaît le litre royal. Or, en 1135, l'Empereur d'Or envoie une expédition contre ce même Kaboul Khan, qui a fait mettre à mort les résidents chinois-mandchous installés sur ses territoires, et à partir de 1138, les Bordjiguène sont en guerre
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incessante contre la Chine du Nord. Cette guerre, dans leur élat de dénuement, malgré tout ce que leur rapportait leur butin, ils n'auraient certainement pas pu Tcntretenir régulièrement sans les subsides de la (^hine du Sud. Le petit-fils de Kaboul Khan, Yésougueï le Vaillant, quand il fut au comble de la grandeur, ne réussit jamais à grouper sous sa domination plus de quarante mille tentes, ce qui représente, environ, deux cent mille àmcs, soit quinze à vingt mille combattants pour une expédition lointaine. Avant d'assaillir la Chine, il fallait traverser le désert, oii la moitié des chevaux périssait, certainement. De plus, il fallait laisser du monde au pays, pour défendre la famille et les troupeaux contre les coups de main des clans dissidents, et contre les attaques en force des Tchortcha venant du Songari; à ceuxci, on tournait le dos, car les expéditions des Mongols et de leurs alliés turcs kéraïtes contre TËnceinte Dorée se faisaient toujours par Touest, au défaut de la Grande Muraille, vers la province chinoise actuelle de Kan-Sou, de manière à se mettre en communication avec le Se-Tchuen, qui appartenait aux Song. Pour équiper leurs hommes, acheter des armes, qui leur venaient, en grande partie de Chaclie, le Tachkend actuel, manufacture d'armes réputée à cette époque *, ou de Chine, pour laisser une réserve de grain à leur famille *, pour payer des droits aux Turcs Naïmanes et
1. Surtout d'arcs, Tarme nationale. Les Mongols ne fabriquaient eux-mêmes (|uc la flèche: Parc venait de Ctiaohe ou <lo Chine. L'armure, généralement en cuir laqué, semblable aux armures japonaises, ne pouvait venir que du pays de Liao, qui l'iait aux mains des Mandchous, en communication rcgulière avec le Japon et laD^rce; d'où Textrême pénurie d'armures fiarmi les Mongols, à cette cpoque. Les Innics do sabre et les fers de lance étaient importés du Japon, lie Chine, de Trarisoxjaiie, et de Tlnde par le Tibet. Les bonnes cordes d'arc, en ehanvre ou en soie, ne pouvaient >enir que de Chine.
2. Quand une fraction de la Iribu tatare de> DJriair vint s'incorporer à la confédération mongole-turque, du temps de Uoutouménine Khan, père de Songar, père de Toumcné, père de Kaboul, elle était dans une telle misère qu'elle déterrait des racines de soudou {Sanffuisorha Carnca). - Howorlb, p. 39; de Mailla, ete.
ihthodcctiox a L'Mi<roiftc us l a«ik, 14
à leurs voisins oïgours, maîtres des roules vers Touesl, les princes mongols et les Turcs Kéraïtes ne pouvaient se passer des subsides chinois. Or, étant en guerre déclarée, perma-nente, avec Tcmpire chinois mandchou du Nord, ils ne pouvaient recevoir d'argent que de Tempirc chinois national du Sud, celui des Song, et dès 1138, toutes leurs expéditions en Kan-Sou, en Chen-Si, sont visiblement organisées de manière à dégager les Song, dans leur lutte renouvelée contre les Kin de Pékin, les Empereurs d'Or, ou à faire diversion aux Kin, dans leur propre pays, quand ils veulent entreprendre contre les Song. Ce pays , c'est le Liao , le pays d'origine des Turcs Kara-Khitaï, dont les émigranls, dépossédés en Chine, sont maintenant tout-puissants dans l'Ouest. Par le sang, par les alliances, parla politique, les hobereaux mongols de la maison de Bordjiguène et leurs alliés, les roitelets kéraïtes, sont à partir de 1140 les champions, soudoyés par la Chine du Sud, des petites nations turques contre les Tchortcha, Niu-Tchi ou Mandchous, maîtres et oppresseurs des Turcs dans la Chine du Nord.
La partialité des Chinois en faveur des Mongols, à cette époque, est évidente dans leurs annales. Pendant que les chroniqueurs mandchous, recueillis dans la compilation faite au xvn® siècle sous le titre de Histoire des (rois royaumes *, ne disent pas un mot des Mongols avant la grande guerre de 1209, les annalistes chinois, à partir de 1130, sont remplis de leurs exploits contre les Niu-Tchi. En lliS, d'après les Chinois, lempcrcur de l'Enceinte Dorée (il s'appelait Dan-IIola*) se serait fait battre par les Mongols si durement qu'il aurait reconnu à leur chef le titre de roi, et lui aurait cédé une partie du territoire niu-tchi. D'après les annales mandchoues, ce
1. Aisin Gurun-'i Sttduri Hithe, • le Li\re de rtii^toire de l'Eiiceirilc Dorée traduit par de Mariez, p. X.