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Deux saints très vénérés dans l'Asie centrale

3. A la turque; Koukiché, à la mongole. Les deux noms viennent de Kenk, Gueuk^ (|ui signifie « bleu • au propre, et • céleste • au figuré.

ribles hivers de Mongolie. On racontait qu'il s*enyolait au ciel, monté sur un cheval couleur de nuées, et qu'il s'entretenait familièrement avec le Tengri, Tenir le saint, et son fils le faiseur de miracles, c'était tenir le sanctuaire, mettre Témoudjine sous la protection de la religion. Les délais de veuvage à peine accomplis, la Grande Douairière se fit épouser par Minglig Elchigué . Maintenant l'adolescent Témoudjine pouvait jouer du sabre & cœur joie; elle lui avait gardé le drapeau; elle lui livrait le sanctuaire. Même vaincu, il était assuré d'un vengeur; il pouvait jeter à la face de ses ennemis la honte de la désertion et l'opprobre du sacrilège.

Témoudjine se montra digne fils de sa mère; dans celte terrible vie de hasard qui dura jusqu'à sa trente-deuxième année \ aucune épreuve ne lui fut épargnée; il vida la coupe d'amertume; deux amitiés héroïques le soutinrent, lui firent, comme dit Abou'lghazi, que j'aime à citer en sa simplicité, « goûter le doux et l'amer »; ce furent celle de son frère, Djoudji KhassaVj « Djoudji le Tigre », et de son fidèle compagnon Bogordji, le fils de Nago Baiane^ « Nago le riche », chef de la puissante maison des Arlad, la plus noble, chez les Mongols, après celle des Bordjiguène. Parents et voisins s'étaient jetés de toutes parts sur les misérables débris de la succession de Yésougucï, sur un étal qui n'était môme plus une tribu, sur un peuple raccolé » par dix et par cinq familles ». Les plus acharnés étaient les Taïdjiout, dont le chef se prétendait souverain légitime , réclamait le commandement par droit de naissance; à côté d'eux, un antre clan dos Niroun, des « purs » Mongols, descendants de la Lumière, les Djouïrat; leur chef s'appelait Ujamouka, et on le surnommait Djitrlihie,<i le subtil, l'éloquent »; il avait le

1. Juiiqu'à quarante ans, dans les historiens musulmans qui vieillissent GenKiftlthAn do sept ans.

génie de rinlrigue et le don de la persuasion. Puis, c'étaient les Tatar trans-songariens, les Solongo, u gens de TOuest », contre lesquels Yésougueï avait bataillé à la solde des Chinois nationaux, et qui ne demandaient pas mieux que de se faire valoir auprès de leur cousin, Tempereur de Péliin, tout en se vengeant de leur vieil adversaire sur son fiis à peine hors de page; avec eux, d*autres Toungouzes, gens des bois, vivant de chasse, courant le plat pays avec leurs chiens et leurs traîneaux, de vrais brigands : les annales turques et mongoles les appellent tantôt Mékril, tantôt Merkit ou Merguèd, probablement estropiant leur nom de Merguêne^ « tireur, chasseur ».

Pour tous ces gens, prétendants, princes de proie, ban- >^ douliers de profession, le petit Ëtat péniblement fondé par

les Bordjiguène entre la Kéroulène, les montagnes de Kenlcï et TOrkhon était une véritable pierre d'achoppé* ment, les séparant les uns des autres, les coupant des routes vers le sud, vers Test, vers Touest, exploitant à leur détriment les lieux saints; dans leur pensée secrète, celui qui le tiendrait serait maître de tous les autres. Les deux compétiteurs sérieux, quasi légitimes, les Taïdjiout et les Djouïrat, et leur chef Djamouka Tlntrigant, traquèrent Témoudjine avec rage; leurs divisions le sauvèrent. Dix fois, dans des alternatives de succès et de revers, pressé par tant d'ennemis, le Bordjiguène dut prendre le désert; battant Testrade en cosaque, parmi les traquenards et les embuscades, jamais il ne cessa d'agir en roi. Ce fils de la dame « de haut respect » imposait le respect aux ennemis comme aux amis. Il avait le génie de l'autorité; réduit aux abois, il ne solli* citait le secours de personne, mais le commandait impérieusement, comme une redevance obligée, due à sa maison. Vaincu, fugitif, partout où il passait, il parlait en maître, exigeait ses droits régaliens, Timpôt en nature, la dime sur

les quatre espèces *, la conscription individuelle d'un homme par famille pour les nationaux, et le contingent de cent hommes par cent familles pour les alliés '.

La légende mongole, qui exagère évidemment les infortunes de Témoudjine, pour rehausser le caractère de son héros par le contraste entre ses misères passées et sa grandeur future, et aussi pour lui donner Tesprit bouddhiste du sacrifice volontaire et des épreuves acceptées, fait un roman de sa jeunesse. Il est pris par ses ennemis les Taïdjiout, qui le mettent à la cangue ; il s*enfuit, et se plonge dans un marais, enfoncé dans la vase « jusqu^aux narines » ; un vieux Mongol le cache dans une charretée de laine; avec Bogordji, le fidèle, pour unique compagnon, il va reprendre aux Taïdjiout les huit chevaux isabelle qu'ils lui ont enlevés, etc. En réalité, à force de constance, appuyé par TinQuence religieuse de Minglig et de Geuktché, par la neutralité bienveillante des Koungrad, par les secours des Arlad à la dévotion de son ami Bogordji, fils de leur chef Nago BaTanc, et servi par les divisions de ses adversaires, il réussit à se maintenir dans le pays entre Onon et Kéroulène, sans recourir à la dangereuse protection des Kéraït. En 1189, d'après Sanang Setzène ', qui avance les dates pour grouper les événementSi étant âgé de vingt-sept ans, il fut reconnu comme Khagan, «( empereur d, par les Arlad, sur la prairie de la Kéroulène, et prit le titre de Soutou liot/do, « Incarnation de Dieu » *. A

1. Chevaux, chameaux, btrufs et moulons; t»es frères eux-mêmes n*en claienl pas exemptés.

2. On trouve TexiKisé de cet ancien système militaire dans VHistoire de Vetnpire tCOr^\t. 2*Ht». Les troupes nationales, recrutées individuellement, sont sous les ordrcH de rhefs nommés par le souverain; les contingents auxi-

iaire** gantent leurs cht'N héréditaires ou éleclifs ',p. 71).

3. Témoudjine ne fut élevé sur le feutre blanc, prenant la dignité impériale et le tilre de Tchingliiz Kan, qu'en 1206.

4. A la chinoise • lils du Ciel », à la turque • forée du Ciel -. Sout est une forme mongole de Gnut, Kout, et signifie rÊmanation de la Divinité incarnée dans la l*ersonne Imftérialc; Souiou l/o^</o représente ainsi, en mongol, le Koui'Tangri des Hioung-Nou et des Turcs. Le titre, à la fois chinois et vieux

ce sujet, le bon Sanang ne manque pas de raconter un miracle qui montre le caractère religieux donné par Minglig et Gueuktché au pouvoir naissant de Témoudjine : « Trois matinées consécutives, un oiseau de cinq couleurs, en forme d*alouette, vint se poser sur une pierre carrée, devant la maison *, chantant Tching ghiz^ Tching ghiz; d'où Témoudjine reçut son nom de Tchingghiz Khagan, sous lequel il devint célèbre dans le monde entier. Ensuite de quoi la pierre s^ouvrit d'elle-même, et il en sortit, à la vue de tous, le sceau nommé Khass Boo, « caillou de jade ». Il était long et large d'une palme; sur le plat on voyait une tortue, entourée de deux dragons du plus fin et du plus bel ouvrage qui se puisse trouver. » C'est le vieux sceau impérial des Turcs du vi'' siècle; les récentes fouilles de Karakoroum ont mis à jour la tortue symbolique et les deux dragons enlacés.

Soit un peu avant, soit un peu après sa reconnaissance par les Ârlad, aux environs do 1188, il est certain que Témoudjine était assez fort pour livrer bataille rangée aux Taïdjiout et à leurs confédérés. Le retentissement de la victoire fut énorme dans le pays, assez mémorable pour que les annales chinoises et turques aient conservé le détail de l'aOaire. Les Taïdjiout et leurs confédérés, parmi lesquels il y avait des Mergued et des Tatar, avaient résolu de frapper un grand coup; ils avaient réuni trente mille cavaliers; Djamouka et ses Djouïrat étaient avec eux. Tous ensemble, bien armés et résolus, comptaient surprendre Témoudjine et l'écraser, probablement dans le mois où il tenait la campagne pour couvrir le déplacement annuel de ses nomades entre leur camp d'hiver et leur camp d'été, marchant encombré de bétail, de chariots et de bagage. Mais il était sur ses gardes.

turc, s'accorde avec la théolofçie bouddhisle. Il e^l évidemment puslcrieur À la prodamalion de Témoudjine.

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