‹ Introduction à l'histoire de l'AsieChapitre 86 sur 212 · I. Où se lit la proclamation · texte numérisé non relu

I. Où se lit la proclamation

ayant loas ses geus de guerre avec lui, treize mille hommes. Reculer, c'était livrer à Tenuemi le bien de ses peuples; donner la bataille avec treize mille hommes embarrassés de charrettes et de troupeaux contre trente mille, libres de leurs mouvements, c'était la perdre. Dans ces dangereux impedimenta^ Témoudjine vit un moyen de salut. A Baldjouna Doulak^ « les sources de la Baldjouna », un petit affluent de ringoda, à Touest de TOnon, près d'une foret, il choisit son terrain, fit face à Tennemi, appuyé aux bois d*un côté, couvert, de Tautre, par un retranchement improvisé qu*on forma de treize redoutes faites avec les chariots et le bagage empilé; au milieu des treize redoutes, on enferma le bétail. Le combat fut rude; six mille confédérés restèrent sur le terrain, soixante-dix grands chefs taïdjiout furent pris, amenés devant Témoudjine, le sabre et le carquois pendus au cou. Ce fut la première grande victoire mongole. Témoudjine avait divisé ses cavaliers en treize corps, de mille hommes chacun. Dans une histoire où le militaire domine, il est nécessaire d'indiquer les choses qui se rapportent aux armes. La division par mille iiommes, dans une armée de la haute Asie, en 1188, était une innovation, une véritable révolution tactique. L7/?5/oire c/e r empire d'Or nous a conservé le détail de l'organisation militaire et des procédés tactiques , au commencement du xii'' siècle , chez les Mandchous, et par conséquent, chez les Turcs et chez les Mongols. Dans les troupes à cheval, qui composaient la très grande majorité des bandes nationales — les gens de pied étant Chinois, Tibétains ou Toungouzes des bois, — Tuniié de combat était de cinquante hommes et se formait sur cinq rangs, présentant ainsi dix hommes de front. Les deux premiers rangs portaient Tarmure de plates ajustées par bandes, assez connue aujounlhui par les nombreuses armures japonaises de ce modèle qu'on trouve [mrtout en France, ou le

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corseC de fer à feuilles imbriquées. Aux armes nationales, Tare et le sabre demi-courbe, ils ajoutaient la lance, souvent garnie d'un crochet rivé sur la douille du fer; leurs chevaux étaient bardés. Les trois derniers rangs, montés sur chevaux plus légers et sans bardes, armés de cuir bouilli, ou de mailles, remplaçaient la lance par la javeline. Les trois derniers rangs détachaient deux hommes en avant du front en éclaireurs, un certain nombre de files de droite et de gauche en flanqueurs; au moment du combat, le reste passait devant, préparait Tattaque par essaims de tirailleurs, couvrant Tennemi de flèches et de javelines, puis, quand il semblait suffisamment ébranlé, disparaissait entre les intervalles des pelotons, et laissait le champ libre aux deux premiers rangs qui chargeaient à fond, la lance en arrêt et le sabre haut '. Cette disposition, par pelotons de cinquante, donnait des escadrons de cinq cents, et des corps d'armée de cinq mille hommes. On verra plus loin qu'elle fut conservée sous le Tchinghiz Khan et ses premiers successeurs, pour les troupes auxiliaires et les contingents, qui formèrent des corps d'armée de cinq mille hommes, au lieu que les corps nationaux réguliers, nommés Toumane^ « dix mille )),sont invariablement composés de dix escadrons nommés plus tard, en persan, Hézar^ « mille », qui se décomposent chacun en dix pelotons de cent hommes. Comme la formation sur cinq rangs subsistait, Témoudjine avait donc, dès l'année 1188, doublé relTectif et le front de son unité de combat, vingt hommes au lieu de dix, et cent hommes au lieu de cinquante, comme on le voit par ses treize divisions de mille hommes à la bataille de Baldjouna Boulak.

Le premier résultat de l'affaire fut de détacher les Djouïrat de la confédération ; Djamouka en personne vint présenter à

it Aïsin Gurun, p. S88.

LBS MONGOLS 2^5

Témoudjinc ses excuses el la soumission de ses gens.* Douze ans après, nous le retrouvons avec Tokla Begui le Mergued, Tàme d*une coalilion formée par des Niroun el par des Turcs contre Tcmoudjine. Intrigant et combattant, il ne devait succomber qu*en 1204, dernier adversaire national des Bordjiguëne, dernier défenseur des libertés de clans contre la centralisation du Tchinghiz Khan.

De 1189 à 1193, lentement, patiemment, tantôt par la force des armes, tantôt par des négociations et des mariages, Témoudjine établit son autorité sur les tribus d*origine turque, mongole et tatare, Oxées au nord du Gobi, entre la Kéroulëne et la Selenga, dans la direction du sud jusqu'au désert, dans la direction du nord jusqu'à Tlngoda. Plus au nord, des deux côtés du lac Baïkal, ses vieux ennemis, les Mergued, ayant recueilli les restes dos Taïdjiout, et tous les réfractaires des tribus rompues qu'il incorporait, morceau par morceau, à la future nation mongole, continuaient à lui tenir tète, lui faisaient mauvaise guerre. En 1193, après tant d'années de patience, il risqua, pour la première fois, une combinaison politique à Textéricur. Avec le très grand bon sens qui est la marque dislinctive de son génie, il la choisit très modeste, toute petite, appropriée à ses forces, mais d'un succès certain, et pouvant servir de point de départ pour d autres entreprises plus vastes. Certainement, quand on 1193, mal aiïermi dans sa domination sur un peuple raccolé par fraclions de tribus de « cent, de dix et de cinq », entouré d'alliés suspects et d*adversaires menaçants , Témoudjine eut l'idée d'offrir ses services à TEmpereur do l'Enceinte d'Or, à Tennemi héréditaire de ses peuples et de sa famille, il voyait loin. L'avenir montra combien cet extraordinaire coup d\nil était juste, avec quelle calme el sûre logique le fils de la Dame « à froide résolution >* mena jusqu'au colossal Tépopée de la grandeur mongole.

Cette année H93, TËmpereur d'Or avait projeté une tournée dans le pays de ses ancêtres; son Conseil lui fit des remontrances; il y avait disette en Chine; les gens du Nord n'étaient pas soumis, venaient, « par leurs artifices, d'attirer à eux les deux tribus qui depuis dix et vingt ans gardent les frontières » \ Il s'agit, évidemment, des Taïdjiout, des Mergued, et des deux tribus, Tune turque, l'autre mongole, des Ongout * et des Barine, cantonnées au sud du désert, le long de la Grande Muraille, comme troupes frontières au service chinois. L'empereur céda aux remontrances ; il voulait, d'ailleurs, faire des économies, à cause de la disette, et parce que ses peuples, ses sujets naturels du nord, les Niu-Tchi, avaient dû dépenser « beaucoup d'argent et de peine à entretenir les chevaux de l'Etat, à creuser les canaux, après avoir porté la cuirasse ». On craignait, d'ailleurs, une jacquerie chinoise : « le peuple affamé recommencera les troubles des autres années, tuant les chevaux des Tat-Wei, saccageant les vergers ' des Tai-FoUy se répandant en plaintes amères... Il faut toujours être instruit des pensées du peuple. » Devant la disette, la révolte des tribus dans les Marches, le mécontentement des Chinois, l'épuisement des Mandchous, l'Empereur de l'Enceinte d'Or recourut au vieux procédé, le plus économique et le plus rapide entre tous; il fit appel aux soudoyers turcs; c'était Togroul, le chrétien kéraïle, qui tenait le marché. De suite, il rassembla ce qu'il put de reltres, étant fort à court lui-même, à cause de ses interminables querelles avec son frère Djakambou — probablement, Jacobus, « Jacques » — et de ses démêlés avec ses voisins de l'ouest, les Turcs Naïmane, maîtres de la vallée de Tlrtyche,

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