Voir plushaul, pour les Otvjouly gardes frontières
3. Littéralement : volant les melons. Les Tai-Wei et les Taï-Fou sont la nobI<fs8e.
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du bas AUaï, ot des roules conduisant en Penlapole; ces Naïmane étaient partagés entre trois cultes, le bouddhisme, le christianisme et une forme manichéenne de la vieille religion nationale; entre les Kéraït et eux, la lutte prenait, parfois, une apparence religieuse. Témoudjine saisit l'occasion, et s'offrit à TAnda de son père, en fils adoptif respectueux et dévoué. Le coup était sur; si on était battu, Taffront de Téchec retombait sur le Kéraït, chef officiel et patenté de Texpédition ; Témoudjine n'était qu'un subalterne dans l'aiïairc. Si on était vainqueur, outre l'avantage d'affaiblir les Taïdjiout, et peut*ètre de les détruire, Témoudjine comptait bien se faire l'intermédiaire entre ces tribus des Marches, les Barine, les Ongout, que ses Etats séparaient du pays kéraïte, que les liens de famille, de traditions, l'antipathie commune contre le Niu-Tchi rattachaient à ses peuples; il devenait le protecteur des Turcs, au sud du désert, pour peu qu'il sût être généreux et habile avec les vaincus; il n'y manqua point. Les Taïdjiout chAtiés, et ils le furent dure* ment, son premier soin fut d'envoyer une partie du butin aux Barine et aux Ongout, pour les dédommager des perles qu'ils avaient subies, de leur côté, dans la bagarre. L'affaire, d'ailleurs, fut vigoureusement menée, car l'Empereur d'Or paya bien; Témoudjine reçut le brevet chinois do « comman* dant contre les rebelles m, et peut-être, son titre de Dal- Ming ' mongol (pour le Chinois Taî-Ming), qu'il porte dans la légende mongole, entre ses titres de Soutou-DogdOy « Fils du Ciel », et de Tchingghiz-Khagan^ « empereur inflexible^ ou absolu — aulocrate » *. A coup sûr, le fait de solliciter un
1. Eo chinois • Haute Splendeur, Kminente Intelligence •» litre qu'on ne donne qu'à un le tiré. Les mandarinats civil et militaire, sous les Kin. se confondaient. Cette même année 1103, l'empereur décida que • lorsque des Niu-Tchi auront passé leurs examens littéraire! et reçu le grade de docteur, ils fussent exercés au tir et au maniement des armes, et s'ils ont les qualités voulues, qu'on les emploie aux premiers rangs -. {Empire d'Or, p. 181.) •
2. J'ai donne, plus haut, l'autre interprétation possible de Tchingghiz^
S28 INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE L'aSIE
titre litléraire chinois indique, dès celle époque, chez Témoudjine, des projets ultérieurs en Chine. À ces distinctions s'ajoutaient, bien entendu, des honoraires solides et des présenls, parmi lesquels un berceau d'argent recouvert d'un tissu d'or, « le premier qu'on vit au pays mongol », disent les chroniques musulmanes. En sa qualité de chef officiel et principal, le Kéraït fut mieux traité encore; il reçut le tilre de Ouaug^ « Roi », et ne porla plus d'aulre nom jusqu'à sa mort. Les chroniqueurs musulmans arrangent le mot, avec la phonétique turque, en Ong Khan. Comme c'est au roi, au Ouang kéraïte, que se rapporle d'abord la légende du « praire Jean », on peut supposer que le mot « Jean » a été fait sur la consonance Ouang, Ang, Ong, où le G final est d'ailleurs à peine perceptible dans la prononciation.
Pendant que Togroul guerroyait dans les Marches chinoises du nord, son frère Djakambou conspirait contre lui, et le faisait déposer par son peuple. En 1196, le « Ouang » dut appeler Témoudjine à son secours. Avec sa clairvoyante loyauté, l'autre marcha, rétablit ce douteux ami; imposer un roi, et un roi de fabrication chinoise, un roi reconnu et patenté par l'Empereur d'Or, à la plus puissante nation turque établie entre l'Ouest et les Marches musulmanes, aux Kéraït, « riches en cultures, en bourgs, et en cheptel », c'était se mcltre à la tète de toutes les tribus turques orientales. Il fallait, maintenant, soutenir le rôle; Témoudjine le sentit si bien qu'il risqua une témérité; il attaqua les Solongo, des Mandchous naturels; s'il en venait à bout, toutes les nations turques de rextrëme Est, les Koungrad, dont sa femme était issue, et surtout les Khitaï du Liao, les anciens maitres de Pékin et de la Chine du Nord, les cousins, certai-
considèré comme forme mongole d'un mot hioung-nou transcrit par les Chinois « Tchen-Yu •, et signifiant, comme 17/i turc, • resplendissant, illustre, auguste ••
nement les alliés de Tempereur Kara-Khitaï, maintenant maître à Touest, dans THcxapole, dans la Pentapole, jusqu'au Syr-Darya, jusqu'aux portes de Bokhara et do Samarkande, se soulevaient, racclamaient ; il était le maître des Turcs orientaux, leur vengeur contre les Mandchous; déjà, il voyait la Chine du Nord ouverte, Pékin à lui; mais il s'y prenait trop tôt; il avait mal calculé ses forces, fut atrocement battu (1197). La bataille se donna en hiver, par temps de neige; dans la déroute, Témoudjine fut laissé pour mort sur le terrain, le corps troué de onze blessures, la gorge coupée de la douzième. Le légendaire Bogordji n'abandonna pas son ami; un autre l'assistait; il s'appelait Moukhouli, une des futures gloires militaires mongoles; à eux deux, ils pansèrent Témoudjine à demi mort, l'enveloppèrent de leurs manteaux, l'emjfortèrent sur leurs chevaux, le sauvèrent.
Cependant, l'Etat fondé si péniblement croulait d'on coup. Encore une fois la Mère des Nations, la Dame de haut honneur rétablit tout. Vieille et cassée, elle reprit le drapeau, monta à cheval, réunit les débris de l'armée, rassura, supplia, parla de son mari Minglig, du grand saint Gueuktché. Moukhouli se battait, contenait l'ennemi, fmit par le repousser. Dans la bagarre, pendant l'invasion des Solongo entre Kéroulène et Onon, Burte Djoudjine, la femme de Témoudjine, disparut, enlevée par un chef mergued; elle revint neuf mois après et mit au monde un fils, l'alné de Témoudjine, qu'on appela Djoudji, « l'hôte, celui qui demande l'hospitalité »; le Tchinghiz Khan traita toujours avec froideur ce premier-né, cet hôte qui n'était pas de la lignée; son cœur se serrait à le voir, mais sa ferme raison lui commandait de faire respecter en lui un héritier de la maison impériale, du moment qu'il le reconnaissait comme tel; contre lalné, bâtard, il ne Ht pas un passe-droit aux cadets légitimes.
En 1198, les affaires de Témoudjine étaient rétablies gr&ce à sa souple politique, à Finfluence religieuse de Gueuktché, àTépée de Moukhouli, au dévouement de la nation naissante. Dès la fin de Tannée 1197, il avait pris sa revanche sur les Mergucd du Trans-Baïkal ; dans les six mois de désordre qui avaient suivi sa défaite, la coalition entre Mergued,Taïdjiout, Djouïrat, s'était réorganisée; DJamouka dirigeait tout, courait partout, enflammait les confédérés do son éloquence. Témoudjine comprit clairement la faute qu'il avait commise en se lançant sur les gens de TEst avant d*en avoir fini avec ceux du Nord; il ne regarda plus d'autres ennemis, céda partout, pour agir sur la seule confédération groupée autour du lac Baïkal. Devant le roi des Kéraït, il se fit humble, tout petit, lui envoya le butin pris sur les Mergued, comme une dîme, comme un tribut, presque comme un impôt, se reconnaissant son fils, son vassal, lui rendant foi et hommage. Dans le cœur du vrai fils par le sang, dllké * Sengoun, la colère montait, avec le soupçon et la jalousie contre ce frère d'aventure qui s'imposait à la famille; c'est probablement à cotte époque, après une tentative d'établissement chez les Naîniane et des négociations avec les gens de Kara-Khitaï, restées fort obscures, qu'il se livra au diabolique Djamouka; sans doute, le chef des Djouïrat, « le persuasif, le subtil », excitadès lors la rancune et la défiance de Sengoun contre Témoudjine, préparant la rupture qui devait amener la catastrophe des Kéraït et la grandeur des Mongols. Djamouka devinait, certainement, les hautes pensées de Témoudjine, mais il les voyait en intrigant, et crut Sengoun capable de réaliser le
1.C*csl le prénom que les chroniques musulmanes donnenl au Tils du Ouang Khan, du prêtre Jean. Ksl-ce le vieux nom Uirc llik, sous une Tormc dialectale? Ksl-ce un nom de baptôme défiguré? La stèle du Keul Têkinc donne le nom Sengoun , comme litre chinois, pour Tsian-Kiun, « général •, que es Tarantchî de nos jours prononcent • Djandjoun •. Hké serait le nom, et S^ngoun^ rarrnngemcnt turc d*un titre chinois qui signifie « général •.
rêve grandissant dans la (été du fulur Tchinghiz Khan. Lui et Scngoun furent écrasés par Ténormité d'un projet dont ils ne voyaient que les petits côtés. Témoudjine s'eiïaça si modestement devant ce Ouang Khan qu'il soutenait de ses armes, et dont le fils conspirait contre lui avec son implacable ennemi Djamouka, que le roi kéraïle se lança, de toutes ses forces , sur la confédération des gens du Nord. Sengoun suivit son père, la mort dans T&me et la rage au cœur. Le Ouang Khan défit complètement les Mei^ued au lieu dit Buke7*'Guereh; son fils eut la sottise de donner des conseils, de faire garder le butin, sans rien envoyer aux Mongols, quand Témoudjine avait envoyé du sien; c'était tomber à plein collier dans le piège, permettre à Témoudjine, à ses agents, de déblatérer parmi les gens d'armes turcs, contre ces Kéraît, ces faux frères, qui ne les traitaient même plus en soudoyers, qui gardaient tout pour eux. En même temps, Témoudjine profilait vivement de la diversion , lançait sur les Taïdjiout, sur les Djouïrat, et autres confédérés de race mongole ses généraux, Bogordji le fidèle, Moukhouli réprouvé, des jeunes chefs dont nous voyons paraître les noms pour la première fois, Koïouldar' « Khochigotchi — le banneret », et deux autres, Djébé et SouboutaïV Ces deuxlà, nous les retrouverons partout dans le cours de cette histoire, vivantes incarnations de la guerre, achevant, par Tépée, ce que le Tchinghiz Khan préparait par la politique, assurait par le gouvernement. Témoudjine, dans celte suite d'entreprises, ne se compromettait pas. C'était le Kéraît qui frappait sur dos Mergued, au grand déplaisir de l'empereur mandchou de l'Enceinle d'Or, à la jalousie dos Turcs