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24â INTRODUCTION A L'UISTOIRE DE L'aSIE
Khan de Karakhitaï, auprès duquel Tokta Ueguî alla rejoindre son ancien allié Guchlug; seul Djamouka s'obslina, lint la campagne et se fit prendre. La légende mongole ne dit rien de sa mort, ce qui se comprend aisément^ puisqu'il était un Niroun, un parent des Bordjiguëne. La chronique musulmane raconte quMI fut amené devant son redoutable cousin; il n'y avait pas de quartier à offrir, ni de grâce à recevoir; entre eux c'était une haine de famille, dans toute l'exaspération de son orgueil. Témoudjine demanda simplement à son cousin quel genre de supplice il choisissait; Djamouka répondit : « Celui que je te réservais, si je t'avais pris : la mort lente »; c'est Tatroce torture chinoise des articulations coupées; la coutume mongole ne permettait pas de l'appliquer à un prince, surtout à un descendant « de la pure lumière ». Si la bravade est bien d'un Niroun, le fait d'y répondre n'est pas d'un Bordjiguène. Témoudjine, méli* culeux observateur de la coutume, ne releva certainement pas un défi qui était une insulte, et lit, sans doute, périr son cousin par strangulation avec une corde d'arc en soie, ou par suffocation, entre des tapis de feulre, sans répandre le sang noble, conformément au droit et à la loi mongole.
Après la défaite et la mort du Tayang, son chancelier, dégagé par le fait du serment de fidélité à son maître, avait passé au service de Témoudjine, en lui remettant les sceaux du royaume naïmane. La biographie chinoise des « grands hommes de l'époque mongole » l'appelle Ta-la-lung-Ko *. Il était Oïgour de naissance, le premier en date ' de ses nombreux compatriotes qui peuplèrent les chancelleries et les bureaux mongols, et accaparèrent la plupart des postes
i. Voir la traduction de la biographie dans Béinusat, Nomentu mélangea asiafiqueSf t. 11, p. 61.
2. Pendant la période mongole, bien entendu. Depuis longtemps les Oïgour jouaient un rôle politique considérable hors de leur pays.
administratifs sous le Tchinghiz Khan et ses premiers successeurs. Témoudjine le fil garde des sceaux, et le chargea d'enseigner la langue et le droit oïgour à ses fils; nous le retrouverons chancelier de Tun d'entre eux, Ogodaï, qui lui décerna ce grand honneur à la chinoise, d*un titre posthume héréditaire. G*est sans doute Tinfluencc des bureaucrates oigour qui fit définitivement adopter leur alphabet national, emprunté au syriaque, par les Mongols et par les Mandchous, triomphant de l'écriture chinoise, et faisant disparaître jusqu'aux dernières traces de Tancien alphabet turc, qui figure à la place d'honneur sur la stèle de Keul Tékine. Un autoritaire comme le Tchinghiz Khan n'eût sans doute pas confié réducation de ses enfants à un Oïgour, si la morale et la politique du Koudatkou-Bilik lui avaient déplu.
Les projets de Témoudjine sur les Turcs de la Pentapole, de rilcxapolc, et des Marches de Transoxiane, évidents par le soin qu'il apporte à se les concilier, et par la précaution qu'il prend de faire apprendre leur langue et leur littérature à ses enfants, le décidèrent à rapprocher de l'ouest le siège de son gouvernement. En 1206, il prit son parti, déplanta les étendards de sa famille et de ses génies tutélaires, pour les porter de Dcligoun Bouldak en pays naïmane, à la vieille capitale turque, à Karakoroum. L'acte était décisif; planter ses étendards à Karakoroum, c'était relever l'ancien empire hioung-nou, c'était prendre le titre impérial; Témoudjine le prit. Avec le scrupule de légalité qui caractérise son genre particulier de despotisme, il avait d'abord réuni le Kouriltat^ l'assemblée générale des Tarkbans ou grands possesseurs de francs-alleux S comprenant les dignitaires, les Ot djiguines,
I. Je prends ce mot, plus intelligible pour le lecteur, faute d*un autre. C*e8t, en somme, celui qui serre de plus prèn la réalité. La terre Tarkhan est exempte de taille, charges et redevances, et le Tarkhaniik héréditaire peut ^ire accordé, soit à la famille, soit A la terre comme on le voit par une
(( gardiens du foyer », détenteurs de la propriété territoriale, les capitaines chefs de bandes, les chefs héréditaires des tribus; c'était le congrès national qui nommait les Khagans et les Il-Khans, « Rois des Nations », leur faisant prêter serment, réservant, pour chacun de ses clans, son droit particulier. De ce titre usé, de ce pouvoir limité, Témoudjine nen voulait plus; ce qui lui fallait, c'était Tautorité souveraine, n*ayant d autres bornes que la loi, consentie une fois pour toutes; le Kouriltaï la lui accorda; il était Soutou Bodgo « Fils du Ciel >. ; il devint Tchingghiz Khan, « Seigneur Inflexible, Inébranlable, Absolu »; c*est, du moins, le sens que représente le mot « Tching », en mongol; toutefois, comme je lai déjà dit, il n*y aurait rien d'impossible à ce que Tching-Ghiz ne soit la transcription du vieux titre que portait le Khagan des Hioung-Nou « Tchen-Yu »; on a vu, plus haut (p. 287 et 88) le sens de ce mot, qui signifiait « Illustre, Resplendissant »; le synonyme en dialecte oïgour de la stèle de Keul Tékine, est « lit ».
Que le titre pris par Témoudjine signifie « Resplendissant », ou qu*il signifie « Inflexible », à ces deux sens, le nouvel Empereur n*a pas menti. La loi, il rapportait, jurait de la garder, de s*y soumettre le premier; c'était le Yassak et le Toura, « le Yassa de mauvais augure et le Tourah bl&mable » ', comme rappelèrent les musulmans; les deux mots sont turcs; le premier signifie Règlement, le second Usage, Droit coutumier, Ordonnance. De ce Règlement militaire qui codiflait les anciens Usages turcs et mongols, de cette rude discipline, sa vie durant l'Empereur Inflexible resta le strict exécuteur et le ponctuel esclave. Aucun despote n'a si fidèlement respecté le pacte conclu entre ses peuples et lui;
charte de Timour lU Guireï, publiée par M. Vambérv à la suite du Koudatkou Biiik, p. 172.