Sanang Setzène, p. 7i
LES MONGOLS Ul
combinanl avec une mélhodique activité tous les éléments nécessaires pour une guerre contre les Kin, se garant à Fouest, achevant de s*assurer au nord/ intriguant à Test, prenant pied au sud, où il prépare le terrain militaire, et se ménage des alliances.
Il suffit de jeter les yeux sur une carte pour comprendre qu'en 1207, une attaque directe sur les points vitaux de Tempire d'Or, c'est-à-dire sur la presqu'île du Liao, sur la Mandchourie et sur Pékin, était impossible, venant de Karakoroum, du haut Orkhon, où le Tchiughiz Khan avait' si audacieusement restauré Tancien empire turc. Avec deux ennemis irréconciliables comme Guchlug et Tokta Begui sur son flanc, installés dans la Pentapole du Pé-Lou, si riche en ressources de toute espèce, avec les tribus insoumises ou mal ralliées, flottantes et douteuses, toujours suspectes, qui tenaient le pays entre la Penlapole et Tlrtyche, Témoudjine ne pouvait rien risquer au loin, dans la direction de Test; mais au sud, sans aller aussi loin que le Liao, sans perdre de vue le redoutable Guchlug, sans cesser de surveiller les Kirghiz du nord, sans perdre le contact avec les Oïgour si travaillés, si caressés, la jeune nation mongole pouvait tenter une entreprise de risque médiocre, de succès presque certain, de gloire retentissante et de haute conséquence; avec cela, Tinappréciablc avantage, par le seul fait qi; on tentait Taventure, de rassurer les Kin, de les endormir, car c'était un ennemi à eux qu'on attaquerait, et de faire des avances aux Song, car en poussant dans la direction du sud, on pouvait leur expliquer qu'on rompait la barrière qui les séparait des Turcs; on pouvait leur dire qu'on venait se mettre coude à coude avec eux contre Tennenii commun, contre l'usurpateur mandchou. En attaquant Tempire de Ilia, le pays actuel des Tangout, au sud des monts Mona-Khan, à l'ouest du grand coude du Fleuve-Jaune, au nord du Tibel, le Tchinghiz Khan gardait
âi8 INTHODUGTION A L'UISTOIRB DE L'aSIE
ses communications militaires, couvrait ses routes diplomatiques, n'inquiétait personne, inspirait conliance et espoir à tout le monde. Cet empire de Hia était un cauchemar pour ses voisms; ce n'était pas, à proprement parier, un empire réglé, mais une république de bandits et de brigands, le refugiumpeccatorum de tous les chenapans :bandouliers tibétains, sauvages des hauts plateaux, grandes compagnies turques, contrebandiers et hors la loi chinois, en bonne amitié, à Toccasion, avec une furieuse jacquerie déchaînée en Chine dans ce moment, celle des Habits rouges ; les Song n'y voyaient pas de mal, au contraire; ils encourageaient les Habits rouges et les bandouliers turcs et tibétains à courir sus au fonctionnaire, au propriétaire, au garnisaire mandchou, dans l'Enceinte dorée; mais ils se gardaient d'avouer, encore moins d'accueillir de si compromettants amis. Si un Tchinghiz Khan, un homme d'ordre et de discipline, avec lequel on pouvait traiter officiellement, venait à les remplacer, tout était au mieux ; on avait un allié pour une guerre en règle et dans les formes contre les usurpateurs. Tout le monde étant d*accord pour être débarrassé des gens de Hia, le Tchinghiz se chargea de l'exécution, au grand repos des Kin, au grand espoir des Song, sur d'ailleurs pour son compte, quand il serait maître du terrain entre le Fleuve-Jaune, le Mona-Khan et l'Hexapole du Nan-Lou, de tenir une splendide position stratégique sur le flanc des uns et des autres; quant à ce qui resterait des chenapans turcs, des boucaniers tibétains, après exécution militaire, c'étaient de parfaites recrues à encadrer dans les réguliers mongols, un morceau d'amateur pour des artistes comme Moukhouli, Djébé, le petit Souboutaï et les autres. Ceux qui se sauveraient iraient faire les cent coups en Chine; on peut croire que l'empereur mongol en était consolé d'avance. Tout à gagner, rien à perdre. Témoudjine se lança vivement à une aussi sûre entreprise.
Outre Tavanlage de rassurer les Kiu sans inquiéter les ' Song, en attaquant llta, le Tcliîngliiz Khan faisait grand plaisir à ses bons amis, auxquels il tenait par-dessus tous autres, aux Oïgour; les gens de Ilia leur avaient pris des villes que les Chinois nomment Cha-lcliéou, Koua-tchéou, Sou4chéou, situées à Toucst, sur le chemin du lac Liop; de ce côté, ils détenaient des ch&teaux qui coupaient les routes entre la Chine, THexapole et la Pentapole. Vers l'est, ils avaient établi leur capitale sur le coude du Fleuve-Jaune, dans la ville qu*on appelait alors Ning-ichéou et qui a gardé leur souvenir jusqu'à ce jour, sous son nom actuel de Ning- Hia, position audacieusement choisie sur la frontière même, car là s'arrêtait leur empire et domaine; les Chinois l'appelaient//o-si, < à Touestdu fleuve ». Plus au nord, dans le pays actuel d'Ala-Chan, dans la province chinoise de Kan-Sou, ces transfluviaux tenaient aussi une bonne ville, que les Chinois appelaient Vou-la-haï, d'autres, Irghaï; Marc Fol la nomme Ëgrigaïa. Le Tchinghiz Khan la prit dans sa seconde expédition contre Hia, en 1207. L'année suivante, il était assez assuré de ce côté pour frapper le coup décisif du côté du nor-d, saisir enfin cette roule si longtemps convoitée qui le mettrait en communication avec la Pentapole du Pé-Lou, avec ses chers amis les Oïgour. Guchlug et Tokta Begui sentaient venir le coup; les deux expéditions contre les gens de Hia, vers le sud, ne leur avaient pas donné le change; ils jouèrent leur dernier dé dans Test, prirent héroïquement Toffensive en Pentapole (1208-1209). Ils furent battus sur une rivière que les chroniqueurs musulmans appellent Djem, pour A>/;*, la rivière d'Imil, probablement, près de Tchougoutchak. Guchlug s^enfuit vers le sud, en Pentapole, qu'il gouvernail comme lieutenant de son beau-père, du Gour Khan, grand seigneur de Kara-Khitaî ; en vain, il essaya de faire obéir les Oïgour; c'était peine perdue, le Tchinghiz Khan avait pris
les devants, avait envoyé deux ambassadeurs à Tldî Kout\ roi des Oïgour du nord; il s'appelait Bartchouk; depuis longtemps, sous main, c'était Tliomme de Témoudjine; quand il vit Guchlugà bas, il prit ouvertement parti. La chronique musulmane a conservé le message par lequel Bartchouk se donnait à l'empereur mongol; la biographie chinoise des grands hommes donnant littéralement le même, on peut le considérer comme authentique.
« L'arrivée inattendue de vos envoyés m'a causé la plus agréable surprise... De même que les nuages laissent voir, en se dissipant, le soleil brillant d'un nouvel éclat, ou que la glace, lorsqu'elle est brisée, découvre Tonde pure et limpide, de même mon abatloment vient de faire place à l'allégresse la plus vive; je vous livre mon pays, et j'aspire à devenir votre (ils et votre serviteur ' ». Débusqué du Pé-Lou, trahi par ridi Kout, Guchlug s'enfuit en Nan-Lou, dans rilexapolc, ulcéré, emportant la haine de ces Oïgour, musulmans et chrétiens, tous félons; la princesse sa femme, l'ardente bouddhiste, acheva de lui metlrelarage au cœur; c'est alors, disent les chroniqueurs musulmans, qu'il fit crucifier, devant la mosquée de Kachgar, le mufti de Tlslam, et pendre, devant la cathédrale, Tévèque du Christ. C'était donner beau jeu au Tchinghiz Khan, modérateur entre tous les cultes; du coup, tout le clergé nestorien de l'Hexapole et d*Almalik, toute Téglise musulmane de TËst, furent avec lui; par ses conquêtes dans le pays de Hia, maître des routes qui conduisaient au Tibet, il tenait déjà les bouddhistes, les flattait, les caressait, faisait espérer aux lamas la conversion des Mongols; son petit-fils Khoubilaï devait tenir parole pour lui.
L'indomptable Tokta Begui ne voulut rien entendre;