‹ Introduction à l'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 14 sur 18 · DU ROLE DE LA GÉOGRAPHIE I)ANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DU ROLE DE LA GÉOGRAPHIE I)ANS L'HISTOIRE

Donc il ne peut y avoir dans l'histoire que trois termes dans le même ordre que celui que nous a donné h conscience. La conscience est la réalité la plus immédiate et la plus certaine pour nous; et quand nous la transportons dans l'histoire, nous ne faisons autre chose que suivre le principe de toute réalité partout où il nous conduit.

II y a plus : comme l'histoire a. été rapportée à la nature humaine, de même celle-ci a été rapportée à la nature extérieure, au sein de laquelle elle fait son apparilionL homme n'est pas l'effet, et la nature la cause nous 1 avons vu ; mais il y a entre la nature et l'homme une harmonie manifeste de caractères généraux, de lois générales. Il y a plus encore : tout comme nous avions rapporté l'humanité à la nature, de même, nous avons dû rapporter cette nature extérieure et la nature hu marne, avec leurs caractères et leurs lois générales au principe commun de la nature et de l'homme; et dans ce principe nous avons retrouvé en germe, sous la orme de puissances substantielles et éternelles, tous les éléments qui plus tard, tombés dans le temps et dans 1 espace, constitueront les forces et les lois de a nature les forces et les lois de l'humanité. Donc I histoire de notre espèce, l'histoire de cet être particuber, limité et borné, qu'on appelle l'homme, cette histoire se lie à ce vaste univers, et par ce vaste univers a I Auteur de toutes choses.

Ainsi l'histoire n'est point une anomalie dans l'ordre gênerai; voilà pourquoi elle est vérifinble à tous ses degrés par tous les degrés de l'existence universelle

HVrriËME LEÇON.

comme ces degrés, différents et semblables, sont vérifiables les uns par les autres. Doutez-vous des caractères essentiels de la Divinité? adressez-vous au monde et surtout à l'homme; car l'eflet doit rélléchir plus ou moins la cause. D'autre part l'homme est le frère de la nature ; il la porte tout entière avec lui, et les lois de la mécanique céleste, comme celles de la zoologie, se retrouvent en tous ses mouvements, en toutes ses fonctions. Éprouvez donc et contrôlez sans cesse tous ces degrés de l'ordre général les uns par les autres; celle vérification vous donnera constamment le même résultat. Vous y verrez que l'histoire par cela seul qu'elle exprime l'humanité, exprime l'existence universelle, et qu'elle en reproduit les mouvements successifs dans la succession de ses époques. L'histoire ainsi conçue est bien belle; elle est une poésie admirable, le drame ou l'épopée du genre humain.

Non-seulement l'histoire ainsi conçue est belle, mais alors, et seulement alors, elle a une haute moralité. En effet niez ou énervez le système de l'histoire, niez ou énervez ses lois et son plan, vous rompez ou vous relâchez le lien qui rattache l'histoire à l'iiumanité et au monde et par là à Dieu. Dieu, considéré sans rapport avec le monde et l'humanité, est déjà sans doute, il est tout entier dans les profondeurs de son essence* ; mais ce n'est pas encore le dieu du monde et de l'humanité, le dieu que les hommes adorent et bénissent sous le nom de Providence. A quelle condition y a-t-il Provi-

* Rapprochez ce passage sur Dieu antérieur au monde et par conséquent difléreiU «lu monde, d'un autre passage tout aussi net de la leç. v, p. 07.

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dence? A la condition que Dieu passe, sans s'y épuiser Il est vrai, dans le monde et dans l'humanité, et par conséquent dans l'histoire; qu'il y dépose quelque chose de lui-même, qu'il y mette de la sagesse, de la justice, de l'ordre, un ordre invariable comme son auteur. La Providence est engagée dans la question de la nécessité des lois de l'histoire. Nier Pune c'est ébranler l'autre, c'est renverser ou obscurcir le gouvernement moral et divin des choses humaines. Si donc on osait donner à notre système les noms de pan théisme et de fatalisme, c'est-à-dire indirectement ou plutôt très-directement, d'athéisme, il faudrait bien pour nous défendre, renvoyer à notre tour cette aimable accusation à ceux qui la font : car le vrai Dieu pour nous, c est un Dieu qui veille sur son ouvrage, c'est un Dieu créateur à la fois et législateur du monde et de l'humanité, un Dieu qui est une Providence. La Providence ne peut être exilée de l'histoire, car ses desseins sur liiumanité ont évidemment besoin de son développemenl. Or, si la Providence est dans l'histoire; il faut bien qu'elle y soit avec un plan, avec un plan fixe, c'està-dire avec des lois nécessaires. La nécessité des lois de l'histoire, avec leur caractère de sagesse et de justice, est une des formes visibles et sensibles de la Providence.

Ainsi le système que je vous ai exposé est seul moral, en même temps que seul il est beau; j'ajoute que seul il est scientifique. En effet, ce qui constitue la science, c'est la suppression de toute anomahe 1 ordre substitué à l'arbitraire, la raison aux sens et à

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riniagination, les phénomènes parliculiers rappelés et élevés à leurs lois générales.

L'histoire est donc belle, morale, scientifique. Considérée sous ce point de vue, elle se présente au regard du philosophe comme un digne objet d'étude et de méditation.

Un jour le père Malebranclie entrant chez un jeune homme, qui fut depuis l'illuslre chancelier d'Aguesseau, le trouva occupé à lire Thucydide ; sur quoi le bon et doux Malebranche se mit un peu en colère, et reprocha à son jeune ami de ne chercher que des amusements pour son imagination, de s'arrêter comme un enfant à des faits accidentels, qui avaient pu arriver ou n'arriver pas, au lieu de s'occuper de lui-même, de l'homme, de sa destinée, de Dieu, enfln d'idées et de philosophie. Et d'Aguesseau, je crois, quitta Thucydide pour Descartes. Si j'avais été à sa place, j'aurais pris Descartes très-volontiers, comme on le pense bien, mais j'aurais gardé Thucydide; et cela en vertu môme du système de Malebranche. J'aurais dit à Malebranche : « Comment se fait-il que vous, philosophe, dédaigniez ainsi l'histoire? Vous voyez tout en Dieu, et vous avez raison peut-être, avec quelque explication. Mais si tout est en Dieu, il semble que Dieu doit être dans tout, qu'il doit être dans ce monde, et surtout dans l'humanité, dans tout ce qui est de l'humanité, et par conséquent dans son histoire. L'étude de l'histoire est donc une étude essentiellement philosophique. » Nous ne savons pas ce que, dans ses principes, Malebranche eût pu réfpondre à cela. Poar nous, nous consi-

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dérons l'histoire comme la contre-épreuve de la philosophie, comme une philosophie tout entière; et c'est de ce point de vue que nous lirons la règle essentielle de l'histoire.

Tout a sa raison d'être, tout a son idée, son principe, sa loi, rien n'est insignifiant, tout a un sens; c'est ce sens qu'il s'agit de déchiffrer, c'est ce sens que l'historien philosophe a la tâche et la mission de discerner, de dégager, de mettre en lumière. Le monde des idées est caché dans celui des faits. Les faits en eux-mêmes ne disent rien ; mais, fécondés par la raison, ils metlent au jour l'idée qu'ils enveloppent; cène sont plus alojs de simples fails qui tombent sous nos sens, ce sont des idées que la raison comprend. On fait très-bien de recueillir les faits comme ils se passent; ce sont là les matériaux de l'histoire, mais non l'histoire ellemême. L'histoire proprement dite, Thistoire par excellence, l'histoire digne de ce nom [biwpfa, dé r^yj^xi, âx(cTai;.ai, savoir], est la science du rapport des faits aux idées. Le premier devoir de l'historien philosophe est donc de demander aux faits ce qu'ils signifient, l'idée qu'ils expriment, le rapport qu'ils soutiennent avec l'esprit de l'époque du monde au sein de laquelle ils font leur apparition. Rappeler tout fait, même le plus particulier, à sa loi, examiner son rapport avec les autres faits élevés aussi à leur loi, et de rapports en rapports arriver jusqu'à saisir celui de la particularité la plus fugitive à l'idée la plus générale et à l'esprit d'une époque, c'est là la règle éminente de l'histoire. Or l'esprit d'une époque se manifeste de trois façons.

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D'abord il faut qu'il prenne possession de Fespace, qu'il s'y établisse, et occupe une portion quelconque, plus ou moins considérable de ce monde, qui soit le théâtre même du drame de Ihisloire. Mais sur ce théâtre il faut ensuite que quelqu'un paraisse pour jouer la pièce : ce quelqu'un, c'est l'humanité. Or l'humanité réside dans les masses; c'est avec les masses, en elles et pour elles, que tout se fait ; elles remplissent la scène de l'histoire, mais, hâtons-nous de le dire, elles y figurent seulement; elles n'y ont qu'un rôle muet, et laissent, pour ainsi dire, la parole à quelques individus éminents qui les représentent. En effet, les peuples ne paraissent pas dans l'histoire; leurs chefs seuls y paraissent. Et par chefs je n'entends pas ceux qui commandent en apparence, j'entends ceux qui commandent en réalité, ceux que les peuples suivent en tout genre, parce qu'ils ont foi en eux, et qu'ils les considèrent comme leurs interprètes. Les lieux, les peuples, les grands hommes, voilà les trois choses par lesquelles l'esprit d'une époque se manifeste : ce sont donc là les trois points importants auxquels Thistorien doit s'attacher. Parcourons-les successivement.

Sur le premier point je commencerai par où il faudrait finir; je vous dirai que tout lieu, tout territoire représente nécessairement une idée, et par conséquent une des trois idées fondamentales auxquelles nous avons ramené toutes les autres. Un lieu représente ou l'infini, ou le fini, ou le rapport du Jini à l'infini; telle e^t la formule que la philosophie de l'histoire impose à tout lieu, el que je me charge de laiie soitu* de tout

D» ROLE DE LA GÉOGIlAPHIE DANS L'HISTOIRE m

Iijdonné:ouilfaud^^^^^

cest-a-d,re qu ilmanquâl déraison d'être et de loi. Orie ne sache nen au mondequin'ait sa raisond'étre salo eUoute 01 est exprimable par une formule phn^: P ique. Les formules philosophiques elTra vent iL sens 03?"'^"'"''""^ ^'-'^"^'-^ et pourtant ci Lvét la raison dans toute sa rigueur, le bon sens

il vn .-^ ?'"^' '^"''^'"^^- ^" ^^^^^ ce que je viens de eus dire dans le langage de la métaph.'iqJe, vou H^^. e es di cent f.s à vous-mêmes ; toutle mo^de ie

^T ésÔ TT "' " '"""^^ P^"'^^^'^ '' '^ ^-ence se lesout ici dans un préjugé du sens commun.

celui d.' "'''''"' '"'''''^'''' ^"^ ^'' '^^'''' <^»»el est col u de vous qui pense que la terre qu'il habite. Pair

nen TT 'T r'^"^'' ^" ^" «^"^^ ^^ ^'-oisiienl, le chmat et toutes les impressions qui en résul-

lui ; en un mot, que le monde extérieur lui est indifië-

l'ent et n exerce sur lui aucune influence ? Ce serait de

votre part un idéalisme un peu extraordinaire : j m^ac^ine

que vous croyez avec tout le monde que V,mi est^dï

ncte, mais non pas absolument indépendante du corps

Pensez-vous et quelqu'un a-t-il iamai. non ' rhnrr..^^ A ^ 4 "" «I i 11 jaffiais pense que l homme des montagnes ait et puVe avoir L mhahiiii.K^ I . •- ^-"^ F" ^2't' avoir les mêmes

;aL.ludcs ie na-me caractère, les mêmes idées que ' homme de la plaine, le riverain, iinsulaire ? Cror *ous que 1 lioinme que consuraenl les feux de la z'one omde so.t appelé à la même destinée en ce monde que cclu. qu. habae les déserts glacé-s de la Sibérie' Eh bien! ce qu. est vrai de ces deu. exlrémes de la zone

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HUITIÈME LEÇON

glacée et de la zone lorride doit l'être également de? lieux intermédiaires et de toutes les latitudes.

Jusqu'ici la raison a Tavanlage de s'accorder avec le préjugé, et c'est beaucoup pour elle. Oui, donnez-moi la carte d'un pays, sa configuration, son climat, ses eaux, ses vents, ses productions naturelles, sa flore, sa zoologie et toute sa géographie physique, et je me flatte devons dire à peu près quel sera l'homme de ce pays et quelle place ce pays occupera dans l'histoire. Un homme qu'on n'accusera pas de s'ôtre perdu dans des rêveries philosophiques, mais qui joignait à l'esprit le plus positif ces grandes vues où le vulgaire des penseurs ne voit qu'une imagination ardente et qui ne sont pas moins que le regard rapide et perçant du génie; un homme qui ne jouera pas un grand rôle dans les annales de la métaphysique, le vainqueur d'Arcole et de Rivoli, rendant compte à la postérité de ses desseins vrais ou simulés sur cette Italie qui devait lui être chère à plus d'un titre, commence par une description du territoire italien, dont il tire toute l'histoire passée de l'Italie, et le seul plan raisonnable qui ait jamais été tracé pour sa grandeur et sa prospérité. Je sais peu de pages historiques plus belles que celles-là *. A celle autorité je joindrai celle de Montesquieu, c'est-à-dire de l'homme de notre pays qui a le mieux compris l'histoire et qui le premier a donné l'exemple de la véritable méthode historique. L'auteur de l Esprit des Lois, après avoir posé le principe que tout a sa raison d'élrc, que tout a sa loi, tout, à

* Mémoires de Napoléon, t. UI.

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commencer par Dieu même \ n'hésite pas à attribuer au climat une influence immense sur la créature humaine. Mais Montesquieu n'était pas homme à s'arrêter à ce principe général, il le poursuit dans toutes ses conséquences, il l'applique à toutes les institutions humaines, civiles et religieuses, aux lois les plus ^)etites comme aux lois les plus grandes \ C'est là le triomphe de l'esorit philosophique. En effet, il n'y a pas de lacunes dans les choses ; tout se lie et se tient. Sans doute, le rapport de 1 homme et de la nature, nous l'avons dit bien souvent n'est pas un rapport de l'effet à la cause, mais l'homme et la nature sont deux grands effets qui, venant de la même cause, portent les mêmes caractères; de sorte que la terre et celui qui l'habite, l'homme et la nature, sont en harmonie parfaite. C'est ainsi, et c'est seu' lement ainsi qu'il faut entendre la pensée de Montesquieu.

Tel climat donné, tel peuple suit. J'en conclus que des lieux divers représentent des idées diverses, et que par conséquent si nous voulons chercher dans ce vaste univers le théâtre des trois grandes époques dans lesquelles nous avons divisé le développement de l'humanité, nous ne pourrons placer dans un même lieu et sous le même climat ces trois époques si dissemblables. Trois époques différentes, donc trois théâtres diff^érents pour ces trois époques. Nous avons l'époque de linfini, celle du fini, et celle du rapport de l'infini et du fini! Où placerons-nous la première? Cherchons un théâtre

« Esprit des lois, livre I", chap. i^.

• /Wci, livres XIV, XV, XVI, XVII et XVIII.

*Î2 UllTlÈME LEÇON.

pour celte époque de rhumanitc qui doit représenlcr l'infini, l'unité, l'immobilité.

Essayons de donner pour théâtre à l'époque de l'infini, si vous me permettez de m'exprimcr ainsi, des pays de côtes, les bords de grands fleuves, le littoral de mers intérieures assez considérables pour exciter le courage, pas assez vastes pour le rebuter et le lasser. Un bras de mer, un fleuve, n'est pas une barrière comme on le croit ordinairement; c'est un lien entre des peuples qu'il a l'air de séparer et qu'il rapprodie sans les confondre. Voilà des côtes étendues, des fleuves considérables, une mer intérieure ; joignez-y des montagnes assez élevées pour nuancer le sol et y former des diversités, pas assez pour s'opposer à des communications faciles et fréquentes ; je demande si c'est à ces lieux que vous confierez le développement de l'idée de l'infini. Quoi! tout sera immobile en ce séjour du mouvement I Quoi i l'espèce humaine sera stationnaire là où la nature s'agite et l'agite sans cesse! Peu de commerce en présence de cette mer dont les bords opposés, fort peu distants l'un de l'autre, semblent inviter l'homme à des échanges perpétuels! Le goût du gigantesque dans une nature où tout est circonscrit et mesuré ! Quoi ! l'homme et ses ouvrages auront le caractère de l'unité absolue et de runiformité, là où tout tend à la division, où tout in-' spire le sentiment de la variété et de la vie ! Je demande si la raison peut consentir à une pareille liypotlièse. Variez l'hypothèse : cherchez un théâtre pour l'époque de l'Iiistoire qui doit représenter l'idée du fini, du mouvement, de l'activité, de la liberté, de l'in-

nu ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANé L'HISTOIRE. 173

dividualité dans l'espèce humaine. Je vous demande si vous placerez cette époque dans un vaste continent, enceint d'un Océan immense qui, au lieu d'attirer l'homme, le décourage parce que derrière ces abîmes il n'aperçoit rien, n'espère rien, et que nul vestige d'homme ne se montre : placerez-vous cette époque sur un sol très-compacte, formant une masse où il y aura peu de fleuves, peu de lacs, aucune mer intérieure, où seront de vastes déserts, des chaînes de hautes montagnes qui sépareront les populations, et exigeront d'elles de longues années et de grands efforts avant qu'elles puissent se donner la main? Enfin, mettrez-vous l'époque du monde qui doit représenter le rapport du fini à l'infini, la mettrez-vous dans une petite île, où tout devra être insulaire, étroit, borné, exclusif; où évidemment il n'y aura pas assez de jeu pour tous les extrêmes, et pour tous les rapports de tous les extrêmes?

Je demande si vous pouvez accepter ces hypothèses, si vous pouvez concevoir qu'une petite île soit à la fois nne grande puissance territoriale et maritime? Je vous demande si c'est sur des pays de côtes que vous mettrez l'immobilité, et sur le plateau d'immenses montagnes le siège du mouvement? Tout cela est impossible; la raison y résiste absolument. Donc les lieux ont aussi leurs lois, et, quand un lieu a tel caractère, il amène tel développement humain, ou, pour parler plus exactement, il se rencontre avec tel développement humain. L'époque de l'infini aura donc pour théâtre un vaste continent dont toutes les parties seront compactes et en quelque sorte indivisibles comme l'unité; et

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comme il faudra bien qu'il aboutisse à quelque mer, il aboutira à l'Océan, et renfermera avec des déserts immenses des montagnes presque infranchissables. Tout au contraire l'époque du fini occupera des pays de côtes, les bords de quelque mer intérieure ; car les mers intérieures, représentant la crise et la fermentation de la nature, sont le rendez-vous des grands mouvements de la civilisation et de l'humanité. Enfin, soyez surs que l'époque qui devra représenter dans l'histoire le rapport du fini à l'infini sera im continent considérable, assez et pas trop compacte, d'une longueur et d'une largeur bien proportionnées, qui, tout en confinant rOcéan, aura aussi des mers intérieures, de grands fleuves qui le traversent en tous sens, de telle sorte que le fini et l'infini puissent y trouver leur place, que rien n'y demeure dans une unité glacée et que rien ne s'y dissolve, que tout dure et en même temps se développe, que tous les extrêmes y soient et avec leur harmonie.

Trois époques de civilisation, donc trois théâtres différents pour ces trois époques ; et si ces époques se succèdent, comme nous l'avons montré, il faudra que la civilisation aille aussi d'un pays à un autre et fasse le tour du monde, en suivant le mouvement physique des terrains et des climats, correspondant à celui des époques tel que nous l'avons déterminé. L'iiistoire s'ouvre par Fcpoque de l'infini et de l'unité; donc la civilisalion a dû commencer sur des plateaux élevés pour se répandre à travers les plaines, et arriver au centre du mouvement cl de la fermentation du monde, puis sor-

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