DES GRANDES ÉPOQUES DE LIIISTOIUE
absolues, subjectives sans doute par leur rapport au moi qui les aperçoit, mais objectives en elles-mêmes parce qu'elles en sont indépendantes. Qui a jamais dit : Wa vérité, votre vérité? Loin que nous puissions constituer les vérités que la raison nous découvre, c'est notre honneur d'y atteindre et d'en participer*.
Pour nous résumer, le caractère de spontanéité dans la raison atteste et garantit l'indépendance des vérités aperçues par la raison. Quand nous parlons du monde, nous n'en parlons pas sur la foi du sujet que nous sommes, car nous en parlerions sur une autorité incompétente ; mais nous en parlons sur la foi de la raison, qui est en nous sans être nous, et à laquelle la nature n'est pas moins soumise que l'humanité. Quand nous parlons de Dieu, nous avons droit d'en parler, parce que nous en parlons d'après lui-même, d'après la raison qui nous le révèle et nous le représente. Il n'est pas étonnant que la raison nous fasse connaître les êtres puisqu'elle-même, dans son principe, est la substance véritable et l'essence absolue.
Le fait que je viens de vous signaler est universel. La réflexion, le doute, le scepticisme, appartiennent à quelques-uns ; l'aperception pure, la foi spontanée appartient à tous ; la spontanéité est le génie de l'humanité, comme la philosophie est le génie de quelques liommes. Sans doute il y a des natures plus heureusement douées dans lesquelles l'inspiration se manifeste avec plus d'éclat; mais enfin, avec plus ou moins d'é-
* Do VRAI, DU BEAD ET DO BIEN, ICÇOU IV.
SIXIÈME LEÇON
iiergie, la pensée se développe sponlanément dans tous les êtres pensants; et c'est l'identité de la spontanéité, dans la race humaine, avec la foi aljsolue qu'elle engendre, qui constitue l'identité du genre humain. Quel est celui qui, dans l'exercice spontané de son intelligence, ne croit pas à lui-môme, et ne croit pas au monde? Cela est évident pour notre existence et pour celle du monde. Il en est de même pour celle de Dieu. Leibnitz a dit : Il y a de l'être dans toute proposition. Mais une proposition n'est qu'une pensée exprimée, et si dans toute proposition il y a de l'être, c'est qu'il y a de l'être dans toute pensée. Or l'idée de l'être le plus imparfait implique une idée plus ou moins claire, mois réelle, de l'être parfait, c'est-à-dire de Dieu. Enfin, penser, c'est savoir et c'est croire qu'on pense, c'est se fier à sa pensée, c'est se fier au principe de la pensée, c'est donc croire à l'existence de ce principe, et ce principe n'étant ni moi ni le monde, mais Dieu lui-même, il s'ensuit que toute pensée implique une foi spontanée à Dieu, et qu'il n'y a pas d'athéisme naturel. Je ne dis pas seulement qu'il n'y a pas de langue où ce grand nom ne se rencontre; mais quand on mettrait sous mes yeux des dictionnaires vides de ce nom, je n'en serais pas troublé; je ne demanderais qu'une chose : Un des hommes qui parlent cette langue pense-t-il et a-t-il foi dans sa pensée? croit-il qu'il existe, par exemple? S'il croit cela, cela me suffit; car s'il croit qu'il existe, il croit donc que cette pensée de croire qu'il existe est digne de loi ; il a donc foi au principe de la pensée, or ce principe, qu'il le sache ou non, c'est Dieu. Toute