DU ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANS L’HISTOIRE
dence? A la condition que Dieu passe, sans s’y épuiser, il est vrai, dans le monde et dans l’humanité, et par conséquent dans l’histoire; qu’il y dépose quelque chose de lui-même, qu’il y mette de la sagesse, de la justice, de l’ordre, un ordre invariable comme son auteur. La Providence est engagée dans la question de la nécessité des lois de l’histoire. Nier l’une, c'est ébranler l’autre, c’est renverser ou obscurcir le gouvernement moral et divin des choses humaines. Si donc on osait donner à notre* système les noms de pan théisme et de fatalisme, c'est-à-dire indirectement, ou plutôt très-directement, d’athéisme, il faudrait bien, pour nous défendre, renvoyer à notre tour cette aimable accusation à ceux qui la font : car le vrai Dieu pour nous, c’est un Dieu qui veille sur son ouvrage, c’est un Dieu créateur à la fois et législateur du monde et de l’humanité, un Dieu qui est une Providence. La Providence ne peut être exilée de l’histoire, car ses desseins sur l’humanité ont évidemment besoin de son développement. Or, si la Providence, est dans l’histoire; il faut bien qu’elle y soit avec un plan, avec un plan fixe, c’està-dire avec des lois nécessaires. La nécessité des lois de l’histoire, avec leur caractère de sagesse et de justice, est une des formes visibles et sensibles de la Providence.
Ainsi le système que je vous ai exposé est seul moral, en même temps que seul il est beau; j’ajoute que seul il est scientifique. En effet, ce qui* constitue la science, c’est la suppression de toute anomalie, l’ordre substitué à l’arbitraire, la raison aux sens et à
l'imagination, les phénomènes particuliers rappelés et élevés à leurs lois générales.
L’histoire est donc belle, morale, scientifique. Considérée sous ce point de vue, elle se présente au regard du philosophe comme un digne objet d'étude et de méditation.
Un jour le père Malebranche entrant chez un jeune homme, qui fut depuis l’illustre chancelier d’Aguesseau, le trouva occupé à lire Thucydide ; sur quoi le bon et doux Malebranche se mit un peu en colère, et reprocha à son jeune ami de ne chercher que des amusements pour son imagination, de s’arrêter comme un enfant à des faits accidentels, qui avaient pu arriver ou n’arriver pas, au lieu de s'occuper de lui-même, de l’homme, de sa destinée, de Dieu, enfin d’idées et de philosophie. Et d’Aguesseau, je crois, quitta Thucydide pour Descartes. Si j'avais été à sa place, j’aurais pris Descartes très-volontiers, comme on le pense bien, mais j'aurais gardé Thucydide; et cela en vertu- même du système de Malebranche. J'aurais dit à Malebranche : « Comment se fait il que vous, philosophe, dédaigniez ainsi l’histoire? Vous voyez tout en Dieu, et vous avez raison peut-être, avec quelque explication. Mais si tout est en Dieu, il semble que Dieu doit être dans tout, qu’il doit être dans ce monde, et surtout dans l'humanité, dans tout ce qui est de l'humanité, et par conséquent dans son histoire. L’étude de l'histoire est donc une étude essentiellement philosophique. » Nous ne savons pas ce que, dans ses principes, Malebranche eût pu répondre à cela. Pour nous, nous consi-