‹ Introduction a l'histoire de la philosophieChapitre 7 sur 17 · DO ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANS L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

DO ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANS L’HISTOIRE

dérons l’histoire comme la contre-épreuve de la philosophie, comme une philosophie tout entière; et c’est de ce point de vue que nous tirons la règle essentielle de l’histoire.

Tout a sa raison d’être, tout a son idée, son principe, sa loi, rien n’est insignifiant, tout a un sens ; c'est ce sens qu’il s’agit de déchiffrer, c’est ce sens que l'historien philosophe a la tâche et la mission de discerner, de dégager, de mettre en lumière. Le monde des idées est caché dans celui des faits. Les faits en eux-mêmes ne disent rien ; mais, fécondés par la raison, ils mettent au jour l’idée qu’ils enveloppent; ce ne sont plus alors de simples faits qui tombent sous nos sens, ce sont des idées que la raison comprend. On fait très-bien de recueillir les faits comme ils se passent; ce sont là les matériaux de l’histoire, mais non l'histoire ellemême. L’histoire proprement dite, l’histoire par excellence, l’histoire digne de ce nom [îs-rwpîa, de ïcnjp.'., èxtorajj.ai, savoir], est la science du rapport des faits aux idées. Le premier devoir de l’historien philosophe est donc de demander aux faits ce qu’ils signifient, l’idée qu’ils expriment, le rapport qu'ils soutiennent avec l’esprit de l’époque du monde au sein de laquelle ils font leur apparition. Rappeler tout fait, même le plus particulier, à sa loi, examiner son rapport avec les autres faits élevés aussi à leur loi, et de rapports en rapports arriver jusqu'à saisir celui de la particularité la plus fugitive à l’idée la plus générale et à l’esprit d’une époque, c’est là la règle éminente de l’histoire. Or l’esprit d’une époque se manifeste de trois façons.

D’abord il faut qu’il prenne possession de l’espace, qu’il s’ÿ établisse, et occupe une portion quelconque, plus ou moins considérable de ce monde, qui soit le théâtre même du drame de l’histoire. Mais sur ce théâtre il faut ensuite que quelqu’un paraisse pour jouer la pièce : ce quelqu’un, c’est l’humanité. Or l’humanité réside dans les masses; c’est avec les masses, en elles et pour elles, que tout se fait ; elles remplissent la scène de l’histoire, mais, hâtons-nous de le dire, elles y figurent seulement; elles n'y ont qu’un rôle muet, et laissent, pour ainsi dire, la parole à quelques individus éminents qui les représentent. En effet, les peuples ne paraissent pas dans l’histoire ; leurs chefs seuls y paraissent. Et par chefs je n’entends pas ceux qui commandent en apparence, j’entends ceux qui commandent en réalité, ceux que les peuples suivent en tout genre, parce qu’ils ont foi en eux, et qu’ils les considèrent comme leurs interprètes. Les lieux, les peuples, les grands hommes, voilà les trois choses par lesquelles l’esprit d’une époque se manifeste : ce sont donc là les trois points importants auxquels l'historien doit s’attacher. Parcourons-les successivement.

Sur le premier point je commencerai par où il faudrait finir ; je vous dirai que tout lieu, tout territoire représente nécessairement une idée, et par conséquent une des trois idées fondamentales auxquelles nous avons ramené toutes les autres. Un lieu représente ou l'infini, ou le fini, ouïe rapport du fini à l’infini; telle est la formule que la philosophie de l’histoire impose à tout lieu, et que je me charge de faire sortir de tout

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