‹ Introduction a l'histoire de la philosophieChapitre 8 sur 17 · DU ROLE DE LA GÈOGRAPIHE DANS L’HISTOIRE · texte numérisé non relu

DU ROLE DE LA GÈOGRAPIHE DANS L’HISTOIRE

lieu donné : ou il faudràil que ce lieu fût insignifiant, c’est-à-dire qu’il manquât de raison d’être et de loi. Or je ne sache rien au monde qui n’ait sa raison d’être, sa loi ; et toute loi est exprimable par une formule philosophique. Les formules philosophiques effrayent les sens, l'imagination, l’entendement ordinaire; et pourtant ces formules, si effrayantes dans leur premier aspect, ne sont que la raison dans toute sa rigueur, le bon sens élevé à sa plus haute puissance. En effet, ce que je viens de vous dire dans le langage de la métaphysique, vous vous l’êtes dit cent fois à vous-mêmes ; tout le monde le sait et le répète, et la formule paradoxale de la science se résout ici dans un préjugé du sens commun.

Otez les mots, ne considérez que les idées. Quel est celui de vous qui pense que la terre qu’il habite, l’air qu’il respire, les montagnes ou les fleuves qui l’avoisinent, le climat et toutes les impressions qui en résultent ; en un mot, que le monde extérieur lui est indifférent et n’exerce sur lui aucune influence? Ce serait de votre part un idéalisme un peu extraordinaire ; j’imagine que vous croyez avec tout le monde que l’âme est distincte, mais non pas absolument indépendante du corps. Pensez-vous et quelqu’un a-t-il jamais pensé que l’homme des montagnes ail et pu'sse avoir les mômes habitudes , le même caractère , les mêmes idées que l’homme de la plaine, le riverain, l’insulaire? Croyezvous que l’homme que consument les feux de la zone torride soit appelé à la même destinée en ce monde que celui qui habite les déserts glacés de la Sibérie? Eh bien 1 ce qui est vrai de ces deux extrêmes de là zone

glacée et de la zone torride doit l’être également de? lieux intermédiaires et de toutes les latitudes.

Jusqu’ici la raison a l’avantage de s’accorder avec le préjugé, et c’est beaucoup pour elle. Oui, donnez-moi la carte d’un pays, sa configuration, son climat, ses eaux, ses vents, ses productions naturelles, sa flore, sa zoologie et toute sa géographie physique, et je me flatte de vous dire à peu près quel sera l’homme de ce pays et quelle place ce pays occupera dans l’histoire. Un homme qu’on n’accusera pas de s’être perdu dans des rêveries philosophiques, mais qui joignait à l’esprit le plus positif ces grandes vues où le vulgaire des penseurs ne voit qu'une imagination ardente et qui ne sont pas moins que le regard rapide et perçant du génie ; un homme qui ne jouera pas un grand rôle dans les annales de la métaphysique, le vainqueur d’Arcole et de Rivoli, rendant compte à la postérité de ses desseins vrais ou simulés sur cette Italie qui devait lui être chère à plus d’un titre, commence par une description du territoire italien, dont il tire toute l’histoire passée de l’Italie, et le seul plan raisonnable qui ait jamais été tracé pour sa grandeur et sa prospérité. Je sais peu de pages historiques plus belles que celles-là *. A cette autorité je joindrai celle de Montesquieu, c’est-à-dire de l’homme de notre ' pays qui a le mieux compris l’histoire et qui le premier a donné l’exemple de la véritable méthôde historique. L’auteur de l 'Esprit des Lois , après avoir posé le principe que tout a sa raison d’être, que tout a sa loi, tout, à

* Mémoires de Napoléon, t. III.

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