‹ Introduction a l'histoire de la philosophieChapitre 9 sur 17 · DU ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

DU ROLE DE LA GÉOGRAPHIE DANS L'HISTOIRE

commencer par Dieu même *, n'hésite pas à attribuer au climat une influence immense sur la créature humaine. Mais Montesquieu n’était pas homme à s’arrêter à ce principe général, il le poursuit dans toutes ses conséquences, il l’applique à toutes les institutions humaines, civiles et religieuses, aux lois les plus petites comme aux lois les plus grandes*. C’est là le triomphe de l’esprit philosophique. En effet, il n’y a pas de lacunes dans les choses; tout se lie et se lient. Sans doute, le rapport de l’homme et de la nature, nous l’avons dit bien souvent, n’est pas un rapport de l’effet à la cause, mais l’honune et la nature sont deux grands effets qui, venant de la même cause, portent les mêmes caractères; de sorte que la terre et celui qui l’habite, l’homme et la nature, sont en harmonie parfaite. C’est ainsi, et c’est seulement ainsi qu’il faut entendre la pensée de Montesquieu.

Tel climat donné, tel peuple suit. J’en conclus que des lieux divers représentent des idées diverses, et que par conséquent si nous voulons chercher dans ce vaste univers le théâtre dé^ trois grandes époques dans lesquelles nous avons divisé le développement de l’humanité, nous ne pourrons placer dans un même lieu et sous le même climat ces trois époques si dissemblables. Trois époques différentes, donc trois théâtres différents pour ces trois époques. Nous avons l'époque de l'infini, celle du fini, et celle du rapport de l'infini et du fini. Où placerons-nous la première? Cherchons un théâtre

* Esprit des lois, livre I", chap. i“.

* Ibid., livres XIV, XV, XVI, XVII et XVIII.

pour celte époque de l’humanité qui doit représenter l’infini, l'unité, l’immobilité.

Essayons de donner pour théâtre à l’époque de l’infini, si vous me permettez de m’exprimer ainsi, des pays de côtes, les bords de grands fleuves, le littoral de mers intérieures assez considérables pour exciter le courage, pas assez vastes pour le rebuter et le lasser. Un bras de mer, un fleuve, n’est pas une barrière comme on le croit ordinairement; c’est un lien entre des peuples qu’il a l’air de séparer et qu’il rapproche sans les confondre. Voilà des côtes étendues, des fleuves considérables, une mer intérieure ; joignez-y des montagnes assez élevées pour nuancer le sol et y former des diversités, pas assez pour s’opposer à des communications faciles et fréquentes ; je demande si c’est à ces lieux que vous confierez le développement de l’idée de l’infini. Quoi! tout sera immobile en ce séjour du mouvement! Quoii l’espèce humaine sera stationnaire là où la nature s’agite et l’agite sans cesse! Peu de commerce en présence de cette mer dont les bords opposés, fort peu distants l’un de l’autre, semblent inviter l’homme à des échanges perpétuels! Le goût du gigantesque dans une nature où tout est circonscrit et mesuré! Quoi! l’homme et ses ouvrages auront le caractère de l’unité absolue et de l’uniformité, là où tout tend à la division, où tout inspire le sentiment de la variété et de la vie ! Je demande si la raison peut consentir à une pareille hypothèse. Variez l’hypothèse : cherchez un théâtre pou r l’époque de l’histoire qui doit représenter l’idée du fini, du mouvement, de l’activité, de la liberté, de l’in-

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