‹ Introduction à l'histoire des connaissances chimiques. Connexious des sciences du domaine de laChapitre 103 sur 115 · OK LÀ MUSIQUE · texte numérisé non relu

OK LÀ MUSIQUE

36. Toutes les fois que la matière est animée d'un mouvement vibratoire convenablement rapide et transmissîble à Touïe, nous percevons des sons.

Les sons ne peuvent être qu'une abstraction, puisqu'ils émanent d'une propriété de la matière que nous considérons comme telle (Introduction, 54c) et 230): et j'ajoute que cette propriété d'entrer en vibrations sonores n'étant active que passagèrement, elle n'a pas conséquemment la permanence de la pesanteur en vertu de laquelle un corps est pesant.

37. Les sons articulés constituent les éléments du langBg'c; les sons différant d'intensité, de gravité

et d'acuité, enfin de timbre, deviennent, en vertu de la condition à laquelle Tartiste les soumet, les éléments de la musique.

38. La musique considérée sous le rapport exclusif des sons exprimés par de simples notes, et non par des paroles d'un sens déterminé pour Tesprit qui les entend, est un des beaux-arts dont Tacâon sur nos organes a le plus de puissance : ses effets se rapportent tout à la fois à la simultanéité produisant Y harmonie proprement dite, et à la succession produisant la mélodie; mais comme je l'ai fait remarquer ailleurs (1), la part de celle-ci, bien plus considérable que celle de l'harmonie, distingue surtout la musique des beaux-arts parlant aux yeux pctr des ofTets de sinn/ltanoité.

39. Aucun des arts ([ui s'adressent aux yeux n'exerce (les efîels aussi puissants, aussi irrésistibles (|ue le sont les eflets de la musique; car les sons émeuvent, remuent bien autrement les hommes les moins civilisés, disons même les plus f^Tossiei's, (|ue ne le font la sculpture» , l'archilecturc^ et mémc^ la peinlur(»; loF^sque celles-ci parlent an commun des lionmies, leurs effets se

(i) De la loi du contraste simultané des couleurs.

DE L'ABST1\ACT10N. 419

bornent à une seule impression sans idée d'infini, tandis que la musique, ag^issant par une suite d'impressions, se trouve dans une condition bien plus favorable à TefTet, puisque si on échappe aux impressions que les premiers sons tendent a produire, on pourra sentir les impressions des sons suivants, et par la perception de ces impressions, les oi*ganes se trouveront préparés à en éprouver de nouvelles, et peut-être même seront-ils disposés à recevoir des premiers sons reproduits convenablement par le musicien, les impressions qui d'abord n'avaient point été senties.

40. Les sons me paraissent ag*ir avant tontméca*niquement, c'est-à-dire en produisant en nous de véritables mouvements qui peuvent n'être pas toujours perçus, mais qui n'en existent pas moins. Ce sont ces mouvements qui, intimement liés à notre organisation, enag'itant nos organes, éveillent ou assoupissent nos facultés suivant qu'ils sont variés ou monotones. Thius les deux cas nous obéissons à leur puissance, et ils peuvent ainsi modifier et même intervertir nos dispositions morales, du moins pendant un certain temps.

41. Si l'on considère des actesquenous exécutons, ou auxquels noud nous livrons, ou auxquels nous

D8 L'ABSTKACTKIN,

lous abandonnons par suite de certains inouvis lents que nos muscles eJÔ^lnnl, pour ainsî dire, à lotre insu sous l'influence d*une pensée qui bif^n f-Ocrtainoment /e^ ilMenmm, tîl c'est le [Kjint cApîtal, sans fîlre pr^urtatil la vohnié qui les ordonnerait (Ij, on pourra se fiiîrf^ une idée plus précise de Tinflueneo de la musique sur nus org^anes, qu'on ne le ferait en nég'Iij^ant ce genre de considéra Uods- En elTiHi si la pensée met vos organes en mouve^ mcnl à voLi'e insu de maniera qu'un acte se révèle à l'extérieur par un phénomène qui est conséquence de ce mouvement, vous concevrez racilcmoint^ il me semble, comment les mouvemenls extérieur» sonores (Introduction, 54 (?) et 230) venant à metlre en vibration les dilTorcntes parties de l'organe de ïouie c^t même d^aulres organes . tels fjup le diaphrag^me, etc., les mouvements de ces organes, en agissant sur les organes de la pensée, peuvent déterminer ainsi mécaniquement des mouvements dans des organes indépendants de l'ouïe, lesquels organes mis ainsi en action à Toccasion des mouv^ ments extérieurs sonores, donneront lieu inunédia-

(i) Voyez la Reloue des Deux -Mondes y aonée i833, et mon livre intitulé : De la baguette divinatoire^ du pendule dit explorateur et des tables tournantes; Paris, MalleC- Bachelier, i8549 pagd\i87.

tement a des phénomènes étrang^ers à ces mêmes mouvements sonores.

42. Les sons s'associent de la manière la plus intime aux mouvements musculaires ; ils les règlent, s'ils sont subordonnés aux principes de l'harmonie et de la mélodie, ou même si, monotones, ils reviennent à des intervalles égaux. Gomme exemple du premier cas, je cite les airs des danses des peuples civilisés ; et pour exemple du second cas, des sons peu variés, mais également répétés , produits par un tambour ou un instrument quelconque réglant les mouvements d'un danseur de corde, la marche d'un régiment.

45. Si nous considérons les sons relativement à la mémoire, nous voyons, en réfléchissant sur plusieurs de nos actes passés depuis longtemps, combien est grande notre disposition à les retenir, quand ils nous arrivent sous la forme d'un système appelé air, ouverture, symphonie, ou, en d'autres termes, sous la^ forme d'une composition musicale qui a fixé notre attention, à cause de notre plaisir à l'entendre, abstraction faite de toute parole.

44, Tout le monde sait combien la mémoire trouve d'avantage dans l'association des sons musicaux

AS2 DE VABiïTïlACTJOIS, I

avec fies paroles pour retyenir les uns el les nulres. fie sorte que tanl6t les premiers rappellent Icss*rondes, et tnnlùt les paroles font retrouver ies som miisieaux. Ajoutons que la mesure et les rimes aBiqiirll<*s ees paroles sont assujetties par la poési»\ eoncourent eflicacemenl au résultat. J'appellerai tmt^dafifm simple l'association des sons musicau^c avec (les paroles.

I 45. Enfin ^ si à la dmible asmdaîiùn des sons musF-| eaux et des sons parlés viennent snssociet^ des souve nirs d'enTance ou de jeunesse, relraeant des acle de notre vie ou des spectacles qui nous ont frappés, résl associaào/tSj que j'appellerai multiples ou compleTtSj^ loin de ies effacer, peuvent acquérir avec le temps une intensité remarquable, comme le démontre bien un passage des Confessions de J.-J. Rousseau que je reproduis textuellement:

(( Je suis persuadé que je lui (il parle de sa

(( tante) (1) dois le g'oûtou plutôt la passion pour la

.« musique qui ne s'est bien développé en moi que

« long*temps après. Elle savait une quantité prodi-

<( g^ieuse d'airs et de chansons qu'elle chantait avec

(i) Confessions j première partie, livre I, p. i4 et i5, t. XVI de Tédition de P.-R. Auguis, imprimée par Baudouin frères en 1 8a 5. if

« un filet de voix fort douce L'attrait que son

n chant avait pour moi fut tel que non-seulement « plusieurs de ses chansons me sont toujours restées « dans la mémoire, mais qu'il m'en revient même, « aujourd'hui que je l'ai perdue , gui, totalement <c oubliées depuis mon enfance, se retracent d mesure que <i Je vieillis^ avec un charme que Je ne puis exprimer, fi Dirait-on que moi, vieux radoteur, rongée de sou- « cis et de peines, je me surprends quelquefois à « pleurer comme un enfant en marmottant ces pe- « tits airs d'une voix déjà cassée et tremblante? // y a en a un surtout qui m^est bien revenu quant d tair; mais « la seconde moitié des paroles s'est constamment refusée « d tous mes efforts pour me les rappeler, quoiqu'il m'en « revienne cofifusément les rimes; voici le commence- « ment et ce que j'ai pu me rappeler du reste : »

Tircis, je n'ose Écouter ton chalumeau

Sous l'ormeau,

Car on cause Déjà dans notre hameau.

un berger

s'engager,'

sans danger

Et toujours l'épine est sous la rose.

Je tire plusieurs conclusions de cette citation :

rK

DE rAaSTRACTiOJ«,

1" Rousseau, chfti^chant dans le pass^ d'agr^W images pmpivs aie distraire des pénibles idées du pri'ïsont, se repres<>nte une l^nte qu'il a tendremetïl chérie dans son enfamte; il se rappelle des chaitsan* parmi lesipH^Uos il en est que jusque-là il avait complu t*iinent oubliées : nul doult^ que le souveDi de celle qu'il cite aussi fidùU^ment qu'il le peut ne naisse non d'une simpk assciciation de sons mu sicaux et de parles, mais d'une association compk:tt de fions musicaux et de paroles d'une pari, et d'une autre part des circonstances affréaliles où ces son: musicaux et ces paroles sorties de la bouche d'uni tante aimcc ont frappé son oreille.

2" Ijd mémoire de Rousseau a retenu plus oom plétement Tair que les paroles.

3** Elle a retenu les moU rimes du second couplet à Texclusion des mots qui précèdent chacun d'eux, et cela conformément à la remarque faite plus haut (44). ♦

46. Un second exemple qui m'est personnel, en présentant quelques éléments d'une association complexe par l'anc^lyse que je vais en faire, sig*nalera surtout la disposition où nous sommes d'attribuer à l'auteur d'une composition musicale jointe à des paroles, une intention qu'il n'a jamais eue, à savoir : d'établir une telle intimité entre les sons musicaux

et le sens des paroles, que Tesprit qui les perçoit par Fintermédiaire de l'ouïe, jug^ qu'une même pensée a présidé à leur union «

En 1803, première année de mon séjour à Paris , j'assistai à une représentation du Mariage de Figaro .parTélite des comédiens du Théâtre-Français; au i^econd acte j'éprouvai de la scène de la romance tout Teffet que l'auteur s'était promis d'un tel spectacle. Aussi< quarante années (1) écoulées depuis cette époque n'ont-elles pas affaibli le souvenir que j'en ai conservé. Mais qu'est-ce qui le réveille en moi? qu'est-ce qui me reporte au lieu de la scène ? qu'eàl-ce^^qui me remet sous les yeux les acteurs, la cojntesse Almaviva, Suzanne et Ghérulbin sous les traits de M"' Contât, de M"'' Devienne et de M*** Mars, les costumes avec leurs couleurs? c^est la romance du page! Mais il m'est démontré que ni la musique ni les paroles ne seraient restées dans ma mémoire, si elles n'avaient pas formé une association complexe avec d'autres idées, ■ ' yf "

Quoi qu'il en soit, je fus persuadé pendant sept ans que la musique avait été composée pourfles paroles, tant elle me semblait s'y adapter parfaitement I Eh bien, un jour, pensant à tofite autre cllose

(i) Ce livi'e a été écrit en i843.

àïW * 1>E L ABSTRACTION.

qu'au Mariage de Fit/aro^ je me rappelle Ta brouyk x>/i vu'i*v/i guerre, qui h T^^'poque de ma première eofançf! ëtail encore chanté par touU^ b bonnes d'enfanLs de nos départements de Tou^^ ri voici que subitemmd je m'aperr;ois que c'^st eel tt mtlijmre i\\\\r Beaumarchais a adapté à la românœ de Chérubin, II y a plus^ quelques jours après nnf représentation flu il/f/r^/ïjp //r Fif/^^ro^ racontante' fait h plusieurs dames, deux d'ontre elles fureot bien étonnées d'avoir commis la méprise dont je m*accusajs(l}-

47, Cetexonqile ne démontre-l-il pas combien on serait peu fondé h attribuer aux soï4S muskofis {^i par là j'entends des sons auxquels le compositeur n*a jamais pensé associer des paroles) tout le charme que Ton reconnaît en générale la musique? Je parle de l'oiîet de la musique sur les g^ens du monde qui n'ont jMis la prétention d'être artistes, ni même amateui^vprais qui se croient assez bien organisés pour apprécier la musique dramatique ou celle d'une siiÂple romance.

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