Les dêéx exemples précédents, analysés
(i) M*'* Laugier, depuis M"' Babinet, et M"* Dafresne, depuis M"* Dûment.
DE L'AfiSTRACnON. 427
comme je viens de le faire, me semblent donc démontrer comment une musique très-simple et des paroles qui n^ont rien de remarquable, en s' associant à nos souvenirs, en deviennent pour ainsi dire inséparables et contribuent à les conserver dans notre mémoire, à cause des idées agréables qui s'y rattachent.
Si le dernier exemple que j'ai cité explique la raison de plusieurs des effets complexes de la scène, lorsque l'esprit reçoit des impressions par le concours de la vue et de Touïe doublement frappée par les sons du musicien et les paroles du poëte, je n'en conclurai pas que l'effet des grands opéras tragiques doit nécessairement l'emporter sur celui des tragédies simplement déclamées. Loin de là; mais pour être compris, je dois envisag^er le drame relativement à la nature de son sujet et relativement à la disposition où se trouve 1 spectateur pour en être affecté.
.^9. La musique s'appliquant heureuseilient aux sentiments relig'ieux, aux sentiments tendres de l'amour, à des marches, des danses, des exercices, à des actes, en un mot, comportant certains mouvements, il est aisé de reconnaître les sujets tragiques auxquels elle conviendra. D'un autre côté, dans l'oblig^ation où se trouve le musicien de sacrifier à des principes de répétition, et j'oserai dire à àB& symétries de sons, telle action dramatique qui, ne com-
Pporlanl pas d'accessoires, doit aller raptdenbodi
^Bon déT^uitmcnt, loin de gagner à l'alliance dek
musique, y perdra de non intérêt, perce que U toÊT-
mc\m on sora ralcïnUo, réocr^e de la parole afiaîbliK, |
■et les mots sublimes que le dialogue pourra reofer-
Kmer ne frapperont pas Tesprït comme ils I^aurajmt
■fait en y arrivant par ta simple déclamalion. Te) e^
;du moins Vt^ftvX d'un su jol essentiellement tragî<itie,
qu*il s^appellc ks Horaces^ Hùdogtme, AthaBe ou J/f-
' ropc^ Mais dans A/MHe^ la soc ne des prophétie
montrn ioutf* la f^randt^urd^ij eflela auxquels s'élèvf
la po^isin la plus sublime, [larlanl, non pa^ en même
temps que la musique, mais alta^nmit son langage
avec les accords de celle-ci, ou en d'autres termes
recourant à des impressions de miccessÎQn et DondeJ
50. En disant que tout ce qu'il y a de plus élevffàe plus sublime dans la tragédie, s'abaisse en s'alliant à la musique, qui alors est bien certainement un accessoire à Tœuvre du poëte, je reconnais les motifs d'après lesquels plusieurs catégories de personnes préfèrent la tragédie chantée à la^gédie simplement déclamée : les unes par l'étude approfondie qu'elles ont faite de la musique ; les autres peu* le goût qu'elles ont pour elle, par leur habitude d'en
parler, d'en déy^opper les beautés à leur manière, ne craig'nant pas de contradictions g^raves, parce que les sons musicaux dénués du sens précis de la parole, se prêtent, en raison de ce vag^ue même, à toutes les interprétations qu'on veut leur donner. Enfin il est des persoimes pour qui le chant du musicien ajoute toujours au charme de la parole qu'il accompag^ne, en raison d'une disposition d'après laquelle beaucoup de gens trouvent trop simples les plus belles lignes de* l'architeîSlure monumentale, trop unies les surfaces grandioses qu'elle offre à la vue, trop simples et trop peu nombreux les accessoires distribués avec discrétion sur un monument par le g^nîe, à la condition expresse qu'ils ne nuiront jamais à l'effet de l'ensemble.