DE U MÉTHODE NATURELLE EN GÉNÉRAL
110. Le principe d'une classification d'êtres, d'objets quelconques est dégrouper ces êtres, ces objets, ^ après leur plus grand degré de ressemblance mutuelle.
Mais comme il existe différents ordres de coupes, par exemple dans les êtres vivants, depuis le groupe ^^c^ jusqu'aux g^upes c/tw^^ et règne, à une époque donnée il peut arriver que cette classification soit impossible à réaliser quant à l'ensemble de tous les groupes connus à cette époque. Or voilà ce qui a eu lieu en botanique et en zoologie, et comment on a distingué la méthode naturelle de la méthode artificielle. ' La méthode naturelle réunit en un même groupe les êtres qui ont plâs de ressemblance mutuelle, sous
tous les rapports, qu'ils n'en ont avec ceux d'aucuns autres groupes (92).
La méthode artificielle réunit dans un même groupe des êtres qui ne se ressemblent que sous çuelçues rapports seulement.
m. Fort de la pensée que, jusqu'ici, l'histoire de cette partie de la philosophie des sciences n'a pas été présentée sous son véritable jour, je vais entrer dans des détails qui me permettront d'exposer la grande différence existante entre la manière dont j'envisag'e l'histoire des sciences et celle dont on l'expose g'énéralêment.
Lorsqu'on dit qu'il y a deux méthodes en histoire naturelle, la méthode naturelle et la méthode artifidelk, définies comme je viens de le faire, cette proposition est vraie; mais elle cesserait d'être exacte, si l'on prétendait que la méthode naturelle ne se trouve en botanique que dans les familles naturelles d'Adanson (1763), ou dans celles d' Antoine-Laurent de Jufisieu (1773, 1774 et surtout 1789), tandis que,'|iÉr opposition, ondiraitque tout le système^gjr?/g/ dcMjM,. taux de Linné est subordonné à um méthode artificielle. En parlant ainsi, ce serait dire que ^aiifion et de Jussieu ont subordonné tous leurs groljpeS au principe du deg*ré de la plus g^rande ressejlfeiblan(^ muluolle des Hves qu'ils décrivent respectivement,
tandis que Linné n'a eu é^rd pour former ses groupes des mêmes êtres.qu'à un ou quelques caractères seulement.
Or voilà une manière de parler que je combats comme contraire, à la vérité par le motif que je développerai en montrant qu'en botanique la méthode naturelle a été appliquée aux genres par des botanistes qui les ont subordonnés ensuite à une classification artificielle (114), et que de$,familles naturelles ont été groupées plutôt d'après cette méthode que d'après la méthode naturelle (117); enfin qu'en zoologie la méthode naturelle a commencé par la classification des groupes supérieurs avant d'avoir été appliquée au groupement des espèces en genres (122).
112. Dès les premiers âges des sociétés humaines, le langage a reçu l'influence du principe d'analogie ou de ressen)})lance : l'association que la langue chinoise a faite du noTn^jjài/tfjnr au nom gênéen est un exemple frappaîM; mais en la rappel^je citerai un cas absolument contraire où l' attentionné l'homme portée sur certains corps , et frappée de quelques différences, en a fait deux catégories absolument différentes, quoique en réalité ces corps fussent les termes extrêmes d'une série. L'exemple le plus frappant que l'on puisse citer à mon
134 RAPPORT DE LA aiïMIE
tous les rapports, qu'ils n'en ont avec ceux d'aucuns autres groupes (92).
La méthode artificielle réunit dans un même groupe des êtres qui ne se ressemblent que sous quelques rapports seulement.
m. Fort de la pensée que, jusqu'ici, l'histoire de cette partie de la philosophie des sciences n'a pas été présentée sous son véritable jour, je vais entrer dans des détails qui me permettront d'exposer la g'rande différence existante entre la manière dont j 'envisagée l'histoire des sciences et celle dont on l'expose g'énéralêment.
Lorsqu'on dit qu'il y a deux méthodes en histoire naturelle, la méthode naturelle et la méthode artifidélkj définies comme je viens de le faire, cette proposition est vraie; mais elle cesserait d'être exacte, si l'on prétendait que la méthode naturelle ne se trouve en botanique que dans les familles naturelles d'Adanson (1763), ou dans celles d' Antoine-Laurent de Jufrsieu (1773, 1774 et surtout 1789), tandis que,'|iÉP opposition, ondiraitque toutlesystème^^jrw^/diaw^. taux de Linné est subordonné à une méthode étrtrficielle. En parlant ainsi, ce serait dire que ^ÂBXXiOïi et de Jussieu ont subordonné tous leurs g*rot{peS au principe du deg*ré de la plus g'rande resseilliblan(^ mutuelle des êtres qu'ils décrivent respectivement.
tandis que Linné n'a eu égard pour former ses groupes des mêmes êtres.qu'à un ou quelques caractères seulement.
Or voilà une manière de parler que je combats comme contraire, à la vérité par le motif que je développerai en montrant qu'en botanique la méthode naturelle a été appliquée aux genres par des botanistes qui les ont subordonnés ensuite à une classification artificielle (114), et que de$/amillea naturelles ont été groupées plutôt d'après cette méthode que d'après la méthode naturelle (117); enfin qu'en zoologie la méthode naturelle a commencé par la classification des groupes supérieurs avant d'avoir été appliquée au groupement des espèces en genres (122).
112. Dès les premiers âges des sociétés humaines, le langage a reçu l'influence du. principe d'analogie ou de ressenl})lance : Tassoieiation que la langue chinoise a faite du nœfhsjjài/ff/nf' au mm gênéjBic^ en est un exemple frappât; mais en la rappe-
je citerai un cas absolument ôontraire où l'attentiouii^e l'homme portée sur certains corps , et frappée de <juelques différences, en a fait deux catégories absolument différentes, quoique en réalité ces corps fussent les termes extrêmes d'une série. L'exemple le plus frappant que l'on puisse citer à mon
<( Cette connaissance des organes sexuels, recon- « nus comme les parties essentielles de la fleur, fil « une nouvelle révolution dans la botanique, et « Linné, en 1737, en tira un parti avantag*eux pour « faire des g^enres mieux caractérisés, et dont la plu- « part sont maintenant admis {i). »
115. Quelles conséquences doit-on déduire de ce qui précède ?
1"* C'est que le principe de la méthode naturelle a présidé depuis long'temps à l'établissement des genres en botanique.
2"* C'est que Adanson et les de Jussieu ont senti, dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, la nécessité de réunir les genres les plus analogues en familles.
Voilà leur gloire; voilà ce qu'ils ont fait de plus que Linné , et nous serons juste en ajoutant que Antoine-Laurent de Jussieu a fait en outre l'obseï^ valion capitale que, jyarmi les ravacthes comminis aux êtres cotisti tuant un même groupe, il en est qui paraissent plus constants et dès lors plus importants que d'autres. Ce n'est pas toujours le nombre des propriétés ou des caractères communs aux êtres qu'on veut associer en un môme groupe qui doit décider le naturaliste,
(i) Dictionnaire des Sciences naturelles^ 3o* vol., p.44o.
mais bien la constance et Timportance qu'il reconnaît aux caractères sur lesquels il fonde l'association, et là existe Textrême différence qui disting^ue la manière de voir de Jussieu de celle d'Adanson. Mais, simple narrateur de Topinion commune, je n'examine pas si le principe de la subordination des caractères a été clajjfi^poj^t défini et employé toujours d'une manièi^*pïéc^.dans ra()plication.
116. Quoi qu'il en-'^Swlt de cette réflexion, l'importance de l'observation de l'auteur du Gênera plantarum a été parfaitement appréciée par l'application que G. Cuvier en a faite explicitement à la classification des animaux. On peut donc dire que l'œuvre ori^nale d'Antoine-Laurent de Jussieu se résume dans \e principe de la subordination des caractères qu'il a appliqué à la classification des plantes d'après la méthode naturelle.
If 7. Si nous nous élevons maintenant à la distribution des familles vijMaies en groupes supérieurs, en classes par exemplov^Mbir verrons que les caractères de ces groupes supéri^ns se rapprochent bien plus de ceux d'une méthodèfwrtifSielle que des caractères d'une méthode naturelle. Cette observation, je la consignai dans le Journal des Savants de l'année 1825, comme on le verra plus bas par les citations que j'en
iiO IVAPPORT DK LA CHLMIK
extrairai; maisauparavant je reproduirai à l'appui de mon opinion les passag*es suivants des Élétnenla dé botanique de Adrien de Jussieu, botaniste fort distingué, et le fils d'Antoine-Laurent de Jussieu.
«Celui (le caractère) de Tembryon marchait
« évidemment en avant de tous les autres, et partage! (( le règ'ne vég-étal en trois g^rands embranchements: « les acotylédonées , les monocbl^lédonées et les di- « cotylédonées. Après ce. caractère, mais bien au- « dessous de lui, A.-L. de Jusideu plaça Tinsertion des « étamines : hypogyne, périgyne ou épig'yne (1). . . »
«Il y a deux parties distinctes à considérer dans « la méthode de Jussieu :
« 1"* Le g^roupement des g'enres en familles;
« 2° La coordination de ces familles en classes, et << leur série. C'est presque toujours cette division en <( classes, telle qu'elle est indiquée par le tableau (( précédc^nt, que; les livres élémentaires se eonten- « tent de présenter sous le nom de cette méthode, (( quoi(|u'(^lle ne soit seulement que la partie la moim (( importante de ce grand travail. Le g'rand pas vers « l'établissement de la classification naturelle, c'était « celui des familles qui méritassent ce nom^ et c'est ce « qu'exécuta A.-L. de Jussieu (2). »
(i) Cours élémentaire d* histoire naturelle. Botanique* Paris, i844; P- Saô.
(2) /rf., ibidj p. Ssiy.
AVEC L'iriSTOIIlK DES ÊTRES VIVANTS. l/jl
118. Après avoir lu ces citations, on ne peut mettre en doute que la méthode naturelle de Jussieu ne dépasse pas Tordre des familles, et si Ton veut tenir compte des citations que j'ai faites (114) de Topinion d'Antoine-Laurent de Jussieu sur beaucoup de gfenres de Tournefort et de Linné, on peut résumer ainsi les travaux sur Thistoire de la méthode naturelle conformément à ce qu'elle a été exposée dans le Genei*a plantarum.
119. Les botanistes qui ont précédé Adanson et les de Jussieu, notamment Tournefort et Linné, ont suivi le principe de la méthode naturelle dans les gpenres que leurs successeurs ont conservés, parce que ces genres sont bien circonscrits, leurs espèces respectives ayantplus de ressemblance mutuellequ'elles n'en ont avec les espèces de tous autres g'enres.
Les de Jussieu ont fait un grand pas dans la connaissance de la méthode naturelle en groupant les genres en familles naturelles; et Antoine-Laurent de Jussieu a attaché son nom à l'établissement dm principe de la subordination des caractères, qui a été considéré comme une véritable découverte en philosophie naturelle.
120. Il appartient aux botanistes successeurs des de Jussieu de réduire les familles en ordres, en classes et en embranchements naturels.
Si en pareille matière T expression d'une opinion est permise à un homme qui, n'ayant pas même la prétention d'un amateur, obéit à un sentiment émané de l'étude des analog*ies en toute chose, considérée en général, il exprimera ainsi sa pensée :
Lorsqu'on distingiie les plantes en trois embranchements ou trois classes : les acotylédonées, les niomcotylédonées et les dkott/lédofiées, on ne peut admettre le même intervalle différentiel entre les trois groupes, car les plantes des deux derniers ont des cotylédons, tandis que celles du premier en sont dépourvues. Gonséquemment, il me semble impossible de ne pas réunir les monocotylédonées et les dicotylédonées en un même embranchement, formé de deux classes tout à fait distinctes des plantes dites acotylédonées.
En outre, Tétude de ces dernières plantes ne (!onduirait-elle pas à établir diverses classes assez différentes les unes des autres pour établir des embranchements? C'est ce qui nie paraît vraisemblable*
121* Enfin, qu'on me permette encore d'expri^ mer une opinion n^ative à Tinconvénient qu'il y a d'élever des g*enres au ch^gré de famille et des familles au deg-ré d^ordre ou de classe, d'après le seul motif du g'rand nombre d'espèces congénères et du grand iionibro ih f^'onres composant une faniilh». Sans cri-
AVEC L'IUSTOIUE DKS ÈTHES VIVANTS. 143
la facilité avec laquelle beaucoup de bota-
se laissent aller à multiplier les espèces, leur
nombre dans un genre bien fait n'est point un
le les répartir en plusieurs g'enres, car on évite
ivénient que peut avoir un ^Tand nombn»
ces en divisant le g^enre en différentes sec-
qu on disting'ue par des lettres de l'alphabet ;
tte manière de procéder, avantag^euse pour
^r les noms, serait applicable à des sections
milles que les lettres de Talpliabet disting'ue-
t l'une de Tautre.
^ I 2. J'ai parlé de Tinconvénient qu'il y a pour la
;; I înclature d'élever les yenrea au deg*ré de familles
\\ I ; familles au deg'ré d'ordres ou de classes; mais il
; <j i it un plus g'rave, à mon avis : c'est d'élever la